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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

roscoe arbuckle

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Western, #Roscoe Arbuckle
Fatty et les Peaux-rouges (Fatty and Minnie Hee-Haw - Roscoe Arbuckle, 1914)

Fatty (Roscoe Arbuckle) est en voyage. Comme clandestin, alors évidemment, il est rapidement éjecté du train par l’homme demain du convoi (Slim Summerville). Seul, au milieu de nulle part, il feint l’inanition pour attendrir Minnie Hee-Haw (Minnie Devereaux). Et ça marche.

Non seulement elle le ramène à son village (de tipis), mais en plus, elle envisage de l’épouser. Ce qui n’est pas complètement au goût de Fatty qui va s’enfuir et se retrouver dans un village de cow-boys.

Mais Minnie est à ses trousses…

 

Autant le dire tout de suite : Minnie Devereaux s’est aussi appelée Minnie Ha-ha (dans Mickey), et ici, son patronyme (Hee-Haw) rappelle fortement le braiement d’un âne. Quoi qu’il en soit, c’est une femme indienne (véritable) et sa stature est en parfaite adéquation avec celle Fatty, comme en témoigne la séquence du baiser. Parce que Roscoe Arbuckle, à travers son personnage, va embrasser une Indienne ! Si je mets en évidence ce fait, c’est parce que les lois américaines ne sont pas – en 1914 – pour la mixité, et au cinéma, n’oublions pas qu’« un bon Indien est un Indien mort » !

 

Alors quand Fatty embrasse Minnie Hee-Haw, après contorsions, c’est un grand coup donné aux racistes de tous poils qui peuplent l’Amérique de l’époque (et aussi de maintenant, d’ailleurs). Mais je ne suis pas sûr qu’il y ait un message quelconque dans ce baiser. Il est on ne peut plus naturel, même si Fatty n’a qu’une envie : s’en aller. Il faut dire que Minnie n’est pas de la première jeunesse, et la présence d’une rivale (Minta Durfee) va précipiter la séparation.

Malheureusement pour Fatty, cette jeune femme a un père, et leur amour (inexistant bien que latent) ne pourra se développer.

 

Quoi qu’il en soit, on s’amuse beaucoup de cette histoire fort improbable, où le héros (?) va tout faire pour se sortir d’une situation de toute façon inextricable, tout en utilisant les canons du western. Ca tire, ça se bagarre et ça boit sec. Sauf Fatty, bien sûr, qui boit du lait plus ou moins élégamment.

 

NB :un gag qui sera repris maintes et maintes fois, et en particulier chez Goscinny : la nourriture indienne qui contente l’étranger jusqu’au moment où il apprend ce qui compose réellement sa pitance (1)…

 

On attend quand même avec impatience Out West !

 

  1. Astérix, La grande Traversée ; Oumpah-Pah le Peau-rouge

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Roscoe Arbuckle
Le Bal des domestiques (The waiters' Ball - Roscoe Arbuckle, 1916)

[Attention, le film est avant tout une reconstruction de Dave Glass d’après le livre de Steve Massa (1).]

 

Fatty (Roscoe Arbuckle) est cuisinier dans une sorte de café américain où les clients sont servis par un serveur pas toujours adroit (Al St. John). Une caissière (Corinne Parquet) est partagée entre les deux hommes : bientôt va avoir lieu le Bal des Serveurs (le titre original). Malheureusement pour celui du café, il n’a pas la tenue (correcte) exigée. Ce sera donc Fatty qui accompagnera la jolie caissière, car il a lui un magnifique complet.

Enfin, ça c’était avant que le serveur le lui vole et parte au bal avec la jeune femme…

 

Encore une fois, Fatty est dans la restauration,lieu qu’il semble affectionner et qui met en valeur les talents de Roscoe Arbuckle avec une poêle : c’est une série d’acrobaties qu’il nous offre, jetant en l’air et rattrapant avec toujours beaucoup de virtuosité la crêpe (pancake) qui y cuit indéfiniment. Ces différentes phases sont entrecoupées par l’utilisation d’un couteau de cuisine qui retombe toujours au bon endroit après avoir été lancé. Bref, Arbuckle annonce déjà le personnage du Garçon Boucher qui viendra l’année suivante.

Et si Buster Keaton n’est pas encore là, Al St. John s’en sort très bien pour mettre lui aussi de la fantaisie dans ce lieu de restauration, amenant immanquablement une dispute entre les deux hommes à propos – cette fois – de balayage, avec coups de balais et de pieds dans le cul inévitables.

 

Bien sûr, on a déjà vu ça de nombreuses fois, mais malgré tout, et surtout grâce à Arbuckle, ça fonctionne (2). Certes, les gags ne sont pas toujours très légers, mais il y en a tout de même quelques uns qui sont très drôles. Et encore une fois, Arbuckle va se déguiser en femme (avec perruque) et amener le chaos inévitable lui aussi. Et là encore, c’est avec Al St. John qu’il va semer un incroyable désordre dans ce qui donne son titre au film, le fameux bal.

Ce bal, d’ailleurs, n’est pas le moment le plus important du film puisqu’il s’agit de la dernière partie et dans cette version, cela ne dure moins de cinq minutes, l’essentiel de l’intrigue (mince) se déroulant dans le café.

 

Et encore une fois, c’est le personnage de Fatty qui recueille toute la sympathie. Outre son habileté à la poêle, il y a toute sa gentillesse qui transparaît dans ce personnage énorme aux manières si délicates. Encore une fois, la jeune femme de l’intrigue – la caissière, donc – tombe sous son charme malgré sa stature on ne peut plus imposante. Et même son travestissement en femme n’est pas si grotesque que ça. Il y a dans les poses d’Arbuckle devant la glace alors qu’il ajuste son costume la même finesse qu’on retrouve chez un de ses collègues de la même époque et avec qui il a joué : Charles Chaplin.

Comme à chaque fois, il est une femme (plus que) plantureuse aux maintien délicat et aux manières très féminines.

 

Tout ça jusqu’à ce que la situation dégénère, la perruque vole et la robe retrouve sa propriétaire (Kate Price, en personnage positif, pour changer) : le bal est fini, tout le monde s’en va, et les deux fauteurs de troubles sont châtiés. Et même si nous sommes chez Sennett (Keystone Film Company), nous restons tout de même chez Arbuckle : il n’y a qu’un seul flic, et il est plus dégourdis que les autres du studio…

 

  1. Steve Massa, Rediscovering Roscoe : the Films of Fatty (2019)
  2. Je sais, je ne suis pas objectif : j’adore le cinema burlesque.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Roscoe Arbuckle, #Buster Keaton
La Noce de Fatty (His wedding Night - Roscoe Arbuckle, 1917)

Fatty (Roscoe Arbuckle) travaille dans un drugstore qui, comme son nom l’indique est ce que nous appelons une pharmacie. Et comme dans toute bonne pharmacie américaine qui se respecte, on vend toute sorte de choses, en plus des médicaments. Ici, on peut par exemple se rafraîchir le gosier ou acheter du parfum.

Fatty est amoureux d’Alice (Alice Mann) la fille du pharmacien qui le lui rend bien. Mais ce n’est pas du goût du jeune Al (Al St. John) qui est lui aussi amoureux de la jeune femme. Comme elle est promise à notre Prince of Whales, AL décide de l’enlever. Mais c’est le livreur et modèle d’essayage (Buster Keaton) qui est enlevé à sa place…

 

Bien sûr, le scénario est un prétexte. Ne cherchez aucune vraisemblance ni cohérence : nous sommes là pour rire, et Arbuckle (et ses amis) vont s’y employer. Bien sûr, comme nous sommes encore dans les années 1910, ça ne vole pas obligatoirement très haut : coups de pied au cul et déclinaison de tarte à la crème sont les artifices les plus utilisés. Et Keaton, un tantinet sous employé par rapport au film précédent, nous gratifie d’une seule véritable cascade (une chute de vélo). Par contre, on appréciera sa grâce dans la robe de mariée, même si ce gag peut nous paraître un brin douteux une centaine d’années plus tard. Mais pas tant que ça, puisque cet essayage est pertinent par rapport au « scénario » puisque c’est lui qui se fait enlever.

 

A deux autres occasions, on frôle ce qu’on appellerait aujourd’hui le « politiquement correct » : la femme noire qui vient acheter du parfum et s’appuie sur un écriteau tracé à la craie qui va alors vanter une partie charnue de son corps (1).

Autre élément franchement inconcevable au temps de #metoo et des différentes « drogues du viol », le fait que Fatty profite d’endormir les clientes pour les embrasser (sur la bouche, cela va de soi).  Bien entendu, ce gag n’est absolument plus d’actualité, et on se sent tout de même mal à l’aise devant cette séquence, mais il faut se replacer dans le contexte du film : ça ne gênait personne.

Stroheim utilisera cette pratique dans son formidable Greed, mais dans un autre contexte : pas question de faire rire.

 

Pour le reste, Arbuckle reste Arbuckle, avec sa délicatesse patentée, même si sa façon de servir des milk-shake n’a rien de délicate : il va même jusqu’à utiliser un peigne pour filtrer sa mixture. Et bien entendu, il s’en redonne un coup après…

Bien entendu, on s’amuse autant que le trio du film, même si on peut préférer une autre production des trois stars.

Mais que voulez-vous, il faut bien vivre, et tant que le rire est au rendez-vous…

 

PS : Parmi les figurant·e·s, on notera la présence d’une certaine Virginie Rappe (une des deux jeunes femmes dans la voiture qui fait le plein), dont la mort provoquera la déchéance (injuste) du même Roscoe Arbuckle.

 

  1. Bien sûr, c’est pour faire rire et c’est tout de même assez bon enfant, mais on notera que l’écriture aurait dû se trouver écrite à l’envers !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Roscoe Arbuckle, #James Cruze
Tu trembles, Fatty (Leap Year - Roscoe Arbuckle & James Cruze, 1924)

Stanley Piper (Roscoe Arbuckle) est le jeune héritier de son oncle Jeremiah (Lucien Littlefield), un vieux grincheux misogyne traité contre la goutte par la jeune infirmière Phyllis Brown (Mary Thurman). Stanley est amoureux de la belle Phyllis mais son oncle décide de l’envoyer loin des femmes : elles lui font perdre ses moyens (1). Mais là où Stanley débarque (L’île Catilina), ce ne sont que jeunes beautés qui se prélassent et voient d’un œil intéressé ce futur millionnaire…

Stanley doit encore fuir. Mais elles le suivent chez son oncle.

A partir de là, rien ne va plus…

 

Voilà un film très particulier : il a fallu attendre 2008 pour qu’il sorte (enfin) aux Etats-Unis. La raison ? Roscoe Arbuckle avait été blacklisté suite au scandale qui porte son nom et qui ruina (définitivement) sa réputation. Et surtout pour une affaire où il était totalement innocent ! En outre, il s’agit de son dernier long métrage en tant qu’acteur pour les mêmes raisons : le film n’étant pas sorti (hélas), n’a pas connu quelque succès que ce soit.

Et c’est bien dommage !

 

C’est un véritable chant du cygne que ce film qui le voit en séducteur malgré lui (2) : toutes les jeunes femmes q’il croise (ou qui le croisent) ne peuvent s’empêcher d’être amoureuses de lui, rêvant de l’épouser. Toutes sauf une bien sûr, l’infirmière, la seule qu’il aime !

Et Arbuckle est encore une fois phénoménal. On peut retrouver sa délicatesse et surtout sa souplesse qui ont fait son succès avant. Malgré sa stature plus qu’imposante, il est d’une grâce et d’une légèreté formidables. Il faut le voir simuler une maladie grave – sautiller, bondir et s’effondrer avec en prime une galipette – pour se rendre compte de son aptitude physique étonnante.

 

Malheureusement, même la présence de James Cruze lui aussi à la réalisation n’y a rien fait : les producteurs ont refusé de sortir ce film qui aurait très certainement relancé sa brillante carrière injustement (c’est le cas de le dire) interrompue. Parc e que c’est toujours aussi drôle – et plus évolué que ses premiers films, même si on n’atteint pas le degré de subtilité de ses contemporains dont son ami Buster Keaton. Keaton dont le film Seven Chances qui va sortir l’année suivante, est comme un écho au film de Cruze et Arbuckle : on y retrouve un jeune homme amoureux d’une jeune femme qui le rejette et qui se retrouve poursuivi par une multitude de prétendantes. Certes, le principe de l’intrigue est différent, mais le résultat est le même : une jeune homme en proie aux assiduités de femmes qu’il n’a pas choisies.

 

Mais malheureusement (encore une fois), ce film est resté dans les boîtes – sauf en Europe où on put le voir dès le 13 janvier à Paris – et Arbuckle a survécu tant bien que mal les neuf années suivantes avant de s’éteindre prématurément le 29 juin 1933.

Il est donc indispensable de voir ce film : ce sont les adieux – involontaires – d’un immense comique, par le physique, mais surtout par le talent !

 

PS : encore une fois, le titre original ne semblait pas assez vendeur pour le public français. Cette Année du grand saut métaphorique devient une accroche un brin racoleuse (il faut vendre, que voulez-vous…), avec surtout le souci d’identifier son personnage principal, immense vedette malgré tout. En Europe.

 

  1. Il doit boire un verre d’eau afin de réprimer l’inévitable bégaiement qui le prend à chaque fois qu’il est ému.
  2. A moins que ce soient les millions qui lui sont destinés…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Roscoe Arbuckle, #Buster Keaton
Fatty chez lui (The Rough House - Roscoe Arbuckle & Buster Keaton, 1917)

Fatty (Roscoe Arbuckle) s’endort, une cigarette à la main. Allumée, cela va de soi. Evidemment, le feu se déclare et il va chercher pour l’éteindre… Une tasse !

L’incendie maîtrisé, la maison s’excite et Fatty se retrouve à cuisiner, suite aux défections du cuisinier (Al St. John) et de la servante (Josephine Stevens) tous les deux remerciés suite à l’arrivée d’un commis (Buster Keaton) pendant le petit déjeuner.

Arrivent deux escrocs qui seront confondus par l’ex-commis et l’ex-cuisinier, devenus entre-temps policiers.

 

Encore une fois, il est difficile de résumer l’intrigue des courts films de Roscoe Arbuckle, tant le format (deux bobines) est utilisé à fond et rempli jusqu’à la limite de gags plus ou moins élaborés. Moins avec les coups de pieds dans le derrière et autres projectiles envoyés à la figure, plus avec une idée de gag qui fera école quelques années plus tard jusqu’à devenir un must : Fatty plante deux fourchettes dans deux petits pains et la fait danser…

Mais dans l’ensemble, c’est tout de même l’influence Keystone qui domine, avec ses inévitables policiers abrutis et maladroits, ici interprétés surtout par Keaton et St. John.

 

C’est d’ailleurs ici la première collaboration de Keaton à la mise en scène comme le confirme une place plus importante dans le scénario et ses cascades elles aussi inévitables. D’une manière générale, il faut être très souple et un tantinet athlétique pour participer aux films de ce trio infernal. Et la jeune Josephine Stevens (qu’on avait déjà vu dans le film précédent) ne dépare pas face à ces pieds nickelés.

Mais c’est encore Roscoe Arbuckle qui a le premier rôle et l’intrigue est recentrée sur lui, tout comme la caméra sur certains plans.

 

C’est très drôle mais c’est tout de même du grand n’importe quoi et le fait que ce film fut retrouvé tardivement – il fut longtemps considéré comme perdu – peut expliquer une pauvre qualité d’image voire quelques secondes manquantes par ci par là.

Mais on ne va pas bouder le plaisir de retrouver ce trio loufoque et surtout les débuts derrière la caméra de l’immense Buster.

Au fait, si le titre original prend une majuscule à Rough, ce n’est pas parce que c’est un adjectif (1) : c’est le nom de famille de Fatty…

Il est donc bien « chez lui »…

 

J’oubliais : Keaton, qui n’en est qu’à son deuxième film n’a pas encore trouvé le ton de son personnage impassible : il sourit ! Et même plus…

 

  1. rough = rugueux, rude : de quoi qualifier malgré tout cette maisonnée…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Mack Sennett, #Mabel Normand, #Roscoe Arbuckle
Mabel's new Hero (Mack Sennett, 1913)

Mabel (Normand) va passer l’après-midi à la plage avec ses amies et leur présente à cette occasion son fiancé, l’imposant Fatty (Roscoe Arbuckle). Mais ce qui aurait dû être une après-midi agréable devient un calvaire après la rencontre de l’irrésistible (du moins le croit-il) Handsom Harry (Charles Inslee). Ce dernier va tout faire, par jalousie, pour séparer les amoureux, lâchant même un ballon (pas beaucoup dirigeable) dans l’air avec la jeune femme dedans.
Heureusement, Fatty va la sauver, avec l’aide (pas toujours très efficace) des Keystone Cops !

 

Nous sommes chez Mack Sennett, et comme d’habitude, tout va très vite : tout doit aller très vite. Et comme il a réuni deux des plus grandes vedettes de l’époque (1), le spectacle attendu est là et bien là. On retrouve la fraîcheur de Mabel, ainsi que sa force de caractère et dans le même temps, la carrure imposante d’Arbuckle qui ne l’empêche pas « tomber » les filles. Et cet embonpoint caractéristique est une source de gags : trop gros, il fait s’effondrer un guéridon sur lequel il comptait s’asseoir ; dans la séquence finale, il fait rebondir Mabel sur son ventre pour la remettre de face…

 

Bref, Arbuckle, s’il n’apparaît pas tout de suite sur l’écran, prend toute la place une fois qu’il s’est montré. Et le jeu tout en subtilité de Mabel Normand s’accorde parfaitement avec celui de cet immense acteur (au sens propre comme au figuré !).

Et bien sûr, cette intrigue maritime permet à Sennett de placer quelques jolies jeunes femmes, dont Mabel qui exhibe en ombres chinoises certaines de ses formes, pour le plus grand plaisir de ce voyeur de Handsome Harry.

 

Et évidemment, nous retrouvons les inévitables policiers, véritable marque de fabrique du studio Keystone : ils sont cinq, toujours excités et peu efficaces. Il faut s’y reprendre à plusieurs fois pour faire atterrir Mabel. Et chaque occasion offerte les voit sur leur fondement. S’ils n’aidaient pas (un peu) Fatty à redescendre la belle, on pourrait même douter de leur utilité !

Quoi qu’il en soit, on s’amuse beaucoup de cette aventure improbable mais on se dit tout de même qu’un peu de calme n’aurait pas nui au film, mais il n’y a qu’une bobine (10 minutes) et il faut s tenir à ce métrage.

Dommage, surtout que Roscoe Arbuckle avait une délicatesse aussi grande que son ventre, c’est dire !

 

Signe des temps : le titre original a plus tard été changé en Fatty & the bathing Beauties (Fatty et les jolies baigneuses). Roscoe Arbuckle avait pris une plus grande place auprès du public que Mabel, et devenait de ce fait plus vendeur…

 

  1. Chaplin et Keaton ne sont pas encore connus.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Western, #Roscoe Arbuckle, #Buster Keaton
Fatty Bistro (Out West - Roscoe Arbuckle, 1918)

Fatty (Roscoe Arbuckle) est passager dans un train vers l’Ouest américain.

Chassé, il est poursuivi par des Indiens un tantinet cannibale et se retrouve dans un hameau perdu de e même Ouest un brin sauvage. Il y fait la connaissance de Bill Bullhorn (Buster Keaton), propriétaire du Saloon de la dernière Chance (1), ainsi qu’une belle jeune femme de l’Armée du Salut (Alice Lake). A ce trio s’ajoute l’infâme Wild Bill Hiccup (Al St John), bandit notoire qui tente de régenter cette ville champignon.

 

Nous sommes ici en territoire conquis : on retrouve Roscoe Arbuckle et ses collaborateurs habituels (Keaton et son neveu St John) ainsi qu’Alice Lake dans le rôle de la jeune première. Et bien sûr, c’est Arbuckle qui a le rôle du jeune premier, ce qui contraste avec les canons habituels. Mais il en va toujours ainsi chez le grand Roscoe.

Avec Out West, c’est à un monument du cinéma que s’attaque le trio comique : le western.

Et je dois avouer que nous ne sommes pas déçus.

En effet, on y retrouve quelques stéréotypes indispensables – grands espaces, personnages rudes, Indiens et coups de pistolets – ainsi que les codes habituels de l’humour de nos trois vedettes : chutes et cascades, débrouillardise et en guise de tarte à la crème (difficile à justifier dans ce monde hostile) des bouteilles que Fatty casse sur la tête de Hiccup (2).

C’est bien sûr un festival de gags menés tambour battant par Arbuckle et ses compères, sans toutefois éviter de tomber dans certains travers au goût très douteux comme on en trouve à foison dans le cinéma américain de cette époque.

 

En effet, on ne passe pas à côté de références racistes ordinaires (pour ce milieu) qui s’expriment contre les Amérindiens et un jeune homme noir.

Les Indiens sont tout d’abord présentés comme cannibales puisqu’ils comparent Fatty à un grand stock de nourriture pour l’hiver, et seront abattus sans problème par leur cible quelques temps plus tard.

De son côté, le jeune homme noir est harcelé par les cowboys qui le font « danser » dans le saloon : ils tirent par terre et le jeune homme sursaute pour éviter les balles.

Parmi ces tireurs, on retrouve notre Fatty et Bullhorn, qui avait défendu un joueur contre un tricheur auparavant, ne trouve rien à redire contre cette pratique des plus humiliantes.

Il faudra l’intervention de la jeune femme pour que cet « amusement » cesse.

 

Et puisqu’on en est à parler pistolets, on remarque que la violence est très présente dans ce film. En effet, Bullhorn/Keaton n’hésite pas à abattre de sang-froid un tricheur de poker dans le dos, l’évacuant dans le sous-sol de façon malgré tout comique comme il le fera pour d’autres importuns.

D’une manière générale, cet Ouest est hostile et il faut avoir le cœur – et l’estomac – bien accroché pour y survivre. Et même si c’est le cas…

Bref, un petit western (une vingtaine de minutes) qui n’a rien à envier au grand, où le trio vedette s’en donne à cœur joie pour le plus grand plaisir des spectateurs, même si on peut reprocher quelques débordements racistes qui nous paraissent aujourd’hui des plus incongrus et déplacés, surtout avec les événements que nous venons de connaître (3).

 

PS : Encore une fois, quelle traduction du titre...

  1. Last Chance Saloon
  2. Le nom Wild Bill Hiccup fait référence à Wild Bill Hickok, véritable cowboy et tueur de bisons pendant les guerres indiennes. « Hiccup » signifie hoquet.
  3. La mort de George Floyd, tué par la police américaine parce qu’il était noir.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Roscoe Arbuckle, #Mabel Normand
Le Cauchemar de Fatty (He did and he didn't - Roscoe Arbuckle, 1916)

Comme tous les soirs, le docteur (Roscoe Arbuckle) et sa femme (Mabel Normand) se préparent pour dîner.

Or ce soir-là arrive Jack (William Jefferson), un ancien camarade de classe de Mabel.

Ce soir-là aussi, il y a du homard au menu.

Le docteur et Jack vont passer une drôle de nuit…

 

Nous sommes dans une configuration de vaudeville, avec un mari, une femme et un tiers. Mais ce tiers n’est absolument pas l’amant de la femme, même si le docteur le présume.

On a alors un drame de la jalousie d’une noirceur peu commune dans les films réalisés par la compagnie de Mack Sennett, où tout était prétexte à gags plus ou moins légers.

 

Mais il ne faut pas oublier que c’est Roscoe Arbuckle qui dirige. Et si ce dernier avait une apparence massive (1), il n’en demeurait pas moins un homme très subtil et délicat.

Comme nous sommes dans les locaux de la Keystone, le film est un enchaînement de gags où finalement c’est cette subtilité arbucklienne qui domine.

Bien entendu, on a droit à du comique nerveux avec la participation de Al St. John (toujours fidèle au poste) en cambrioleur (très) bondissant amenant une scène de poursuivre dans la maison dans la droite lignée des films de chez Sennett.

 

La première séquence, où Mabel et Roscoe se préparent est un véritable enchantement. On sent une complicité dans leur affrontement. Ils sont complémentaires et ça se voit. Mabel joue – à sa façon – dans le même registre que son partenaire : les gags sont très bien trouvés et s’enchaînent avec pertinence, passant parfois même de l’un à l’autre avec bonheur (ex : l’appui sur un meuble) (2)

 

Mais à côté de cela, le film comporte une noirceur terrible, amenant une véritable tragédie. Car si, dans un premier temps, les pistolets ne sont là pour ajouter des rebondissements (physiques), à un moment donné, ils retrouvent leur usage premier : tuer des gens.

On arrive alors à un paroxysme tragique, d’où le docteur sort tourneboulé, avançant tel un automate, perdu dans le désespoir de son geste (3).

 

Mais nous sommes à la Keystone, alors il faut une fin heureuse. Elle sera là, bien entendu, pas si étonnante qu’on aurait pu le croire puisque le titre original l’annonçait : « il l’a fait et il ne l’a pas fait ». Quoi ? C’est justement la fin du film qui annonce ce titre un tantinet mystérieux (4).

Mais si le film se termine sur une demi-teinte heureuse, la toute dernière image du docteur dissipe les craintes qu’on eût pu avoir : le bref sourire contagieux de l’immense Roscoe.

 

Quel malheur qu’un tel génie fût voué aux gémonies !

 

 

(1) Il se surnommait lui-même le Prince of Whales (jeu de mots intraduisible, bien sûr…)

 

(2) (re)voyez-le, vous comprendrez…

 

(3) On retrouve là une image presque prémonitoire de Roscoe Arbuckle : c’est ce même masque désespéré qu’on lui connaît après le déclenchement du scandale absolument injuste qui porte son nom (1921)

 

(4) SPOILER ! Le titre français, quant à lui, annonce carrément la chute de l’histoire : ce n’était qu’un mauvais rêve.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Roscoe Arbuckle, #Buster Keaton
Fatty Garçon boucher (The butcher Boy - Roscoe Arbuckle, 1917)

Le garçon boucher est donc Fatty, le personnage créé par Roscoe Arbuckle quelques années plus tôt pour la compagnie Keystone de Mack Sennett.

Quand le film sort, c’est donc Arbuckle la vedette attendue des spectateurs ainsi que dans une moindre mesure son complice – et neveu – Al St. John (Slim).

Mais ce que nous retenons, nous spectateurs cent ans après, c’est bien entendu la présence (pour la première fois à l’écran) de Joseph Frank Keaton Jr. aussi appelé « Buster ».

 

Il est clair que le terme de garçon boucher est un prétexte pour commencer l’intrigue dans un magasin où Arbuckle manie le couteau de boucher avec une grande virtuosité : l’instrument virevolte et termine inlassablement planté sur l’étal sans jamais blesser quiconque. Cette séquence est fascinante pour cela.

En plus de son adresse, Arbuckle était un homme très souple et nous le voyons bien dans ce film sauter, danser (etc.) avec une grâce qu’on n’attendait pas d’un tel gabarit.

Il faut dire que l’intrigue est prétexte à de nombreux rebondissements (physiques) et autres acrobaties déchaînées qui resteront la marque des films de Keaton tout au long de sa carrière.

 

Le film comporte deux parties : une dans le magasin de Mr Grouch* (Arthur Earle), où travaillent les deux compères et où Buster Keaton est seulement client ; l’autre dans le pensionnat de jeunes filles de Miss Teachem** (Agnes Neilson).

 

La première partie est très certainement la plus drôle des deux, Keaton intervenant pour la première fois à l’écran et rentrant avec bonheur dans le jeu de Roscoe. La preuve ? Il est présent à l’image  plus longtemps que St. John.

Cette première partie est aussi prétexte à jouer avec la nourriture : la farine tout d’abord entre Slim et Fatty, et rapidement le patron du magasin et Keaton qui revient, utilisant le premier une tarte bien sucrée…

On arrive à une situation inextricable où les protagonistes se perdent dans un nuage de farine… Magnifique !

 

Puis Amanda (Josephine Stevens), la fille du patron, pour ne plus subir la mauvaise influence de Fatty et Slim (qui sont tous deux amoureux d’elle) s’en va vivre dans le pensionnat où Fatty et Slim (ce dernier aidé de Buster) vont s’introduire pour pouvoir continuer à la côtoyer.

Ils se griment tous les deux en jeune fille, leur différente stature amenant un contraste comique obligatoire. Ce n’est ni la première ni la dernière fois qu'Arbuckle se déguise en femme, donnant étrangement une subtilité à son personnage (voir plus haut).

Cette seconde partie est plus centrée sur la souplesse des personnages avec une tentative d’enlèvement de Slim qui se solde, encore une fois dans un chahut général, encore une fois très réjouissant.

 

Les débuts de Keaton sont magnifiques : dès ce film, son personnage possède déjà les caractéristiques qui ne changeront pas dans le reste de sa carrière comique : chapeau plat et impassibilité.

 

 

* Grouch = grognon

** Teach ‘em = Enseignez-les !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Roscoe Arbuckle, #Buster Keaton, #Harold Lloyd, #Douglas Fairbanks, #Rudolph Valentino
Character Studies (Roscoe Arbuckle, 1927)

Parmi tous les films qui sont sortis en 1927, l’une des plus belles années du point de vue de la production cinématographique, il est un petit film (6 minutes environ) qui aurait pu passer inaperçu s’il n’y avait eu autant de stars à y participer.

 

Tourné en 1925 par Roscoe Arbuckle, le principe en est simple : Carter de Haven, un acteur oublié qui a travaillé avec Chaplin sur Les Temps modernes (entre autres), joue le rôle d’un transformiste.

Installé devant un grand coffre il se maquille et endosse des tenues (avec couvre-chef) pour personnifier des stars du cinéma.

Ce sont alors tour à tour Buster Keaton, Harold Lloyd, Douglas Fairbanks, Roscoe Arbuckle, Rudolph Valentino et Jackie Coogan (11 ans au moment du tournage) qui se produisent sous les yeux (ébahis ?) d’un public virtuel (finalement ce sont les spectateurs du cinéma qui endossent ce rôle).

 

En 1921, Douglas Fairbanks avait déjà interprété ce rôle de faux transformiste dans le film The Nut) avec le même résultat un tantinet absurde.

Mais quand Arbuckle en fait une nouvelle version, l’exploitation sera beaucoup plus difficile du fait des retombées de l’affaire le concernant (1921) qui le poursuivra jusqu’à sa mort (1933).

Mais si The Nut révélait les ficelles de la supercherie (le paravent tombait et on apercevait tous les protagonistes), ici, aucune révélation, mais un montage très précis qui amène finalement le sourire (et plus) aux spectateurs.


Si Keaton reste impassible (on s’en serait douté) et ne fait que se montrer, Lloyd, Fairbanks et Arbuckle nous livrent un petit échantillon de leur rôle passé :

  • Arbuckle récupère sa poêle à frire avec laquelle il fait sauter un morceau de viande ;
  • Fairbanks, en Robin des bois (1922), saute pardessus le coffre pour se présenter au public ;
  • Lloyd exécute les pas qui accompagnent chaque réalisation de son personnage dans The Freshman*.

Même si le procédé n’est pas nouveau, ce film est une véritable perle parmi les grandes productions de cette année faste (1927). Mais c’était aussi l’occasion de retrouver Valentino, dans son dernier rôle officiel, et à titre posthume (il est mort le 23 août 1926).

 

 

* Cette intervention devrait faire taire ceux qui considèrent que le film fut antérieur à la date proposée (on annonce même 1921). En effet, si le film fut tourné avant, comment expliquer les pas de Lloyd…

Character Studies (Roscoe Arbuckle, 1927)

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