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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

robert duvall

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Robert Mulligan, #Robert Duvall, #Alan J. Pakula
Du Silence et des ombres (To kill a Mockingbird - Robert Mulligan, 1962)

Maycomb, Alabama, début des années 1930 (1932 ?)

C’est l’été pour Scout (Mary Badham) et Jem (Phillip Alford) et leur petit voisin Dill (John Megna), et la maison des Radley, un peu plus loin est leur centre d’intérêt. Il faut dire que le fils de la maison, Arthur, est un personnage intriguant. On dit – enfin surtout cette commère de Stephanie (Alice Ghostley) – qu’il aurait poignardé son père pavec des ciseaux et que s’il n’était pas à l’asile, c’est que ce même père (Richard Hale) refuse d’envoyer un Radley chez les fous.

Et puis il y a Tom Robinson (Brock Peters). C’est un jeune homme noir qui est accusé de viol avec violence sur une jeune femme blanche. Pour le défendre, parce qu’il faut bien que quelqu’un s’en charge, le juge (Paul Fix) désigne Atticus Finch (Gregory Peck), le père de Scout & Jem.

Et le procès arrive…

 

Bien entendu, c’est avant tout un extraordinaire roman, celui de Harper Lee, où elle raconte à moitié son enfance, avec ce voisin qui n’est autre que Truman Capote, et le Sud ségrégationniste. Et là encore, Robert Mulligan et surtout Horton Foot (le scénariste) ont dû faire des choix pour cette adaptation. Même si nous parlons ici avant tout d’un film, on ne peut que reconnaître qu’il s’agit d’une très bonne adaptation de ce roman devenu (rapidement) un classique de la littérature américaine.

Tout comme dans le livre, l’intrigue est racontée à hauteur d’enfant, essentiellement du point de vue de Scout (Jean Louise,en vrai), avec ses excès, bien sûr,mais aussi ses interrogations et ses incompréhensions. Mais à chaque fois, ou presque, Atticus est là pour les rassurer, voire pour rendre la vie un (tout) petit peu plus facile.

 

Non seulement Robert Mulligan a réalisé une belle adaptation, mais les deux enfants – dont c’est la première apparition – jouent avec la justesse qu’il faut, animant ces deux personnages de papier avec beaucoup de brio. Là encore, nous avons véritablement un film d’enfants, comme chez Spielberg, ou Yves Robert (La Guerre des boutons). Des enfants libres, mais qui ont tout de même une ligne de conduite inspirée et surtout dirigée par Atticus, père veuf dont la femme est partie beaucoup trop tôt.

Mais surtout Mulligan décrit avec beaucoup de justesse cet état (& Etat) ségrégationniste, où les Blancs restent entre Blancs et les noirs entre Noirs, mais hors de la ville (1).

Les charges retenues contre Tom Robinson sont encore une fois celles de viol (et violence) d’un Noir sur une Blanche. C’est souvent le cas dans ce genre de film judiciaire qui traite de cela. Et cette fois-ci, Tom Robinson a la chance d’avoir un procès : dans They won’t forget (Mervyn LeRoy, 1937), Tump Redwine n’aura pas cette même chance.

Ce procès est une autre occasion de voir un élément de cette ségrégation sudiste : les Blancs sont tous dans le prétoire alors que les Noirs sont remisés en haut. Et de la même façon, ils sont les derniers à sortir. Certes, ils attendent qu’Atticus s’en aillent, mais cela permet d’éviter le mélange.

 

Si les enfants sont le centre de ce film, Gregory Peck exécute ici une de ses plus belles performances, incarnant l’un des personnages les plus humains du cinéma. Et d’une certaine façon, il y a une dimension christique chez cet homme : comme Jésus, en défendant Tom, il prend le péché de la petite ville, et c’est Maudie (Rosemary Murphy) qui l’exprime le mieux, devant la déception de Jem.

De plus, il est la véritable lumière qui luit dans les ténèbres (arriérées) ce cette petite ville du Sud, foncièrement raciste. Et Mulligan ne s’y trompe pas en le filmant dans la lumière alors que les partisans de la loi de Lynch viennent régler son sort à Tom Robinson : tous ces excités viennent des ténèbres et y retournent, quand ils ont compris l’inanité de leur démarche.

Il y a même tellement d’humanité chez Atticus que même ses enfants sont à peine gourmandés par lui : Calpurnia, bien que seulement domestique, exerce une autorité plus forte et plus physique sur les deux enfants. Alors oui, Les deux petit Finch sortent en cachette le soir, et font des bêtises. Mais ce n’est jamais dans de grandes proportions. Voire, leur sortie nocturne peut avoir de bons côtés…

Sauf quand il s’agit d’aller épier chez les Radley !

 

Bref, il s’agit – et pas seulement à mon avis – d’un film indispensable, dirigé avec beaucoup de talent et une interprétation à la hauteur de l’enjeu : n’oublions pas qu’en 1962, le combat pour les Droits Civiques prend de plus en plus d’importance (le pasteur King n’exprimera son rêve que l’année suivante) et qu’il faudra attendre encore deux ans avant que le Civil Rights Act soit (enfin) promulgué (2 juillet 1964).

Et la plaidoirie d’Atticus est un très grand moment de cinéma, et bien sûr d’émotion.

 

PS : on notera l’apparition d’un jeune acteur (il a alors 32 ans) dans un rôle muet mais décisif : Robert Duvall. Sa rencontre avec Scout conclut avec beaucoup de bonheur ce film, et justifie à elle seule le titre original. (2)

 

  1. Atticus doit prendre sa voiture pour aller voir la femme de Tom, ou raccompagner Calpurnia (Estelle Evans).
  2. Passons sur le

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Justice, #David Dobkin, #Robert Duvall
Le Juge (The Judge - David Dobkin, 2014)

Carlinville, Indiana.

Une ville où la seule chose dont on a envie, c’est d’en partir. Alors y aller, vous pensez bien…

Quant à y rester…

C’est pourtant ce qui va arriver à Henry « Hank » Palmer (Robert « Iron man » Downey Jr.) : parti (bien assez tôt) pour Chicago où il est un avocat de la défense brillant et un tantinet cynique, il apprend que sa mère vient de mourir.

Il retourne donc là-bas retrouver ses frères Glen (Vincent «  Whale » D’Onofrio) et Dale (Jeremy Strong), et surtout son père Joseph (Robert Duvall), qui l’accueille poliment.

Mais une fois l’enterrement fini et la nuit passée, l’information tombe : un homme a été retrouvé mort sur la route, renversé par une voiture. Et cette voiture porte les marques de l’accident, ainsi que le sang de la victime : c’est celle de Joseph, le juge de Carlinville depuis 42 ans.

Hank décide alors de défendre son père… Qui refuse !

 

Bien sûr, au final, le juge va accepter la présence de son fils à ses côtés. Ce n’est pas là le plus intéressant. Ce qui ressort, c’est avant tout la relation entre ce père et ce fils qu’il a aimé et qui aurait pu mal tourner. Encore qu’on peut se demander si pour Joseph, Hank n’aurait pas mal tourné finalement… Et évidemment, il n’en est rien : Hank va évoluer et retrouver ce père qu’il a toujours aimé, même s’il ne le savait plus. Mais Hank n’est pas le seul à changer : son père aussi, ce qui était là aussi prévisible.

 

Alors laissons le prévisible de côté, et regardons le reste : avec ce film, David Dobkin réussit à allier une affaire judiciaire et des éléments comiques qu’on attendait, surtout dans une telle intrigue. En effet, si l’histoire de ce juge amnésique (il ne sait pas s’il a vraiment écrasé ce type) est assez sombre, mais la présence de Robert Downey Jr., sans cesse affrontant ce père qui lui est devenu étranger, est des plus réjouissante : son cynisme s’effaçant progressivement pour laisser place à celui qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être : le fils de Joseph.

Alors oui, nous apprenons les raisons qui ont fait que ces deux forts caractères s’éloignent, sans pour autant qu’il y ait de véritables reproches verbalisés. Et c’est peut-être d’ailleurs pour cela qu’ils se sont éloignés : trop de non-dits.

 

Qu’importe, ils sont à nouveau réunis et vont faire front ensemble, non sans heurt – ce qui était aussi prévisible. Et Dobkin nous montre le changement qui s’effectue entre ces deux hommes qui n’osent avouer qu’ils s’aiment, ou tout du moins se sont aimés, mais chacun, à sa manière va se rapprocher de l’autre, subtilement (encore que, le coup de la salle de bain…), et durablement.

Et si Downey & Duvall sont formidables, c’est aussi parce qu’autour d’eux, la distribution est à la hauteur de la rencontre. Vincent d’Onofrio est encore une fois impeccable, dans le rôle du grand frère – seulement en âge – et Jeremy Strong, en benjamin simplet – voire autiste – est lui aussi magnifique. La naïveté de Dale est touchante et comique à la fois, sans toutefois tomber dans l’excès. Et la dernière recommandation de Joseph qu’il reçoit en dit beaucoup plus long sur la relation qu’il a – ou montre – avec lui.

 

Et les femmes ? Elles ne sont pas nombreuses à avoir un r^pole important : outre la femme de Glen (Tamara Hickey) qui n’a qu’un rôle décoratif, elles sont trois.

Mary (Catherine Cummings), la mère qui vient de mourir, et qui, de ce fait va être une dernière fois (la bonne ?) la rassembleuse de cette famille un brin désorientée.

Mrs. Blackwell (Grace Zabriskie), la mère de la victime, accusatrice et effondrée, mais pas très claire tout de même.

Et enfin Samantha Powell (Vera Farmiga), ex petite amie de Hank, qui a eu une fille neuf mois après son départ (presque définitif). Cette relation, en plus de la certaine ambiguïté qu’elle pose (autre ressort comique), est aussi un élément dans l’évolution de Hank, voire le dernier argument quant à son avenir…

 

David Dobkin signe ici un film très équilibré où le tragique et le comique sont intimement liés, et où l’amour familial s’exprime bizarrement, voire aléatoirement, amenant une touche de complicité et de tendresse entre ces deux hommes qui n’avoueront jamais leur amour réciproque, sauf quand il sera (là encore presque) trop tard…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Sherlock Holmes, #Herbert Ross, #Robert Duvall
Sherlock Holmes attaque l'Orient-Express (The seven-per-cent Solution - Herbert Ross, 1976)

La « solution à sept pourcents » du titre original, cela n’a rien d’une énigme : il s’agit d’un dosage de cocaïne, celle que Sherlock Holmes (Nicol « Merlin » Williamson) s’introduit régulièrement dans les veines, devenant progressivement une épave droguée, sous les yeux tristes du Dr. Watson (Robert Duvall).

Mais ce bon docteur a une idée pour sauver son ami : l’envoyer à la poursuite de son ennemi principal, le professeur Moriarty (Laurence Olivier). Ce dernier accepte de servir d’appât et va conduire Holmes au 19, Berg Gasse à Vienne, chez le docteur Sigmund Freud (Alan Arkin).

Bien sûr, ce voyage va aussi être l’occasion pour Holmes d’être confronté à une autre affaire, celle concernant la belle Lola Deveraux (Vanessa Redgrave), elle-même ancienne toxicomane (1), accro tout comme Holmes, à cette solution à 7 %.

 

Bien sûr, nous sommes chez Conan Doyle, dans le traitement de cette aventure, mais l’histoire (originale) est signée Nicholas Meyer, qui adapte ainsi son roman, l’un des deux qu’il fit autour de ce personnage universellement célèbre. Et Herbert Ross dirige avec beaucoup de plaisir ce film, recréant avec bonheur cette époque fin de siècle (le XIXème), et amenant cette rencontre hautement improbable mais tellement réjouissante, celle de deux esprits hors du commun : Holmes et Freud. Et ça marche ! On s’amuse autant que les protagonistes qui voient, comme l’annonce le titre français, Holmes partir à l’assaut de célèbre train.

 

Evidemment, il faut un peu oublier ce que l’on sait des véritables aventures de Sherlock Holmes, et surtout son rapport à Moriarty qui n’est qu’un prétexte dans cette intrigue, même si son rôle est loin d’être anodin comme le montrera la résolution finale. Et si Holmes reste le plus grand détective au monde, celui qui tire véritablement son épingle du jeu, c’est bien sûr Freud. Et Alan Arkin l’interprète avec beaucoup de brio, s’inspirant de certaines poses immortalisées du grand médecin pour composer un personnage attachant, loin de l’image sérieuse qu’on peut avoir de ce praticien. Il ne lui manque qu’un seul élément pour parfaire son image : le sempiternel cigare que nous lui connaissons !

 

Quoi qu’il en soit, on s’amuse comme je l’ai dit plus tôt et Holmes est en pleine forme, à partir du moment où il se soigne : nous avons bien sûr droit à une séquence de déductions de haute volée (c’est tout de même Holmes !), passage obligé avec ce personnage, même si nous ne sommes pas vraiment chez Arthur Conan Doyle.

Autre agrément du film, les différents personnages secondaires qu’on y rencontre, la plupart plutôt anecdotiques, mais interprétés par quelques visages connus de l’époque : Mycroft Holmes (Charles « Blofeld » Gray), le baron Leinsdorf (Jeremy Kemp) ou encore l’insignifiant Löwenstein (Joel Grey). Sans oublier la French touch : Régine qui interprète Madame, une mère maquerelle qui connaît son affaire (et qui chante).

 

Bref tout est là pour passer un bon moment, avec même un combat à l’épée que Holmes va évidemment remporter.

Alors ne boudons pas notre plaisir !

 

  1. Et non pas « toxicowoman » !

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Dominic Sena, #Robert Duvall
60 Secondes chrono (Gone in sixty Seconds - Dominic Sena, 2000)

 

Le métier de grand frère est un métier rude : pallier l’absence du père ; être un exemple pour ceux qui viennent après ; et bien sûr s’occuper d’eux.

Mais voilà : être grand frère n’est pas un métier.

Randall « Memphis » Raines (Nicolas Cage) est un de ces grands frères, mais s’il a pu pallier l’absence du père, il n’est pas vraiment un exemple, et de toute façon, il a émigré au Canada où il s’occupe d’un circuit de karting et enseigne aux enfants les rudiments de la conduite.

Parce que la conduite, c’est sa vie : il adore les voitures !

Il les adore tellement qu’il est l’un des plus grands voleurs de véhicules connu. Mais ça, c’était avant.

C’était avant, mais c’est de nouveau d’actualité : Kip (Giovanni Ribisi), son petit frère a décidé de reprendre son flambeau et se retrouve dans une situation des plus désespérées : il s’est engagé à livrer 50 voitures de prestige à Raymond Calitri (Christopher Eccleston), caïd très redoutable. Mais Kip n’est pas Randall, et ce dernier doit s’occuper de la livraison pour éviter que son petit frère soit exécuté par les hommes de mains de Calitri.

 

Dès le générique de présentation, la couleur est donnée : nous allons parler de voitures. Mais pas n’importe lesquelles, celles de luxe, celles dont on n’a en général que la possibilité de rêver, le compte en banque ne suivant pas toujours (voire rarement).

Et de ce côté-là, nous ne sommes pas déçus : Porsche, Ferrari, Lamborghini…

Et bien sûr la star (de Randall) : la Ford Shelby Mustang GT500E, qui répond au doux nom d’Eleanor.

Cette voiture a un passé commun avec Randall, devenant son graal qu’il va s’essayer à atteindre, après quelques tentatives infructueuses antérieures.

 

Mais Eleanor est la voiture de cinéma par excellence parce qu’elle va devenir la raison (le prétexte ?) d’une course poursuite tout aussi impressionnante que celle de Popeye Doyle dans The French Connection.

Cette poursuite permet d’apprécier la virtuosité de Randall, et le côté spectaculaire est accentué par la présence au cœur même de l’action de la caméra : dans l’habitacle, des plans de coupe sont alternés au parcours du véhicule, montrant beaucoup d’accélération et d’embrayage mais très peu de frein.

Bref, nous sommes à la fête parce qu’en plus s’ajoute le facteur temps (1) : un retard, même léger, et l’affaire est abandonnée, Kip exécuté et Randall n’aura plus que ses yeux pour pleurer.

 

Il est clair que si le spectacle est là, on ne peut en dire vraiment autant des acteurs car, outre Nicolas Cage, ce sont essentiellement les voitures les vedettes : si Giovanni Ribisi, dans un rôle un tantinet positif pour une fois, a un rôle important, il n’en va pas vraiment de même pour les autres, dont les apparitions sont tout de même bien courtes, et en particulier Angelina Jolie qui est créditée de la deuxième position dans le générique d’ouverture.

Quant à Robert Duvall, on aurait aimé que son personnage, ô combien riche en promesse, fût un tantinet plus développé.

 

Au final, un film impressionnant, mais qui manque tout de même un peu d’épaisseur.

Nicolas Cage est le centre de l’intérêt, reléguant au second plan (quand ce n’est pas au troisième ou plus) ses partenaires (interprètes et leurs rôles).

Deux ans plus tard, Steven Soderbergh reprendra cette idée d’une équipe réalisant une autre entreprise de vol à grande échelle (avec une équipe hétéroclite), mais à la différence de Dominic Sena, il laissera plus de place à l’entourage de son personnage principal : Ocean’s Eleven (2).

 

  1. Réminiscence lointaine du titre dont on peut se poser la question de la pertinence : mise à part une référence initiale au tout début, on ne voit pas bien pourquoi 60 secondes.
  2. On notera la présence dans les deux films de Scott Caan, le fils de James.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Gangsters, #James Gray, #Robert Duvall
La Nuit nous appartient (We own the Night - James Gray, 2007)

Depuis Abel et Caïn, les rivalités entre frères ont très souvent amené des intrigues intéressantes.

Ici, les deux frères sont Bobby (Joaquin Phoenix) et Joe (Mark Wahlberg), l’un policier, l’autre pas, fils de Burt Grusinski (Robert Duvall) déjà policier lui aussi.

Alors que Joe court après des trafiquants, Bobby les accueille dans son club, qu’il gère en sous-main pour Marat Bouzhayev (Moni Moshonov). Ce dernier est l’oncle – propre sur lui – de Vadim Nezhinski (Alex Veadov), l’un des trafiquants les plus en vue que recherche Joe.

On en resterait là si par malheur Nezhinski ne fît exécuter Joe. Parce que, finalement, Bobby et Joe ne sont pas Caïn et Abel…

 

James Gray dirige à nouveau une histoire de famille, de police, de gangs, et le tout à New York : il boucle ainsi sa trilogie commencée treize ans plus tôt avec Little Odessa.

De plus, il retrouve Phoenix et Wahlberg qui étaient dans l’opus 2 – The Yards (2000) – et sont accessoirement les producteurs du film.

Une fois passée le fait qu’ils ne se ressemblent pas vraiment, nous assistons à une intrigue où famille et loyauté sont les deux éléments importants : la famille policière, qui ne se cantonne pas au trio Gruzinski, mais comporte les autres éléments de la Force ; et la truande qui elle aussi se serre les coudes, même si hors de ses liens du sang, il n’y a que peu de salut.

Et si Bobby des trouve au beau milieu de ces deux familles, les liens du sang se font les plus forts une fois les hostilités lancées.

 

Cette plongée dans ce qu’on peut appeler la mafia russe nous sort de l’Italienne que nous connaissons bien : cette organisation criminelle servit longuement de modèle aux cinéastes que ce soit dans les années 1930s (Wellman, Hawks ou encore LeRoy), tout comme 40, voire 60 ans plus tard (Coppola ou encore Scorsese).

Mais il faut dire que depuis la chute du Mur (novembre 1989) et surtout celle du communisme, nous avons découvert une nouvelle organisation criminelle qui n’avait rien à envier aux Italiens et autres Siciliens.

 

Ces « nouveaux » truands de l’Est sont aussi redoutables, voire peut-être un tantinet ^plus que leurs prédécesseurs, ne jouant pas le jeu avec les mêmes règles, comme s’obstine à le faire Burt Gruzinski, à son grand désavantage : il sera tué sans hésitation, ces nouveaux bandits n’ayant aucun scrupule à tuer les policiers, comme c’était souvent le cas avant.

Ce meurtre a lieu sous les yeux de Bobby, pendant une pluie battante, ne lui permettant pas de bien distinguer ce qu’il se passe. Et c’est là que se place la nouveauté dans cette énième poursuite en voiture : à aucun moment nous ne voyons la chasse à travers d’autres points de vue. Nous restons dans la même voiture jusqu’au bout, découvrant avec Bobby l’issue fatale qui ne faisait tout de même aucun doute.

 

Ce qui suit est alors prévisible et nous assistons alors à la vengeance d’un fils, obligé – comme l’avait prédit son père dans la première partie du film – de choisir son camp dans ce qui est une guerre, comme on nous le rappelle souvent dans ce genre de film.

Prévisible ou pas, on passe tout de même un agréable moment devant ce film policier où Joaquin Phoenix est passé du côté des gentils, malgré un début qui annonçait tout de même le conflit, sinon biblique, du moins fraternel.


Et les femmes dans tout ça, me demanderez-vous ?

Mise à part la belle Amada (Eva Mendes), ce ne sont que femmes au foyer, essentiellement cantonnées à la cuisine : que ce soit la mère d’Amada (Miriam Cruz) ou la femme de Bouzhaiev (Elena Solovey), elles préparent et/ou nourrissent…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Francis Ford Coppola, #Guerre, #Robert Duvall, #Marlon Brando
Apocalypse now (Francis Ford Coppola, 1979)

Sublime.

 

Tout commence par la fin : celle que chante Jim Morrison (The Doors), pendant que le paysage prend feu au milieu d’hélicoptères dont les bruits d’hélices nous parviennent feutrés.

S’en suit le récit du capitaine Willard (Martin Sheen) envoyé en mission au Cambodge pour éliminer Kurtz (Marlon Brando) un colonel américain qui est devenu fou.

Commence alors une quête : la recherche d’un personnage troublant qui dérange plus ses (ex-) supérieurs que l’ennemi vietminh.

Willard va remonter le fleuve qui mène à sa cible : s’approchant toujours plus près de son origine (1).

 

Quarante ans après – dans cette version « final cut » - l’effet est intact. On ne peut rester insensible à ce film magistral où Francis Ford Coppola confirmait qu’il était bien l’un des plus grands réalisateurs (ce qu’il est toujours, à mon humble avis), décrivant avec une même force la sale guerre du Vietnam comme il avait décrit le sale milieu mafieux new-yorkais quelques années plus tôt.

Et encore une fois, il nous gratifie d’une fin avec un montage parallèle aussi fort que le reste du film, avec ce même aspect symbolique qu’on avait vu dans Le Parrain et qu’on retrouvera dans The Cotton Club quelques années plus tard.

 

Mais avant toute chose, et même s’il s’agit d’un film de guerre, c’est avant tout une symphonie d’ombre et de lumière, de pénombre et de lueurs. Les séquences nocturnes (les plus nombreuses) opposent sans cesse ces deux opposés de l’éclairage, mettant en exergue telle partie d’un visage ou d’un lieu, découvrant ou reprenant un autre élément (2).

Autre élément important : le son : la musique, les différents bruits, et surtout le silence. Ce silence qui s’installe pour annoncer un danger, mais qui suit une grande période de frénésie comme seule (ou presque) la guerre sait nous offrir.

Et même pendant les accords de la musique de Carmine Coppola (son papa), le silence qui entoure les différents protagonistes s’impose, reléguant cette musique à un accompagnement lointain, presque indistinct.

 

Et puis il y a les acteurs.

Alors que le film s’ouvre sans aucun générique, nous les découvrons les uns après les autres (3), Martin Sheen tout d’abord, puis Harrison Ford (Colonel Lucas : tiens, tiens…) qui vient d’exploser à l’écran avec Starwars. C’est aussi Robert Duvall, colonel d’une brigade de cavalerie qui a troqué ses chevaux pour des hélicoptères ou Dennis Hopper en photographe un tantinet déjanté, admirateur absolu de Kurtz.

 

Et puis il y a Brando.

A part sur les photos du « dossier » (en français dans le texte) de Kurtz, on ne le voit pas avant la dernière demi-heure du film. Mai l’attente en valait le coup : il est absolument magnifique, donnant à chacun de ses gestes et de ses paroles une dimension supérieure, voire royale, même s’il n’a pas de geste sortant du commun.

Tout comme Willard-Sheen, nous sommes envoutés par cette voix particulière qu’avait cet immense acteur, parlant simplement de choses compliquées, le débit mesuré afin de laisser ses paroles pénétrer les consciences de ses « enfants ».

 

Il y a dans Kurtz un gourou, mais pas dans le sens sectaire qu’on lui connaît : plutôt un maître spirituel (l’acception originelle) qui conduit ses adeptes sans en tirer quelque profit substantiel ou sexuel. Mais, et c’est tout de même là qu’est la limite de ce personnage si intriguant : il reste un militaire, et ses méthodes ne sont pas des plus paisibles ni raffinées : on peut apercevoir les ravages de ses pratiques dans son repère, issue du voyage de Willard.

Et le plus extraordinaire à propos de Kurtz-Brando (on ne peut pas les distinguer réellement tant Brando est superbe), c’est que malgré le court temps d’apparition de Kurtz, il hante le reste du film : Willard le découvre au fur et à mesure de son voyage et de sa lecture de ce dossier un peu sulfureux.

Qu’est-ce qui va faire que Willard ira au bout de sa mission ? La personnalité très dangereuse de Kurtz ? Ou autre chose ?

 

Il y a chez Willard, une lassitude effective qui s’exprime d’entrée quand il se présente à nous : on en arrive même à se dire qu’il a plus ou moins l’intention d’en finir définitivement avec cette guerre, appelant sans cesse une nouvelle mission, histoire de tirer sa révérence.

Mais il y a aussi la vision de la guerre qui nous est montrée : certes Coppola filme, mais c’est la narration de Willard. Et cette narration alterne des moments de calme et d’insouciance – Satisfaction à la radio par exemple – qui alternent avec des périodes de combat frénétique(s), donnant à ce conflit sa véritable qualification de guerre. C’est à chaque fois une folie meurtrière qui s’empare de ces jeunes gens (seul Willard a passé les trente ans) à chaque alerte, réelle ou supposée.

 

Mais cette sale guerre prend aussi sa véritable dimension dans la façon qu’ont les différents protagonistes de l’appréhender : outre les jeunes soldats du bateau, on rencontre le lieutenant-colonel Kilgore (Robert Duvall, un habitué chez Coppola) qui n’hésite pas à faire intervenir des bombardiers (au napalm) pour « dégager » la zone afin de pouvoir pratiquer le surf, sans oublier sa charge aux accords de la Walkyrie de Wagner.

Et cette guerre est aussi sale parce qu’elle a comme racine un racisme ambiant, les soldats américains (mais les Français aussi, avant eux) considérant les vietnamiens – les véritables autochtones, ceux à qui « appartient » ce pays – considérés comme des sous-hommes, tout comme avaient pu l’être les Amérindiens au siècle précédent pour ses mêmes Américains.

Et ironie du sort (4), ce sont ces « sous-hommes » qui vont réussir à se débarrasser de ces envahisseurs.

 

Quoi qu’il en soit, Coppola réussit un coup double : il nous offre un véritable chef-d’œuvre cinématographique à tous points de vue, et commence une nouvelle page du cinéma américain.

Certes, avant lui, on parlait déjà du Vietnam au cinéma (voir le formidable The Deer Hunter), mais avec Apocalypse Now, ce sont des films qui vont donner aux spectateurs une autre vision de la guerre, et surtout celle-ci qui fut des plus traumatiques pour ceux qui en revinrent. Il allait aussi ouvrir la voie à d’autres aspects peu reluisants de cette guerre : la condition des différents vétérans qui en revinrent (Born on the 4th of July, ou même Rambo…), ou certaines dérives militaires (Platoon, Casualties of War…).

 

Un film qui n’a rien perdu de sa force, même 40 ans après !

 

 

PS : on notera la présence de Laurence « Morpheus » Fishburne à ses tout débuts, dans le rôle de Tyrone « Clean » Miller, un soldat de 17 ans. Et quand le film fut présenté à Cannes – avant de rafler la Palme d’Or – le jeune Larry avait encore 17 ans…

PPS : Pourquoi ce titre ? Si vous êtes attentifs, vous saurez.

 

  1. Celle du fleuve ou celle du colonel
  2. Pas étonnant que Vittorio Sonaro, le chef-opérateur, ait été récompensé d’un Oscar.
  3. Lors de sa sortie en salle, les spectateurs recevaient un livret où figurait la fiche technique du film et la distribution.
  4. Est-ce vraiment le sort qui en décide ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Barry Levinson, #Robert Redford, #Robert Duvall
Le Meilleur (The Natural - Barry Levinson, 1984)

Le Meilleur fait partie de ces films sympathiques où on oscille entre la reconstitution sportive et historique.
Barry Levinson adapte le roman de Bernard Malamud, qui raconte le destin d’un joueur de baseball hors du commun : The Natural (1).

D’une manière générale, le scénario de Roger Towne  et Phil Dusenberry s’appuie sur le Roy Hobbs du roman ainsi que sur d’autres joueurs dont Joe Jackson et d’autres joueurs des White Sox (Chicago) impliqué dans un scandale : ils perdaient délibérément, comme il sera demandé à Roy de faire.

 

Roy Hobbs (Robert Redford) part New York pour jouer avec les Knights, l’équipe de baseball de la ville. Dans le train qui l’emmène, il se souvient comment il en est arrivé là : comment son père l’a préparé à devenir le meilleur en entretenant son don ; comment il fabriqua sa batte dans le tronc de l’arbre foudroyé devant chez lui ; comment il est parti un jour, après avoir revu une dernière fois sa fiancée Iris (Glenn Close) ; comment il rencontra Harriet Bird (Barbara Hershey) qui lui tira une balle dans le ventre.

Quand Roy arrive à New York, 16 ans ont passé. Ce sont tout de même ses débuts, inoubliables, à plus d’un point.

 

Bien sûr, la présence de Robert Redford est l’une des raisons du succès public du film. Il en va de même du thème, le baseball étant un sport très populaire aux Etats-Unis. Il n’empêche que ce film est agréable à regarder, mêlant subtilement le sport et les affaires : le juge (Robert Prosky), Gus le bookmaker (Darren McGavin), et Max Mercy (Robert Duvall), un journaliste sportif des plus louches tentent de faire perdre l’équipe par tous les moyens, même les plus sournois.

 

Bien évidemment, on retrouve dans ce film la vision américaine autour de la réussite et de l’échec et surtout du dépassement de soi, personnifié par ce chevalier (2) des temps modernes.

Mais cette idée de chevalier est loin d’être superficielle. En effet, et Malamud a écrit son roman ainsi, Hobbs n’est rien d’autre qu’un jeune chevalier innocent et pur (il débute) et court vers son graal : le championnat national.

 

Et comme nous sommes dans une quête un tantinet mystique, nous y trouvons les éléments en rapport avec elle : des périodes de découragement (quand l’équipe ne réussit rien) ; des moments d’euphorie, mais surtout de longs affrontements (les matches durent en moyenne entre 3 et 4 heures) qui pavent la route vers la victoire finale. Avec en prime un ange gardien : Iris, debout au milieu de la tribune et qui regarde son ancien fiancé réussir. L’éclairage de cet événement est d’ailleurs de toute beauté, la tenue claire portée par Glenn Close donne une impression de scintillement dû au soleil couchant pendant la prise.

 

Beine entendu, Hobbs est non seulement un homme doué, mais il est pur, tout comme Perceval, et ne tombera pas dans les pièges tendus par le trio qui veut sa perte. Et parmi ce trio, si le juge est une immonde crapule, on n’en préfèrera tout de même les deux autre éléments : Gus, en bookmaker borgne, pour qui l’argent est une seconde nature ; et surtout Robert Duvall, dans un rôle tout en nuances de gris, pataugeant entre les eaux claires de Hobbs et la fange marécageuse du juge.

 

Je le dis encore, ce film, s’il ne révolutionne pas le cinéma, reste toujours plaisant à regarder, de par son scénario et la symbolique qui va derrière (3), mais surtout pour des interprètes de haut niveau, Robert Redford, malgré ses 48 ans quand le film sort, réussit à nous faire croire qu’il en a 15 de moins… Et même encore moins !

 

 

  1. Traduit par « le meilleur », le titre implique une compétence innée (naturelle, donc) dans ce sport pour le personnage principal, qui donne raison à cette traduction approximative.
  2. Knight = chevalier
  3. On y trouve aussi une explication mythologique et grecque, Homère étant par ailleurs cité dans le film.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Francis Ford Coppola, #Gangsters, #Robert Duvall
Le Parrain 3 (The Godfather: Part III - Francis Ford Coppola, 1990)

Le temps a passé. Vingt ans depuis les événements de Cuba narrés dans le deuxième film (1974).

Michael (Al Pacino) a vieilli, ses enfants ont grandi, mais les affaires restent toujours les mêmes.

Tom Hagen (Robert Duvall) est mort, et Kay (Diane Keaton) est partie.

C’est lors d’une cérémonie religieuse en l’honneur de Michael qu’apparaît Vincent (Andy Garcia), le fils – illégitime – de Santino (James Caan).

Avec lui arrivent de nouveaux ennuis et la volonté de Michael de réformer ses affaires est encore une fois interrompue.

 

Avec ce film, Francis Ford Coppola et son complice Mario Puzo, mettent un terme aux activités de Michael Corleone, sans pour autant  en mettre un à cette famille.

Avec ce film, c’est d’une certaine façon un retour aux sources qui est entrepris par les deux comparses autant que par Michael.

Et d’une façon générale, on retrouve une structure similaire à celle du premier opus (1972).

 

Mais tout le monde a vieilli, en particulier Michael et un ancien ami de son père, Don Altobello (Eli Wallach). Altobello c’est donc le lien avec le passé, mais avec l’arrivée de Vincent, c’est l’avenir qui se joue : saura-t-il succéder à son oncle et faire mieux que son père ? La réponse est bine sûr donnée à la fin.

Mais avant d’y arriver, nous allons replonger dans les affaires siciliennes que Coppola et Puzo avaient laissées de côté pour un épisode cubain – avec tout de même une partie de l’ascension de Vito Corleone (Robert de Niro).

On retrouve d’ailleurs Little Italy et ses processions dans ce film, avec la même destinée : la mort au bout. C’était Fanucci (Gastone Moschin) dans l’épisode précédent, vous irez voir qui meurt par vous-même…

 

Et encore une fois la famille Corleone influe sur la situation internationale. Après avoir soutenu Batista, Michael s’introduit dans les affaires du Vatican. Et pour cela, Puzo et Coppola avaient un événement mondial qui se prêtait à toutes les suppositions : la mort de Jean-Paul 1er (Raf Vallone), après quelques semaines de pontificat. Puisque tout est possible au cinéma, pourquoi ne pas intégrer sa mort dans un immense scandale financier.

Mais bien sûr, J-P I n’est pas le seul à tomber et Coppola nous rappelle – comme s’il en avait besoin – qu’il est l’un des maîtres du montage parallèle.

Comme dans la première partie, le final – l’opéra ou chante Tony Corleone (Franc D’Ambrosio) – est prétexte à une grande lessive dans laquelle les ennemis de la famille sont éliminés les uns après les autres.

 

Ce n’est d’ailleurs pas le seul montage parallèle du film : pendant la cérémonie, l’assemblée ecclésiastique récite un Ave Maria : Michael revoit Fredo (John Cazale) en faire de même alors qu’il participe à sa dernière partie de pêche. Les deux séquences fonctionnent comme si Fredo donnait la traduction de ce qu’on entend. Cette partie de pêche funèbre est d’ailleurs l’un des éléments déterminants de la vie de Michael et de ses relations avec le futur pape temporaire.

 

Je parlais de retour aux sources pour ce film et le retour en Sicile y est pour beaucoup. En effet, le film est composé de deux parties bien distinctes : l’une à New York et l’autre dans l’île. Michael (et les autres) vont d’ailleurs en Sicile une fois les affaires américaines réglées – définitivement encore une fois.

Le retour en Sicile, c’est aussi les souvenirs qui remontent et submergent presque Michael : son premier mariage avec la belle Appolonia (Simonetta Stefanelli), et le souvenir de sa mort qu’elle a trouvée parce qu’elle avait pris la place de Michael en voiture.

Le retour en Sicile est aussi l’occasion de retrouver don Tomassino (Vittorio Duse), autre personnage important pour les Corleone.

Et puis surtout, la Sicile est pour Michael un lieu de malheur où à chaque fois une femme qu’il aime – et qui l’aime – meurt pour lui. Là encore, il é »tait la cible du tueur, mais le destin en veut autrement.

Pas étonnant alors que Michael meurt seul, au soleil, vieux et usé par cette vie atypique.

 

Mais Le Parrain III, c’est aussi une entreprise familiale qui va au-delà de l’intrigue : non seulement Coppola y a fait jouer sa fille Sofia, mais en plus on trouve le nom « Coppola » à différents moments du générique de fin, sans oublier Talia Shire (Connie Corleone) et Nicolas Cage (producteur) – nièce et neveu de Francis – et surtout la musique signée par Carmine Coppola, son propre père.

 

Il est bien dommage que Mario Puzo soit mort si tôt (1999, il allait tout de même sur 79 ans) : ils avaient en projet une quatrième partie mettant en scène l’ascension de Vito dans Little Italy, avant que ne commence le premier film.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #John Sturges, #Clint Eastwood, #Robert Duvall
Joe Kidd (John Sturges, 1972)

Complet marron, chapeau, faux-col et cravate, Joe Kidd (Clint Eastwood) a des allures de pied-tendre. Mais ne vous y fiez pas: notre première rencontre avec lui se situe en prison où il a terminé après avoir fait du scandale au saloon. Mais ce n’est pas la première fois qu’il se retrouve dans une telle situation.

Après un procès (très) rapide, il est condamné à des travaux d’intérêt général : nettoyer le tribunal et ses alentours.

Mais quand des Mexicains, menés par Luis Chama (John Saxon), viennent libérer des prisonniers à eux, les choses changent.

Joe Kidd se retrouve engagé par Frank Harlan (Robert Duvall) – un riche propriétaire terrien qui voit d’un mauvais œil ces Mexicains lorgner ses terres acquises d’une manière peu orthodoxe – pour tuer ce Chama qui soulève le Nouveau Mexique contre les

 

A nouveau, John Sturges raconte une histoire où des Mexicains sont oppressés. Mais alors que Les 7 Mercenaires était un western magnifique, celui-ci semble être le western de trop.

Il est clair que le format du film (83 minutes) ne permet pas une mise en place trop détaillée ni un développement très fourni. Et c’est certainement là que le bât blesse.  

En effet, le script original mettait plus en avant Chama, ce que Clint Eastwood ne voulait pas : il fallait qu’il soit le héros. En effet, ses trois collaborations avec Sergio Leone l’avaient propulsé en haut de l’affiche et le cowboy de la décennie. Il ne pouvait donc pas interpréter un personnage de second plan.

 

Alors évidemment, tout ce qui avait trait à Chama a été réduit au maximum, allégeant le film et donc ce qui aurait pu en faire un très grand western. Et au final, on ne retient pas grand-chose : des armes insolites dans un western – en fait elles sont plus en rapport avec l’époque (1896-1907) – et deux grandes fusillades.

On y croise des personnages sans véritable relief – la courtisane Elma (Lynne Marta) qui aurait très bien pu ne pas exister sans rien modifier de l’intrigue ou le shérif Mitchell (Gregory Walcott) qui ne fait pas beaucoup plus que de la figuration – et qui ne sont que des esquisses. Même le personnage de Chama n’est pas beaucoup caractérisé, tout comme Harlan, pourtant le « méchant attitré ».

 

On retrouve bien sûr ce qui a fait le succès et le charme des 7 Mercenaires – un homme seul qui s’attaque à une bande – mais de manière beaucoup trop rapide. La grande frustration étant la mort de Lamarr Simms (Don Stroud, qui avait déjà travaillé avec Eastwood dans Un Shérif à New York) : on attendait un affrontement grandiose, le châtiment étant alors à la mesure de la noirceur du personnage. Mais non. Une mort certes spectaculaire mais pas vraiment pertinente au vu du reste.

 

On a l’impression que Sturges n’arrive pas à se positionner : il nous rappelle bien qu’il fut le réalisateur des 7, mais la présence de Clint Eastwood le fait pencher vers Sergio Leone : la fusillade finale avec les hommes sur les toits nous ramène Il était une fois dans l’Ouest ou Le Bon, la brute et le truand, sans la flamboyance ni le panache de ces deux films.

 

Finalement, je trouve ce film décevant car la rencontre entre ces deux géants du western aurait mérité une autre intrigue ou alors un contexte et des personnages plus étoffés.

Le western de trop, donc.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Robert Duvall
Wild Horses (Robert Duvall, 2015)

Scott Briggs (Robert Duvall) est un Américain. C’est un Texan fier et farouche, propriétaire jaloux de son ranch.

Scott Briggs a trois fils qu’il a élevés dans la religion, sa bible étant rangée dans le même tiroir que son pistolet.

Mais Ben (James Franco), son fils cadet, est homosexuel.

Et ça, Scott Briggs ne l’accepte pas.

Alors il chasse son fils, et l’ami qui était avec lui.

 

C’est un beau film que nous propose ici Robert Duvall. Il est en outre le personnage central d’une intrigue à multiples tiroirs dont la résolution ne pourra pas se faire sans connaître ce qu’il s’est passé quinze ans plus tôt, quand il a chassé son fils (voir ci-dessus).

La quête principale du film, c’est une « affaire froide » (« cold case », comme on dit là-bas) : Jim Davis (Darien Willardson) a disparu, à la même période que Scott chassait son fils de chez lui. Et Samantha Payne (Luciana Pedraza alias Mme Duvall)  une Texas Rangers, a rouvert le dossier et cherche ce qui a bien pu arriver à ce jeune homme.

Dans le même temps, on assiste à une réunion de famille, un de ces conseils qui marquent les participants et donne un sens très différent à leurs vies.

 

Bien sûr, la démarche de Scott envers ses fils est intéressée. Il ne les fait pas venir seulement pour une annonce importante. C’est pour son fils cadet qu’il le fait, pour le revoir.

Mais il s’agit avant tout d’une démarche égoïste : il veut mettre en ordre ses affaires avant le grand départ, qui semble imminent d’après ce qu’il laisse entendre.

Mais si les contingences matérielles (héritage) sont vite expédiées, c’est tout le poids du mensonge qu’il veut expédier. Il veut soulager sa conscience.

 

Alors il parle. Tout du moins il essaie de parler, mais comme il n’en a pas l’habitude, il met du temps. Et même parfois il se tait. C’est surtout ce mutisme que lui reproche Ben : ne jamais répondre quand la question est trop dérangeante. Et là encore, s’il fait un énorme effort pour essayer de parler, il s’arrête à chaque fois en cours de route, laissant encore une part d’ombre planer.

 

Oui, cet homme est à la recherche de la Rédemption*. De SA rédemption. Mais lui qui affiche une façade d’homme rude n’est malheureusement pas capable d’assumer. « Je suis un lâche » répète-t-il pour excuser le mal qui a fait, les révélations qu’il n’a pas su dire à temps.

Le temps a passé, et au seuil de la mort, il veut faire la paix avec son fils renié. Du bout des lèvres il accepte son homosexualité. De toute façon, il n’a plus le choix. Mais cette acceptation est restreinte (« parce que tu es mon fils. ») et surtout elle s’arrête au bout de ces lèvres qui viennent de le dire. Il n’est pas question de savoir comment Ben vit, et ce qu’il ressent.

 

Scott est un personnage hors du temps. Il vit une vie rêvée de cowboy dans son ranch, transmettant son amour des chevaux à ses petits enfants, mais ne voit pas la société évoluer : il a ses certitudes toutes forgées dans la Bible, justifiant alors chacun de ses faits et gestes.

Et le plus bel exemple de ce décalage est sa rencontre avec Samantha, Texas Rangere (si vous me permettez ce néologisme) : il s’étonne que les femmes occupent un tel poste ; elle lui répond qu’elles ont même le droit de voter**.

 

Je terminerai en vous laissant découvrir l’issue de ses démarches : sera-t-il sauvé ? Quel est l’avenir de sa relation avec son fils ?

Ce fils honni pour son orientation sexuelle, mais qui est pourtant son préféré…

 

 

* N’oublions pas qu’il est très religieux

 

** 19ème amendement, voté le 21 mai 1919 !

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