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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

sergio leone

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Sergio Leone
Il était une Fois la révolution (Giù la testa - Duck, you Sucker! - Sergio Leone, 1971)

Mexique, 1913.

Juan Miranda (Rod Steiger) est un truand à la petite semaine. Avec ses six fils, son père et quelques complices, il rançonne les voyageurs – riches.

Juan est un Mexicain plutôt inculte, qui essaie de faire son chemin dans un pays ravagé par la révolution depuis deux ans.

Mais Juan a un grand projet dans la vie : attaquer la banque de Mesa Verde.

Alors quand il rencontre Sean « John » Mallory (James Coburn), ex-révolutionnaire irlandais (membre de l’IRA, même si le soulèvement n’aura lieu qu’en 1916) et accessoirement spécialiste en explosifs, il sent que son rêve va se réaliser.

Mais la révolution s’en mêle (s’emmêle ?), et Juan est emporté par l’Histoire en marche.

 

Deuxième volet de l’histoire de l’Amérique de Sergio Leone, c’est certainement le plus drôle, mais avant tout le plus violent et meurtrier. Les révolutionnaires et les soldats loyalistes y sont fusillés à tour de bras dans une révolution qui, selon Juan, ne va pas changer grand-chose : les intellectuels enverront les pauvres se battre pour faire changer les choses, mais à la fin, les intellectuels seront toujours là, et les pauvres, eux, seront morts… Une pensée réductrice peut-être, mais ô combien prémonitoire dans l’histoire qui nous intéresse ici.

 

La première séquence donne le ton. D’un côté, on trouve ces riches américains dans une diligence luxueuse à qui on impose un péon crasseux, un va-nu-pied inculte, bref, un homme de l’autre côté de la barrière sociale. Ce ne sont que gloses bourrées de préjugés racistes par ces gens « de bien » (dont un évêque) face à cet homme humble, portant brassard de deuil.

C’est donc un duel qui se joue devant nous : les plans se font très rapprochés sur les visages, les yeux, et les bouches qui mangent, qui parlent et même qui parlent en mangeant. D’un côté ce déluge verbal condescendant, de l’autre un homme pauvre, sale et muet. Mais comme dans tous les duels, il faut qu’il y ait un vainqueur. Et c’est le pauvre qui gagne.

Cette première séquence anticipe magnifiquement le besoin de révolution du peuple mexicain opprimé par ces nantis qui les considèrent comme du bétail, voire pire.

 

Trois ans après Il était une fois dans l’Ouest, Sergio Leone reprend le thème du temps qui passe et que certains voudraient fuir, mais qui, inexorablement les rattrape. C’est le cas de Mallory, terroriste recherché par la police britannique pour ses activités violentes, et obligé de fuir après avoir été dénoncé par son meilleur ami (David Warbeck). Dès lors, persona non grata chez lui, il va faire la révolution là où elle se trouve. Et à chaque moment-clef du film, un détail lui rappelle ses années à Dublin, comment l’insurrection se préparait…

Ces flashbacks répétés rappellent ceux de Pour quelques Dollars de plus et Il était une fois dan l’Ouest. Mais ici, ce n’est pas une scène qui se répète, mais plutôt une vie qui défile, celle d’avant. Elle progresse et nous renseigne petit à petit sur ce personnage qui débarque de nulle part (lui aussi), jaillissant d’un nuage de fumée sur sa moto.


Mallory est avant tout une apparition. Il est présent, mais on sent qu’il est déjà mort. Qu’il est mort quand il a dû quitter son pays. Il apparaît après une explosion : c’est d’abord une silhouette dans une grande gabardine (comme les hommes du Cheyenne). Puis c’est une paire d’yeux bleus à travers des lunettes. Enfin, c’est un grand homme moustachu, grisonnant, au flegme absolument britannique.

Mallory ressemble à un croisement de Mortimer (Lee van Cleef) et Joe (Clint Eastwood) dans Pour quelques Dollars de plus : le maintien de Mortimer, et l’efficacité de Joe. Et comme tout bon héros de Leone, il est avare en paroles. Ses interventions sont courtes, son regard plus qu’éloquent.

Il repart comme il est arrivé, dans une magnifique explosion.

 

L’autre personnage du film est Juan Miranda. Il possède les mêmes caractéristiques que Tuco (Eli Wallach) dans Le Bon, la brute et le truand, la violence inhérente au personnage en moins. Mais ce serait un Tuco qui aurait grandi, qui aurait mûri : Miranda, malgré son aspect abruti (« duck, you sucker ! »), est responsable de sa famille (enfants et père), et quand il arrive quelque chose à l’un d’entre eux, il n’en est que plus chagriné. Et son chagrin est sincère, magnifiquement rendu par Rod Steiger, plus mexicain que jamais.

 

Et Miranda résume très bien (voir plus haut) la vision de cette révolution décrite par Leone : une boucherie sans nom, et à la fin, rien n’a vraiment changé et les pauvres sont morts.

Mais cette révolution sera autrement plus cruelle pour Miranda, embarqué dans cette aventure, véritable héros malgré lui.

Car quand la révolution se termine (ou au moins cet épisode), il se retrouve seul : Sean n’est plus là, et ses enfants sont morts.

 

Quel prix à payer pour une gloire, somme toute, relative…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Sergio Leone, #Clint Eastwood, #Western, #L'Homme sans nom
Le Bon, la brute et le truand (Il Buono, il brutto, il cattivo - Sergio Leone, 1966)

Trois hommes viennent débusquer un quatrième.

Malheureusement pour eux, c’est ce dernier qui les élimine.

Il s’appelle Tuco (Eli Wallach). Le Truand.

Un homme grand aux yeux de fouine arrive dans une famille.

Il cherche des informations. Accessoirement, il tue le père et le fils aîné.

Il s’appelle Angel Eyes (Lee van Cleef). La Brute.

Un grand blond aux yeux plissés monte un marché avec Tuco :

il le livre à la potence puis le libère. Il n’a pas de nom, seulement un sobriquet : Blondie. (Clint Eastwood). Le Bon.

Sergio Leone termine son cycle avec Clint Eastwood, cet homme sans nom véritable, juste un diminutif (Joe) ou des surnoms (Manco, Blondie). Le film est tourné encore une fois dans la province d’Almeria avec, bien entendu, le désert de Tabernas. [Sans oublier l'incontournable Mario Brega]
Mais il termine par le commencement. Dix ans (à peu près) avant Pour une Poignée de dollars (qui se passait au moins en 1873). Nous sommes en pleine guerre de Sécession, et le paysage et les villes sont ravagés par ce conflit.

 

Mais si les Etats sont partagés en deux camps, il n’en va pas toujours de même des hommes. Et les trois protagonistes principaux changent de camps en fonction des occasions, pas toujours bonnes, d’ailleurs. Leur véritable patrie : le dollar. Et tout est bon pour y arriver.

Mais Tuco et Blondie, avec leur combine à 3000 $ sont plutôt des petits joueurs face aux 200.000 $ que recherche Angel Eyes. Mais, et c’est là que le film prend tout son intérêt, les deux petits magouilleurs vont se retrouver, malgré eux à la recherche du magot.

 

Dans ce troisième opus, on sent que Sergio Leone maîtrise encore plus son sujet. Les plans sont de plus en plus rapprochés jusqu’à ne contenir que les yeux des personnages : plissés pour le Bon, fuyants pour la Brute et inquiets pour le Truand. Le tout avec la musique sublime d’Ennio Morricone, maintenant indispensable à l’alchimie des films. Le ton musical est en parfaite adéquation avec le sujet. Et le thème principal, mêlant voix et instruments à un léger côté » comique, renforcé par le personnage de Tuco, qui est certes un affreux (« ugly » comme dit le titre international, « cattivo » à l’origine, soit le méchant, le mauvais), mais a un rôle tout de même comique dans ses imprécations et son versant hypocrite. On retrouvera un peu de Tuco dans Juan Miranda (Il était une Fois la Révolution). Ses rapports avec Blondie sont du même acabit.

Seul Angel Eyes est toujours sérieux, voire froid, ce qui le rend encore plus redoutable. Il est la véritable brute du titre.

 

Quant au « Bon », on peut se demander pourquoi il a droit à ce qualificatif. En effet, son petit marché avec Tuco (qu’il répète avec un certain Shorty) n’est pas à proprement parler honnête. Encore une fois, il s’agit du même homme que dans les deux films précédents : c’est avant tout un tueur, appâté par l’argent. Mais une scène le rachète pour toutes ses mauvaises actions : dans une chapelle délabrée, un jeune soldat sudiste est en train de mourir. Il s’approche, le couvre de son manteau et lui offre quelques bouffées de son cigare. C’’est trois fois rien, mais c’est tout de même cette séquence qui lui donne son nom. De plus, il remplace son manteau par un poncho qui traînait près du jeune soldat, un poncho rouge et or, qu’il enfile par-dessus la  tenue que lui avait donnée Angel Eyes : chemise bleue, veste de mouton, pantalon noir.

 

Avec le poncho, il porte maintenant la tenue qu’on lui connaît depuis le premier opus : il peut donc entrer dans la légende, et accessoirement faire une apparition dans Retour vers le Futur…

Le cycle est terminé et comme tous les cycles, il tourne continuellement, il n’a ni début, ni milieu, ni fin : Blondie/Manco/Joe abandonne la Brute et le Truand, et s’en va…

…vers les deux autres films.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Tonino Valerii, #Sergio Leone
Mon Nom est Personne (Il mio Nome è Nessuno - Tonino Valerii, 1973)

Trois étrangers arrivent, de nulle part, bien entendu.

Un autre s’en va. Chez le barbier.

Cet autre n’est pas vraiment un étranger. C’est Jack Beauregard (Henry Fonda).

Et c’est vrai qu’avec ses/ces yeux bleus, il porte bien son nom.

Evidemment, il tue les trois étrangers qui en voulaient après lui. Et ils tombent doucement, comme dans un film de Peckinpah, celui de The wild Bunch, puisqu’en plus une bande de hors-la-loi porte ce nom dans le film.

Et puis il y a Personne (Terence Hill). Il est jeune, lui aussi a de beaux yeux bleus, et lui aussi est une fine gâchette. Alors le vieux Beauregard rencontre le jeune Personne et il ne reste pus qu’à dérouler jusqu’au duel final, les amenant à se rencontrer l’un contre l’autre, dans une rue  de New Orleans.

 

On ne peut que penser à Sergio Leone.

Déjà, c’est le maître qui présente le générique. Ensuite, c’est d’après une idée à lui. Et puis on retrouve les paysages qui ont fait le décor de ses grands westerns. Enfin, toute une brochette d’acteurs ont participé  à ses films : Mario Brega (trilogie de l’Homme sans nom), Antoine Saint-John (Il était une Fois la Révolution) et bien sûr Henry Fonda qui fut un inoubliable Frank (Il était une Fois dans l’Ouest), pour ne citer qu’eux.

Jusqu’à Ennio Morricone qui a composé la musique !

 

Mais Tonino Valerii n’est pas Leone. Loin de là. Si le film se laisse voir, il ne possède pas le souffle épique des films de l’autre.

On retrouve l’attente d’un homme par des tueurs dès la première scène. Mais en moins de trois minute tout est fini, là où Leone nous faisait défiler le générique (Il était une fois dans l’Ouest) pendant plus de dix minutes, sans un mot, que quelques bruits récurrents, comme ici le réveil. Cette scène n’a  pour but que de nous montrer qui est Beauregard. Un tireur excessivement rapide.

 

Et c’est certainement là qu’est le point faible du film : l’excès. Tout est exagéré, surtout dans les affrontements : la vitesse est exagérée, mais si l’effet semble comique, on n’est pas obligé d’y adhérer.
Et puis il y a Terence Hill. Il a la tête de l’emploi. Son côté Angel Face est intéressant car peu exploité dans les westerns. Mais son jeu est tout de même outré et franchement, j’ai du mal.

Reste Henry Fonda dans son dernier rôle de cow-boy, vieillissant. Plus vieux que Frank, il doit porter des lunettes pour lire et distinguer de loin. Il est temps qu’il se range. Mais dans sa profession, il est difficile de raccrocher les colts. Personne devient alors une porte de sortie, qu’il sait utiliser. Et les scènes où tous les deux sont en présence sont certainement les plus intéressantes.

 

Enfin, il y a les clins d’œil (ou les hommages, c’est comme vous voulez). Ennio Morricone s’en est donné dans sa partition, reprenant la Chevauchée de la Walkyrie pour la Horde sauvage, et les accents de L’Homme à l’Harmonica pour les duels.

Il est aussi fait référence à Chaplin et Le Cirque quand Personne rencontre une femme portant un bébé dans ses bras. Sans oublier la tombe de Peckinpah (le même qu’avant), et j’en oublie (le chapeau pris pour cible, par exemple).

 

Alors oui, c’est un western bon enfant. Mais je n’arrive toujours pas à comprendre pourquoi on en a fait un film culte.

Chacun ses goûts. Les miens ne doivent pas toujours plaire à ceux qui me lisent, ce qui est tout naturel, non ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Sergio Leone, #Clint Eastwood, #Western, #L'Homme sans nom
Pour quelques Dollars de plus (Per qualche Dollaro in piu - Sergio Leone, 1965)

Un an plus tard, on prend les mêmes et on recommence : même équipe technique (Sergio Leone, Luciano Vincenzoni, Massimo Dallamano…), mêmes duo en haut de l’affiche (Clint Eastwood & Gian Maria Volontè), ainsi que quelques seconds rôles (Mario Brega, Joseph Egger). Mais au duo vient se greffer un troisième homme : Lee van Cleef.

C’est d’ailleurs ce film qui va relancer ce dernier, et on le retrouvera l’année suivante avec (presque) les mêmes pour Le Bon, la brute et le truand. Mais n’anticipons pas.

Leone et son équipe retournent dans le désert de Tabernas (province d’Alméria, Espagne, faut-il préciser ?) et nous proposent une suite (?) à Pour une Poignée de dollars.

Cette fois-ci, « l’homme sans nom » s’appelle Monco (Clint Eastwood). J’en arrive à me demander pourquoi on s’acharne à parler de lui comme d’un anonyme. Il n’y a que dans le troisième opus qu’il n’a pas de nom ! Je préfère Trilogie du Dollar, c’est plus parlant, et tellement plus près de la réalité racontée dans chacun des films.

 

Monco vient encore de nulle part. Mais cette fois-ci, on en sait plus sur lui : il est chasseur de primes, et se déplace de ville en ville à la recherche de son gagne-pain. On a d’ailleurs une démonstration de son travail à White Rocks, où il s »’occupe de « Baby Red » Cavanaugh (José Marco). On peut voir qu’il n’a perdu la main. Il porte toujours la même tenue : poncho rouge et or (avec trous), veste de mouton, chemise bleue.

C’est un solitaire qui, malgré lui, va devoir faire équipe avec un autre chasseur de primes : Mortimer, dit « Le Colonel » (Lee van Cleef).


Si Pour une Poignée de dollars nous renseignait sur la période (1873 inscrit sur une tombe), ici, c’est plus flou. On peut imaginer, en voyant le pactole dérobé à la banque d’El Paso que l’action se déroule pendant la Guerre de Sécession : on retrouve des dollars de la Confédération parmi le butin. Mais là n’est pas le plus important.

 

Avec ce film, Leone continue d’explorer le western et ajoute une notion de temps passé qui reviendra dans sa trilogie suivante. A l’intrigue basique de la poursuite du bandit par des chasseurs de prime, s’ajoute une intrigue plus particulière, relative à Mortimer et El Indio (Gian Maria Volontè) : la mort de la sœur du premier pendant qu’elle était violée par le second. Mortimer, de chasseur de primes devient vengeur.

Cette sous intrigue nous permettra d’apprécier deux flashbacks (se complétant), avec utilisation de la musique d’une montre en fond sonore, cette musique de carillon devenant un leitmotiv comme le sera celle de l’harmonica dans Il était une Fois dans l’Ouest.

 

Mais avec ce film, c’est aussi la création d’un trio qui sera indispensable dans les deux films suivants : deux personnages à peu près bons et un méchant. Ce seront Blondie (Eastwood), Tuco (Eli Wallach) et Sentenza (Lee van Cleef) dans Le Bon, la brute et le truand, et l’Harmonica (Charles Bronson), Cheyenne (Jason Robards) et Frank (Henry Fonda),  dans Il était une fois dans l’Ouest.

 

Mais avec ce film éclate au grand jour le style Leone, encore plus que dans le film précédent. Les dialogues sont rares et courts. Pas de grandes explications. Des faits, des images. Et surtout, des plans fixes qui en disent aussi long que de grands discours : la banque d’El Paso, le coffre fort, les visages…

Ces visages toujours aussi abîmés (sauf ceux de Monco et Mortimer), la palme revenant cette fois-ci à Mario Brega, toujours aussi épais.

 

Et puis il y a le duel final. Toujours. On retrouve la configuration du film suivant : dans un cercle (le rouge de Melville ?), deux protagonistes s’affrontent sous l’œil attentif d’un troisième (Monco). Et la caméra va avancer au fur et à mesure que le temps – et la   mélodie avec – avance lui aussi. D’un plan d’ensemble, on arrive à un plan rapproché montrant le haut des visages : le regard perturbé d’El Indio d’où s’échappe une larme, et les petits yeux fins de Mortimer, implacables.

Magnifique !

 

Allez, encore un effort (et une année) et la caméra s’arrêtera sur les seuls yeux !

 

 

En 1972, Morris et Goscinny sortiront Chasseur de primes, dans la série Lucky Luke. Dedans, on fera la connaissance d’Elliot Belt, un chasseur peu scrupuleux mais qui a particularité de ressembler comme deux gouttes d’eau à Lee van Cleef.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Sergio Leone, #Clint Eastwood, #L'Homme sans nom
Pour une Poignée de dollars (Per un Pugno di dollari - Sergio Leone, 1964)

Mexique, 187…

Joe (Clint Eastwood) arrive à San Miguel.

C’est une bourgade près de la frontière, où deux familles se livrent à une lutte sans merci pour son contrôle : les Rojo, des Mexicains trafiquants d’alcool ; les Baxter, des Américains trafiquants d’armes.

Et rapidement, au milieu, Joe.

 

Deux ans plus tôt, John Ford, avec L’Homme qui tua Liberty Valance, sonnait le glas du Western : la civilisation l’avait emporté sur les tireurs aux pistolets.

Alors quand Sergio Leone propose ce film – qui ne sera vu aux Etats-Unis que trois ans plus tard pour une histoire de droits – c’est une petite révolution. Un nouveau genre de western vient de voir le jour. Et comme Leone est italien, on le qualifie de « spaghetti » (tu parles d’un nom !).

 

Alors que l’intrigue se situe en Amérique du Nord, mis à part Clint Eastwood, personne n’est américain. Les acteurs viennent d’Europe (Italie bien sûr, mais aussi Espagne, Allemagne et Autriche, d’où des Mexicains aux yeux bleus…) et ne sont pas très célèbres (tout comme Eastwood d’ailleurs), ce qui permet de ne pas exploser un budget déjà serré (environ 200.000$). Et en plus, les lieux de tournage aussi étaient européens (Désert de Tabernas, Province d’Almeria, Espagne).

 

Avec ce film – qui sera suivi de deux autres par Leone, et d’une palanquée par des réalisateurs plus ou moins doués – c’est aussi les codes du genre qui sont renouvelés. Le manichéisme disparaît au profit de personnages qui, s’ils ne sont pas tous mauvais, ne sont pas complètement irréprochables non plus.

Qui est Joe – celui qu’on appellera « l’homme sans nom » – sinon un tueur à gages qui s’offre au plus offrant ? Et une fois le massacre des Baxter accompli, il n’a ni remords ni regret. C’est d’une certaine façon une sorte d’accident de parcours.

La seule fois où Joe a des sentiments, c’est pour la famille de Marisol (Marianne Koch), femme retenue par Ramon (Gian Maria Volontè), le plus terrible des Rojo.

Joe, c’est aussi le vrai personnage qui lancera Clint Eastwood, jusqu’alors célèbre pour la série Rawhide à la musique inoubliable. Mais cette expérience avec Leone lui servira aussi quand il passera derrière la caméra et réalisera l’Homme des hautes plaines ou Pale Rider.

 

Quant aux autres « affreux », ce sont des gens communs, avec des visages communs. Certains marqués par le temps – Silvanito (José Calvo), Piripero (Joseph Egger) – d’autres marqués par la petite vérole – Miguel Rojo (Antonio Prieto) – ou encore par les cicatrices.  Bref, mis à part Eastwood et Volontè, aucun ne brille par sa beauté.

De plus, il n’y a aucune flamboyance ni munificence dans la mort. Si un duel – court au vu des suivants – ou une fusillade a bien lieu, cela se termine minablement, les tués n’étant pas dans une position très académique : c’est le cas de Ramon et surtout du fils Baxter.

 

Tout est prêt pour une série de quatre westerns : la trilogie de l’homme sans nom et Il était une Fois dans l’Ouest. A chaque fois, on retrouvera le même genre de personnages : des hommes ordinaires au physique du même nom et un étranger qui arrive on sait d’où, règle ses affaires et repart. Non sans avoir tué un nombre conséquent de personnes.

Le tout accompagné par la musique formidable du grand Ennio Morricone.

 

Le western romantique est mort. Voici venu le temps des westerns réalistes.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Sergio Leone
Il était une Fois dans l'Ouest (Once upon a Time in the West - Sergio Leone, 1968)

Une gare, dans l'Ouest.

Un cowboy entre. Il est noir (Woody Strode).

Un autre. Il a le regard torve (Jack Elam).

Ils attendent.

Pendant ce temps, le générique se met en place (plus de dix minutes !).

Et quand le générique est fini (« réalisé par Sergio Leone »), comme par magie, le train s'arrête.

Non.

Rien de magique : du cinéma. Du vrai.

 

Sergio Leone commence sa trilogie américaine à Flagstone, une ville champignon chère au western américain, en bordure de Monument Valley. Pourquoi Monument Valley ? A cause du grand John Ford, évidemment. L'autre clin d'œil au maître, c'est bien entendu la construction du chemin de fer, toujours en mouvement, théâtre d'un de ses premiers chefs-d'œuvre : The iron Horse (1924).

Après la Trilogie de l'homme sans nom, Leone passe à la vitesse supérieure. Là encore, peu de dialogues, beaucoup de plans fixes, voire de gros plans très rapprochés. Et une intrigue constituée de plusieurs histoires mettant en scène quatre grand personnages :

- Jill MacBain (Claudia Cardinale), ancienne prostituée de New Orleans, qui s'est mariée avec un Irlandais, tué le jour (officiel) de leurs noces. Elle est belle, elle est déterminée, elle est le centre de l'action.

- Frank (Henry Fonda), le méchant, estampillé comme tel. Et il n'en est pas à son coup d'essai. Homme de main de Morton (Gabriele Ferzetti), un riche invalide.

- Cheyenne (Jason Robards), bandit notoire, à la tête d'une bande de truands aux cache-poussières caractéristiques.

- L'Harmonica (Charles Bronson), qui sait jouer, qui sait aussi tirer, mais surtout « qui joue quand il devrait parler, et parle quand il devrait jouer. »

Rien que dans les appellations, il y a une gradation : Jill a un état-civil complet, alors que Frank n'est qu'un prénom. Cheyenne est un alias ; quant à l'Harmonica, il n'a aucun nom, juste un sobriquet dû à la pratique de cet instrument.

Mais les noms ne sont pas importants. Ce qui prime, chez Leone, ce sont les regards : le regard noir de Jill, après toutes ses épreuves ; le regard cruel de Frank ; le regard triste de l'Harmonica ; et le regard mutin de Cheyenne. On retrouve les éléments du duel final de Le Bon , la brute et le truand, mais quand l'objectif se rapproche su regard de L'Harmonica, c'est pour raviver des souvenirs. D'ailleurs, le duel final est réglé beaucoup plus succinctement. Le propos n'étant pas le résultat du duel, mais les enjeux plus ou moins cachés de ce duel.

Pour une fois, le personnage principal est une femme. Tout tourne autour de Jill. C'est son mari qu'on assassine, c'est elle que Frank et ses hommes (et Morton) veulent éliminer. C'est elle que Cheyenne et l'Harmonica vont aider à leur manière. rapidement, c'est elle qui va amener les péripéties. Ce n'est pas une femme faible. Son passé l'a endurcie, et elle ne se laisse pas faire. Chose étonnante, elle se retrouve dans le lit de Frank, le seul qui ne souhaite pas l'aider. Mais quand l'intérêt commande...

L'autre personnage principal - un tout petit cran en-dessous - c'est l'Harmonica. Comme Clint Eastwood dans la trilogie précédente, il n'a pas de nom. Juste un surnom. Lui aussi parle très peu. Il n'est pas là par hasard. Il est venu rencontrer Frank. Pourquoi ? On ne l'apprend que très tard. Mais à chaque confrontation entre ces deux hommes, des bribes de souvenir reviennent à sa mémoire. Une silhouette flou(té)e d'un homme qui s'approche. Plus nous avançons dans le film et plus la silhouette se précise.

C'est lui qui est - comme toujours dans cette trilogie - poursuivi par ses fantômes du temps jadis. L'Harmonica est à la recherche de son passé - à la recherche du temps perdu... - et cette recherche l'amène à Flagstone, là où tout le monde va se rencontrer : le fameux Cercle rouge de Jean-Pierre Melville.

Un autre aspect étonnant de ce film, c'est le choix de Henry Fonda pour jouer Frank. Nous avions eu l'habitude de voir Fonda jouer les héros au grand cœur, et tout d'un coup, il se retrouve dans la peau d'un salaud fini. Et son regard bleu si célèbre devient un regard froid de tueur, voire cruel. Et ce contre-emploi de brute vieillissante est une véritable réussite. Il est impossible de voir quelqu'un d'autre jouer Frank.

Quant à Jason Robards, dans ce rôle ambigu de Cheyenne, il nous propose une magnifique prestation d'un homme à double personnalité : d'un côté un bandit terrible, tuant sans hésitation ses geôliers pour s'évader, et d'une certaine façon tous ceux qui se mettent en travers de sa route ; de l'autre, il est une aide très précieuse pour Jill, seule après son deuil. Une autre réussite.

Et comme dans L'Homme qui tua Liberty Valance, le dernier western de John Ford, la Civilisation prend le dessus sur ces hommes en voie de disparition. Après Flagstone, c'est Sweetwater qui verra le jour, sous l'impulsion de Jill. Les hommes comme Frank, Cheyenne ou l'Harmonica sont appelés à disparaître, et certains plus vite que d'autres.

 

PS : les bandits ne sont pas (tous) habillés de noir. Ils portent de grands manteaux de type cache-poussière, ce qui rend plus difficile de voir le côté manichéen habituel aux westerns. Ces manteaux seront repris par Eastwood dans Pale Rider, quand le (méchant) marshall Stockburn débarquera avec ses adjoints, aussi détestables que lui.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Gangsters, #Sergio Leone, #Robert de Niro
Il était une Fois en Amérique (Once upon a Time in America - Sergio Leone, 1984)

« Yesterday… »

La magnifique chanson de Paul McCartney revient deux fois dans le film. En miroir : au début et à la fin, comme God bless America (Irving Berlin).

Et entre les deux ? Un magnifique film de Sergio Leone. Avec ce film, il boucle un cycle qui commença quinze ans plus tôt avec Il était une fois dans l’Ouest.

Leone n’a pas fait énormément de films, comparés à d’autres (même Kubrick en a fait plus !), mais quelle quintessence !

 

Avec Il était une fois en Amérique, Leone reprend les thèmes de ses deux précédents films et les étire pour en faire une (nouvelle) fresque.

Parce que la vengeance et le temps qui passent sont là, ainsi que la violence. Inexorables. Dans les deux précédents opus, la mémoire était imprécise (Il était une Fois dans l’Ouest), ou nostalgique (Il était une fois la Révolution), et n’apparaissait que par flashes successifs. Ici, c’est le présent qui s’invite dans l’histoire. Et c’est le passé qui joue le plus grand rôle, même si, là encore, il se résoudra dans le présent.

Le présent, c’est 1968 (tiens, tiens...). Le passé : la Prohibition. Entre les deux ? Rien, ou presque.

 

Le passé, c’est l’ascension, pendant une dizaine d’années, d’un gang de jeunes truands juifs new-yorkais, jusqu’à l’abandon du Volstead Act, en décembre 1933.

Nous suivons en particulier l’évolution de David « Noodles » Aaronson (Robert de Niro). Comme dans Il était une fois la Révolution, il est question d’une amitié. Elle est partagée par Max Bercovicz (James Woods), ainsi qu’à un moindre niveau par Philip « Cockeye » Stein (William Forsythe) et Patrick « Patsy » Goldberg (James Hayden, qui est mort peu de temps après le tournage).

Alors la violence se déchaîne, crue, implacable. Plus terrible que celle de Frank dans Il était une Fois dans l’Ouest, sous fond de politique.

 

Et la vengeance ? Elle se construit pendant tout le film, jusqu’à la confrontation finale, mais…

Mais ce n’est pas elle qui est le véritable enjeu du film. C’est la nostalgie.

Noodles revient dans le quartier de son enfance et de son ancienne vie, Brooklyn. C’est un vieil homme, maintenant, la petite soixantaine. Il ne sait pas ce qu’il vient y chercher – une lettre anonyme l’a convoqué – mais il y trouve son passé. Il retourne sur le lieu de son bonheur. Chez Fat Moe, où il épiait Deborah, la sœur de Moe, qui s’entraînait à la danse dans l’arrière salle. Ce fut son seul grand amour. Amour réciproque, mais impossible, la vie étant souveraine. Et quand il peut enfin assouvir cet amour, il gâche tout.

 

Alors quand il revient chez Moe, trente-cinq ans après, il retourne épier l’arrière salle, et il se souvient… « Yesterday… Suddenly… », chante Paul… Jamais cette chanson ne fut aussi bien utilisée. Elle marque la nostalgie, mais fait surgir soudainement le passé dans la vie présente de Noodles. Et il se souvient. De tout. Du bien, comme du mal. La musique d’Ennio Morricone soulignant encore plus le côté nostalgique, rappelant les instants de bonheur de Mallory dans Il était une fois la Révolution.

 

En fin de compte, Noodles est passé à côté de sa vie : la femme qu’il aimait et qui l’aimait, l’argent, le succès, rien ne fut pour lui.

Et finalement, est-ce que le meilleur moment de sa vie, ce ne furent pas ses trips à l’opium, où tout se dissolvait dans une félicité éthérée ?

 

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