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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

robert aldrich

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Robert Aldrich, #Joan Crawford
Feuilles d'Automne (Autumn Leaves - Robert Aldrich, 1956)

Millicent « Milly » Wetherby (Joan Crawford) est une vieille fille. Dactylo à son compte, elle a passé la fin de sa jeunesse à s’occuper de son père (Selmer Jackson) malade, délaissant ses (nombreux) soupirants.

Un soir qu’elle est de sortie, elle fait la connaissance de Burt Hanson (Cliff «  Uncle Ben » Robertson), plus jeune qu’elle (de beaucoup ?). Ils s’éprennent l’un de l’autre. Ils se marient.

Tout pourrait être parfait si des (petites) incohérences n’apparaissaient dans le discours de Burt. Alors quand Virginia (Vera Miles) se présente chez Milly, la vie de cette dernière bascule : elle vient de divorcer de Burt après quatre ans de mariage.

Qui est donc cet homme qui se prétend de Racine (Wisconsin) mais qui vient de Chicago et qui n’est jamais allé à Tokyo ?

 

Décidément, Robert Aldrich était un cinéaste étonnant. A partir d’une intrigue somme toute banale, il réussit un formidable tour de force : la rendre intéressante. Mais il faut dire qu’il est soutenu pour cela par une distribution impeccable, et surtout l’incroyable Joan Crawford, dans un rôle difficile à la mesure de son talent (immense).
Déjà cinquantenaire (elle était née en 1904), elle campe cette femme (très) mûre avec beaucoup de subtilité, voire une certaine indécision juvénile. En effet, son personnage ne fréquente plus personne depuis bien longtemps et l’irruption de ce jeune homme la ramène à ses premières amours, ses premiers émois quand on s’intéressait à elle. Jusqu’à sa façon d’embrasser ce jeune éphèbe, elle est redevenue une jeune fille.

Et Aldrich, par l’intermédiaire des prises de vue de Charles Lang (son chef-op’) nous présente l’actrice comme cette jeune fille, soulignant alors sa beauté persistante malgré l’action du temps.

 

Les Feuilles d’Automne – la musique de Joseph Kosma, arrangée par Hans J. Salter baigne le film – c’est aussi une nouvelle incursion de la psychanalyse dans le cinéma. En effet, cet amour passionné pour une femme (beaucoup) plus âgée cache une réalité plus profonde et plus redoutable : Burt est malade. Et cette femme plus âgée que lui va, malgré elle, devenir, en plus d’être sa femme, une mère de substitution. Le tout avec une violence inconsciente de plus en plus développée jusqu’à l’accident qui va amener la prise de conscience.

Mais, et c’est là – à mon avis – la faiblesse du film, il existe un élément qui n’est pas vraiment développé et qui aurait dû être beaucoup plus traité : la différence d’âge.

 

En effet, à aucun moment cet aspect de la relation entre Milly et Burt n’est envisagé d’un regard extérieur (1). Pourtant, Milly a de nombreuses occasions d’être observée avec ce mari (trop ?) jeune : entre ses voisins et ses visites au supermarché du coin, on aurait pu croire qu’elle aurait pu être un sujet de conversation voire de mini scandale.

Et Aldrich traite ce sujet de la même manière que la situation inverse : un homme mûr – Hanson Sr. (Lorne Greene) – et une jeune femme – Virginia. En effet, on a plus l’habitude – surtout au cinéma – de voir un homme avec une femme (beaucoup) plus jeune que lui.

D’où le peu de développement de ce sujet pourtant primordial dans cette intrigue.

 

Quoi qu’il en soit, on retrouve avec beaucoup de plaisir Joan Crawford, qui assume pleinement son âge, dans un rôle qui ne repose pas que sur sa force de caractère – même si elle en possède, bien entendu – mais aussi sur une fragilité subtile, et aussi sur son magnifique regard.

 

  1. Il y avait presque vingt ans d’écart entre Joan Crawford et Cliff Robertson.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Robert Aldrich
Vera Cruz (Robert Aldrich, 1954)

En ce jour de Noël 1954, le public américain a le plaisir de voir sur une même affiche deux grands acteurs hollywoodiens : Gary Cooper, le vétéran et Burt Lancaster, le plus jeune. Et en plus : c’est un western, genre qui est à son apogée dans cette décennie qui n’a pas encore vu Gunfight at the OK Corral ou Rio Bravo quand Vera Cruz sort.

Mais d’entrée de jeu, Robert Aldrich donne le ton : ce ne sera pas un western ordinaire où  le manichéisme est l’étalon moral et les héros s’en vont dans le soleil couchant (1).

Ici, les héros ne sont pas ce qu’on a l’habitude d’appeler ainsi, et les cowboys (qui n’en sont pas : à aucun moment ils n’approchent une quelconque vache) montrent un visage un tantinet plus réaliste qu’à l’accoutumée.

Attention : je ne dis pas qu’Aldrich a inventé le réalisme dans le western, mais les situations que nous trouvons dans ce film sont en décalage avec ce qu’on a l’habitude de voir dans cette période.

Mais reprenons.

 

Nous sommes au Mexique, après la Guerre de Sécession, nous trouvons des Américains au Mexique : des Sudistes qui n’acceptent pas tous la défaite, ou encore des criminels qui ne seront pas extradés, et que sais-je encore. Mais tous ont un objectif commun : devenir riches.

Nous allons alors suivre la progression de deux Américains que beaucoup de choses séparent mais qui vont pourtant faire ce bout de chemin ensemble.

D’un côté Benjamin « Ben » Trane (Gary Cooper donc), Sudiste, propriétaire d’une plantation et qui a tout perdu pendant la guerre. De l’autre, Joseph « Joe » Erin (Burt Lancaster, alors), bandit jeune et faussement insouciant. Tous deux sont de très bonnes gâchettes et le duel final nous dira lequel est le meilleur.

Et que font-ils au Mexique ? Ils aident l’empereur fantoche Maximilien (George Macready) à conserver son trône en convoyant la comtesse Marie Duvarre (Denise Darcel) une aristocrate française, à regagner l’Europe pour y lever des armées en renfort.

Et ce faire, elle a à sa disposition 3.000.000 de dollars qu’elle a emmenés avec elle.

Et rapidement, ces quelques millions deviennent beaucoup plus intéressants que les 50.000 qu’avait prévu d’offrir à nos deux compères pour les remercier de leur aide. Surtout qu’en plus, il n’est pas vraiment question qu’ils touchent un jour de cet or, on leur a plutôt prévu du plomb.

 

A première vue, l’intrigue paraît classique, sauf que nos deux héros ne le sont pas vraiment, surtout Erin qui a à son actif (ou passif, cela dépend du point de vue) quelques crimes pendables, surtout dans cette Amérique où la justice est encore bien sommaire, mais surtout expéditive. Mais c’est plus dans les personnages qu’il faut trouver une sorte de nouveauté (2).

Il faut dire que la bande de Joe Erin est composée d’un beau ramassis de truands aux mines patibulaires, comme on en trouvera quelques années plus tard dans les films de Leone (3).

Parmi ces personnages franchement louches, on reconnaît d’ailleurs Ernest « Marty » Borgnine et une « jeune » acteur d’origine polonaise qui se fait encore appeler ici Charles Buchinsky et deviendra très bientôt Bronson.

 

Mais ces personnages ne sont pas tout : les différentes situations sont peu glorieuses pour des cowboys américains, et seul Gary Cooper sort du lot dans son attitude de gentleman du Sud aux manières fort courtoises et aux rudiments de français qui font plaisir à la comtesse.

Une scène très caractéristique du décalage avec les westerns contemporains de celui-ci, c’est la réception chez Maximilien :

Ces drôles de « gentlemen » y sont conviés, l’appelant déjà Max, et se conduisent d’une manière des plus étonnantes, voire y détonnant complètement.

Il faut dire que rapprocher des femmes et hommes en tenue de bal avec ces barbares pas rasés, sales et très certainement puants est une très bonne idée. A cet aspect fort rebutant s’ajoute une totale absence de discrétion qui transforme cette rencontre tout sauf un bal, amenant le sourire au spectateur.

 

Autre  changement de ton : la violence.

Aldrich va beaucoup plus loin que ses collègues cinéastes de l’époque dans le rendu de la violence. En effet, habituellement, ce sont échanges de coups de feu divers qui émaillent les films, comme ici, mais Aldrich va plus loin en proposant des scènes un peu plus crues qu’à l’accoutumée.

Certes, on ne voit pas beaucoup de sang couler, c’est encore trop tôt, mais on devine parfois une certaine sauvagerie chez ces hommes de peu de foi (à défaut de loi), jusqu’à Burt Lancaster (qui est aussi producteur, soit dit en passant) qui élimine de façon fort peu cavalière le capitaine

 

[Attention : le paragraphe qui suit et conclut cet article révèle la fin. Si vous ne voulez pas savoir, je vous donne rendez-vous à demain…]

 

Mais malgré tout cela nous sommes en 1954, et il n’est pas question qu’un méchant s’en sorte. Aldrich conclut alors avec un duel traditionnel et le moins corrompu des deux va s’en sortir.

Bien sûr, c’est Gary Cooper qui, comme le rappelait un internaute récemment, n’a jamais interprété de rôles négatifs dans toute sa carrière.

D’une certaine façon, la morale est sauve, mais Aldrich nous a tout de même montré qu’il était possible de faire autre chose de ce genre immortel du cinéma.

 

 

PS : On retrouvera d’ailleurs dans Les 12 Salopards ce même ton et ce même décalage avec l’idéal du film de guerre. En effet, les 12 choisis et d’une certaine mesure leur instructeur (Lee Marvin) ne sont pas des guerriers conventionnels, tout du moins comme on a l’habitude (en 1967) de les voir à l’écran.

 

  1. Je sais : c’est surtout Lucky Luke qui fait ça. Mais tout ça se tient : c’est dans cette décennie que Goscinny rejoint Morris (1955) pour lui offrir les plus belles aventures de son héros solitaire.
  2.  « La nouveauté. C’est vieux comme le monde ça, la nouveauté » (Anselme Debureau dans Les Enfants du paradis).
  3. Avec Jack Elam qui apparaît ici et sera dans la longue séquence générique de Once upon a Time in the West (1968).

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Robert Aldrich
Bronco Apache (Apache - Robert Aldrich, 1954)

Alors que Geronimo (Monte « Danton » Blue) se rend, mettant fin aux guerres indiennes qui réduisirent comme peau de chagrin les effectifs amérindiens, Massai (Burt Lancaster), fier et farouche guerrier apache continue la lutte contre l’homme blanc.

Sa rencontre avec un Cherokee lui fait entrevoir un autre futur où les Indiens et les hommes blancs pourraient cohabiter en paix, le guerrier se muant en fermier.

Cette éventualité ne semble toutefois pas à son goût, et il veut à tout prix continuer la lutte pour mourir en homme libre, de la façon qu’il aura choisi.

 

Il y a souvent dans le cinéma de Robert Aldrich une singularité qui le distingue des autres réalisateur, que ce soit dans les intrigues et/ou leurs traitements : l’antagonisme entre les deux sœurs Hudson, ou la bande de criminels qui sont envoyés en mission commando…

Ici, c’est un western où le point de vue est celui d’un Indien fier jusqu’à l’orgueil, seul contre tous. Bien sûr, et c’est là qu’est la singularité, nous développons une sympathie pour ce brave parmi les braves qui se battra jusqu’au bout. Le fait qu’il soir interprété par Burt Lancaster fait aussi beaucoup pour le rendre si sympathique.

Encore que son attitude obstinée le dessert à différentes étapes de sa fuite en avant : c’est un Indien, et dans le paysage cinématographique hollywoodien des années 1950s, ce n’est pas une garantie de survie bien longue. Comme le dit alors le dicton : « un bon Indien est un Indien mort ».

 

Et Aldrich va nous montrer qu’il n’en est rien, que les « bons Indiens » sont aussi vivants que le reste de la population américaine. C’est le Cherokee qui aide Massai dans sa fuite, lui préconisant la sédentarité à travers la culture.

Et c’est surtout Nalinle (Jean Peters) qui va le dompter et d’une certaine façon le civiliser.

Mais la rupture d’avec les westerns habituels vient surtout des hommes blancs, et en particulier de Sieber (John McIntire).

 

Si nous connaissons le général Custer et William Cody comme opposants aux Indiens, la position de Sieber n’est pas aussi extrémiste. Au contraire, Sieber est un chef qui refrène les hommes qui sont avec lui, évitant de faire couler un sang inutile.

La dernière séquence qui marque définitivement la fin des guerres indiennes est d’ailleurs tout à son honneur, le laissant même prononcer la dernière réplique du film.

Autre curiosité : pour interpréter cet homme blanc raisonnable, Aldrich a fait appel au grand John McIntire, qu’on connaît plus dans des rôles beaucoup moins sympathiques, voire carrément détestables ! (1)

 

Je terminerai en disant qu’il exista un Indien qui s’appelait Massai et qui vécut en partie ce que nous voyons à l’écran. Mais sa fin nous est inconnue.

De même, Sieber est un autre protagoniste réel de cette période meurtrière, même s’il n’a pas assisté lui-même à la reddition de Geronimo.

Dernier petit détail : on ne peut ignorer que dans les quelques plans de la ville un cireur de chaussures de petite taille n’est autre que John George, un nain figurant dans une quantité phénoménale de films muets et parlants, ayant tourné avec de nombreuses grandes stars hollywoodiennes, dont plusieurs fois avec l’immense Lon Chaney : The Unknown (1927), pour ne citer que celui-là.

 

PS : J’oubliais : si Burt Lancaster est très convaincant en Indien insoumis, la couleur de ses yeux – ainsi que ceux de Jean Peters – ne joue pas en sa faveur d’un point de vue réaliste. Le bleu n’étant pas une couleur répandue chez les Indiens avant les métissages plus ou moins consentis.

PPS : autre (dernière) chose. Sieber est aidé dans sa poursuite derrière Massai par un Indien appelé Hondo, interprété par un jeune (33 ans) acteur répondant au nom de Charles Buchinsky. Buchinsky qu’il abandonnera pour un nom de scène plus américain : Bronson.

 

 

(1) Environ trois semaines après la présentation de ce film va sortir The far Country (Anthony Mann), où il interprète le juge Gannon, peu porté pourtant sur la légalité quand elle ne l’avantage pas.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Robert Aldrich
Les 12 Salopards (The dirty Dozen - Robert Aldrich, 1967)

 

Robert Aldrich est un cinéaste efficace. Normal, il est aussi producteur.

La première scène donne le ton : un jeune homme, meurtrier par accident est pendu. Le film sera dur, pour les protagonistes comme pourf les spectateurs.

 

Aldrich a réuni une belle brochette d’acteurs (1) pour un film de guerre (la deuxième, mondiale comme la première) dans un contexte très particulier.
En effet, les douze personnes que désigne le titre sont tous des rebuts de l’armée américaine : voleurs, violeurs, meurtriers…

Ces charmantes personnes sont encadrées par un major Reisman (Lee Marvin) pour qui l’autorité militaire a toujours été un problème et surtout un frein à sa carrière.

Le choix de Lee Marvin (judicieux, bien sûr) permet à l’acteur de sortir des rôles de méchants (2)  pour devenir un personnage positif, avec juste ce qu’il faut de rébellion pour le rendre très sympathique.

En face de lui, on retrouve quelques grands noms - Charles Bronson, John Cassavetes – ainsi que chez les « huiles » : Ernest Borgnine (Général Worden), George Kennedy, Robert Webber (Denton, toujours ni franchement sympathique ni carrément antipathique), et Ralph Meeker, psy de l’armée, un rôle obligatoirement décalé, on sait comment sont les militaires.

 

Une longue première matie nous expose les différentes expériences qu’endurent ces soldats de la dernière chance, dernière chance avant de mourir en héros, à défaut d’autre chose. Chacun de ces hommes a, à un moment, franchi la ligne jaune : volontairement comme Franko (John Cassavetes), ou en situation de légitime défense comme Jefferson (Jim Brown), voire rien du tout comme Jimenez (Trini Lopez)

[Trini Lopez est le créateur de la chanson inoubliable If I had a Hammer, reprise avec l’inspiration qu’on connaît].

 

Mais si les salopards sont des êtres répugnants – physiquement et moralement – ce sont avant tout des hommes. La présence de Reisman, leur maître à tous, implique une dimension christique au film. Mais si Jésus meurt seul sur la croix, ici ce sont ici disciples qui vont (presque) tous mourir pour leur mentor (3).
Cette dimension évangélique est accentuée une fois leur valeur reconnue, quand Reisman leur offre un dernier repas, la veille de leur intervention funeste le 4 juin 1944.
On y trouve même le traître de la Cène : en l’occurrence Maggott (Telly Savalas), un fanatique religieux mâtiné d’un obsédé sexuel – impuissant comme de bien entendu, même si ce n’est pas dit dans le film.

Telly Savalas est un Maggott magnifique : roué, obsédé, fanatique et Sudiste, ce qui explique son objection de vivre aux côté d’un Noir, Jefferson.

 

Mais au-delà de l’aspect militaire, on voit évoluer la lie de l’humanité (résumé assez fidèle de tous ces hommes) vers une unité de groupe voire de corps.

Le test qui les voit mettre en pratique leur apprentissage est un moment assez réjouissant du film : devant un général Worden tout sauf dupe, ils réussissent à montrer aux hauts gradés leur valeur.

Worden est d’ailleurs le seul très haut gradé qui se révèle avant tout humain, annihilant les imprécations de Denton, décidément fort peu sympathique.

 

Au final, c’est un film très efficace qui nous est proposé, avec une distribution plutôt prestigieuse parmi laquelle on peut aussi reconnaître Donald Sutherland (Pinkley, n°2), ou encore Robert Ryan dans un de ses derniers rôles en colonel tatillon jusqu’à l’extrême, pour lequel, chose évidente, le major Reisman n’a pas beaucoup de considération. Et de toute façon, c’est réciproque (4).

C’est un film qui se laisse regarder sans modération, un peu comme les 7 Mercenaires : une fois que vous y avez goûté, vous ne pouvez pas vous en dégager avant la fin…

 

  1. Sans le pic, nous ne sommes pas chez Daniel Goossens
  2. The big Heat (Fritz Lang, 1953), The wild One (László Benedek, 1953), The Man who shot  Liberty Valance (John Ford, 1962) 
  3. Je vous laisse compter les soldats qui sont tués, c’est une activité plaisante quand on regarde le film pour une énième fois.
  4. Ryan a déjà tourné avec Marvin un an plus tôt pour Les Professionnels ; il retrouvera Ernest Borgnine deux ans plus tard dans La Horde sauvage.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Robert Aldrich, #Joan Crawford, #Bette Davis
Qu’est-il arrivé à Baby Jane (What ever happened to Baby Jane - Robert Aldrich, 1962)

Bette Davis.

Joan Crawford.

Deux monstres sacrés. Deux sacrés monstres.

 

1917. « Baby » Jane Hudson (Julie Allred) est une petite fille très talentueuse mais aussi très capricieuse. Blanche Hudson (Gina Gillespie), est juste blanche, sa sœur, un tantinet jalouse du succès et des crises de sa petite sœur (1).

1935. Blanche Hudson (Joan Crawford) est une actrice éblouissante, une véritable star. Dans le même temps, « Baby » Jane est une actrice sans grand talent, dont le dernier film ne sera même pas exploité.

Un soir, alors que les deux sœurs rentrent chez elles après une soirée très arrosée, l’une d’elle descend ouvrir la grille pendant que l’autre embraye pour l’écraser.

196? Jane s’occupe de sa sœur Blanche, paralysée suite à l’accident.

 

C’est la seule fois que les deux grandes stars se retrouvent dans un même film. Avec en prime une légende qui les fait se détester l’une et l’autre. Ce n’est pas exactement vrai, ni tout à fait faux. Mais force est de constater que ce sont deux des plus grandes actrices de Hollywood, et que leurs prestations – et surtout celle de Bette Davis – sont extraordinaires.

 

Robert Aldrich réussit, avec ce film à réunir deux légendes, à les diriger sans qu’elles se battent, et surtout en assumant leur âge. Si Crawford semble moins abimée que Davis, c’est avant tout parce qu’elle n’a pas voulu en rajouter. Alors que Davis s’est elle-même confectionnée cette trogne : trop maquillée, usée, vieille.

L’antagonisme entre les deux sœurs qu’on aurait tort de transposer dans la vraie vie, n’est crédible que par le (sur ?)jeu des deux actrices. Et au-delà de cet antagonisme, c’est de la vieillesse et de la déchéance qu’il est question.

 

Pour Blanche, sa vie depuis l’accident se résume à déambuler grâce à un fauteuil roulant, attendant les repas servis par sa sœur, avec de temps en temps une bouffée de nostalgie quand la télévision rediffuse ses anciens chefs-d’œuvre.

Pour Jane, c’est avant tout son enfance qu’elle regrette, et son idée insensée (et désespérée) de reprendre un tour de chant comme avant, près de 45 ans plus tôt, est complètement absurde : sa prestation de vieille femme donne une dimension pathétique à son personnage qui n’est pas loin de sombrer dans la folie. Et Edwin Pragg (Victor Buono qui n’est pas encore le Comte Manzeppi des Mystères de l’Ouest), sent que cette femme n’est pas bien dans sa tête, mais l’appât du gain est le plus fort.

 

Alors nous suivons, impuissants, cette montée de l’horreur jusqu’au dénouement final où Jane se révèle d’un sadisme assez malsain, torturant celle qui est sa sœur, mais que la responsabilité de l’accident a obligée de s’en occuper.

Parce que le nœud de l’intrigue est là : l’accident dont Jane endossa la responsabilité est ce qui les lie dans leur présent. Cet épisode douloureux l’est à deux niveaux :

  • pour Blanche, c’est la fin brutale de sa carrière éblouissante ;
  • pour Jane, c’est un épisode de sa vie dont elle ne veut plus entendre parler, qu’il lui est pénible d’évoquer, et qui, pour elle aussi, marque la fin de sa carrière – qui aurait été minable, certes, mais peut-être aurait-elle pu être une autre personne.

Alors que s’est-il vraiment passé, pendant cet accident dont nous ne voyons aucun visage ?

 

  1. Eu égard aux âges respectifs des deux actrices, c’est Joan Crawford qui était la plus âgée.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Robert Aldrich, #Noir

Une femme court sur la route, pieds nus, essayant d’arrêter les voitures : Christina (Cloris « Frau Blücher » Leachman).

Elle en arrête une, celle de Mike Hammer, détective. Alors évidemment, il va l’aider.

C’est le deuxième film avec le héros créé par Mickey Spillane.

C’est un nouveau privé. Ce n’est plus Marlowe, avec son éternel imperméable et son feutre.

Hammer, n’a pas de chapeau, n’a pas de pardessus, mais il tombe quand même les filles.

Toutes succombent : Velda, la régulière, Friday & Carver, les occasionnelles.

Seule Christina n’a pas succombé : elle est morte avant.

Mais Hammer, c’est tout de même un dur-à-cuire, un buveur de Bourbon, un grand fumeur. Mais pour ce qui est de se fournir en cigarettes, c’est chez les autres qu’il les préfère…

Il n’est, bien entendu, pas contre une bonne bagarre et le montre à différents moments.

Aldrich signe ici son cinquième film. Dès le début, on se rend compte que c’est un film à part : le générique se déroule à l’envers. Ensuite, les cadavres s’empilent régulièrement. Christina, Nick, Carl Sugar, Soberin, Carver (sans compter ceux dont on apprend la disparition…). Même Hammer est touché.

La violence est omniprésente dans ce film. En plus de la liste des morts, on trouve une scène dans la morgue pas piquée des hannetons. Le récit de la mort de Kowalski renversé, par le chauffeur routier, à table, devant ses enfants, est lui-aussi assez inhabituel.

Non, ce n’est plus le film noir des années 40. Pas voiture noire, la nuit, sous la pluie.

Mais cela n’empêche pas Hammer de ne rien comprendre dans un premier temps et d’avancer dans les ténèbres. Mais la lumière jaillira, au sens figuré, comme au sens propre.

La fin est typique des années cinquante quand on incrustait « The End » alors que l’action continuait de se dérouler.

L’autre intérêt du film est de retrouver avec plaisir plusieurs seconds rôles marquants du cinéma américain* : Ralph Meeker qui a le premier rôle (The naked Spur, Paths of Glory, The dirty Dozen), Nick Dennis (A streetcar named Desire, East of Eden), Paul Stewart (Citizen Kane, The Cobweb), Jack Elam (Vera Cruz, Gunfight at OK Corral, C'era una volta il West)… Un régal.

Dois-je ajouter que la traduction française du titre est toujours aussi minable ?...

*Pour le professeur Allen John : il y a même John George…

 

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