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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

stanley kramer

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Justice, #Drame, #Stanley Kramer
Jugement à Nuremberg (Judgment at Nuremberg (Stanley Kramer, 1961)

1948 (avant le 24 juin), Nuremberg (Bavière).

Un dernier procès s’ouvre dans le Palais de Justice de cette ville qui symbolise alors l’essor du nazisme. Le juge Haywood (Spencer Tracy) préside le tribunal qui doit juger quatre accusés tous membres de l’appareil judiciaire nazi : Emil Hahn (Werner « Klink » Kemperer), Friedrich Hofstetter (Martin Brandt), Werner Lampe (Torben Meyer) et surtout Ernst Janning (Burt Lancaster), juriste émérite s’il en est.

Tous sont accusés de crime contre l’humanité dans l’exercice de leur métier. Face à eux, le colonel Ted Lawson (Richard Widmark), un procureur qui a libéré des camps de concentration. Pour les défendre, un jeune avocat admirateur de Janning, Hans Rolfe (Maximilian Schell).

 

Il s’agit du premier film de fiction traitant de cet épisode. Loin du procès spectaculaire des grands chefs deux ans plus tôt, celui-ci se démarque par l’aspect ordinaire des différents accusés : aucun n’a pris de décision nationale, mais tous ont précipité des êtres humains à la mort ou la mutilation (stérilisation), du fait de leur différence. Parce qu’ils étaient juifs, parce qu’ils étaient diminués intellectuellement… Et presque tous ne regrettent leur geste. Presque parce seul Janning émet une forme de regret, au grand dam de son avocat.

Et le sentiment de (non)culpabilité s’exprime pleinement lors de leur déclaration finale (avant le verdict) : Hahn ne regrette rien, Hofstetter déclare avoir obéi aux ordres, Lampe ne sait quoi dire, et Janning confirme sa confession.

Et ce film, c’est avant tout la fin de l’entente fragile qui régnait pendant la durée des procès : à un moment, nous apprenons que le blocus de Berlin (24 juin 1948 – 12 mai 1949) a commencé, et nous découvrons même une carte d’état –major détaillant le ravitaillement de l’ex-capitale.

 

Mais la raison d’être de ce film, c’est surtout le fait que la plupart des criminels – et en particulier ceux qui ont véritablement participé au Procès des Magistrats. C’est une sorte de piqûre de rappel quant aux Années de Chien (1), et la culpabilité du peuple allemand durant cette période.

Et l’idée d’aller tourner sur place accentue l’aspect authentique de l’intrigue (2), renforçant l’importance d’un tel procès : la promenade de Haywood là où se déroula la grande célébration du nazisme (1935), avec en fond sonore la voix d’Hitler nous (re)plonge presque physiquement dans la période : une voix agressive qui monte et annonce le cataclysme.

 

Et si le film fonctionne bien, c’est aussi – et surtout ? – grâce à son interprétation. Spencer Tracy est – comme d’habitude – impeccable et campe magnifiquement cet homme qui doit juger ses pairs tout en subissant les pressions extérieures liées à la crise de Berlin. Son allocution est pleine de force, sans pour autant être exaltée.

Si Burt Lancaster est le second dans la distribution, son rôle est la plupart du temps mutique : seule sa déclaration le met véritablement en évidence, le reste du temps, son regard bleu (en noir et blanc) reste froid : Janning sait qu’il a mal agi.

Par contre, c’est Maximilian Schell qui tire – magnifiquement – son épingle du jeu, à tel point que c’est lui qui va rafler l’Oscar (mérité) ! Hans Rolfe, par contre, est un avocat exalté et ses diatribes possèdent une force, voire une violence qui ne laisse pas de marbre. De plus, ses différentes interventions ont la constante tendance à progresser en intensité, jusqu’à rappeler l’agressivité verbale du même Hitler.

Alors face à lui, Richard Widmark est presque submergé par ce déferlement vocal, et seules les images des camps vont permettre à son personnage de garder la main dans l’accusation.

Quant aux seconds rôles notoires, on appréciera à leur juste valeur les prestations, magnifiques elles aussi, de Monty (Rudolph Petersen) en homme diminué intellectuellement et donc physiquement, tout comme Judy « Dorothy » Garland (Irene Hoffman) dont c’est le grand retour sur les écrans.

Du beau monde pour un film fort : une distribution à la hauteur de l’enjeu !

 

Et dire qu’il faudra attendre encore plus de 60 ans avant que de nouveaux films (russe en 2023, puis américain en 2025) sur ce sujet sortent sur grand écran !

 

  1. Hundejahre (1933-1945)
  2. Dont Montgomery « Monty » Clift est un des coscénaristes avec Abby Mann.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Stanley Kramer
Devine qui vient dîner (guess who's coming to dinner - Stanley Kramer, 1967)

San Francisco, Californie.

Joanna « Joey » Drayton (Katharine Houghton) revient de Hawaï. Elle y retrouve ses parents, pour leur annoncer une grande nouvelle : elle va se marier. Avec le docteur John Wade Prentice (Sidney Poitier).

Rien de bien extraordinaire là-dedans, me direz-vous. Alors première précision : John Prentice est noir. Et en 1967, quand le film est tourné, il existe encore 16 états pour lesquels un mariage mixte est illégal (1).

Alors évidemment, quand Christina (Katharine Hepburn) et Matt Drayton (Spencer Tracy) découvrent ce jeune homme, c’est le choc. C’est aussi le choc pour les parents de John, Mr. & Mrs. Prentice (Roy E. Glenn & Beah Richards).

Mais la plus choquée de touts, c’est Tillie (Isabel Sanford), la servante noire des Drayton (depuis 22 ans !).

 

Quand le film sort, voilà déjà quatre ans que Martin Luther King (cité dans le film) a raconté son Rêve, et trois ans qu’il a reçu son prix Nobel de la paix. Mais comme le montrent les réactions (premières) des quatre parents, rien n’est encore gagné. En effet, même si les Drayton sont des gens ouverts et engagés pour les Droits civiques, on sent bien que cette mixité « c’est pour les autres ». Et si Christina surmonte rapidement ce coup du sort, il n’en va pas de même pour Matt : il est déjà difficile pour un père de se séparer de sa fille (2), mais en plus, comme dirait Muriel Robin, il est noir !

Mais qu’on ne s’y trompe pas : les objections de Matt ne sont pas d’ordre racial, mais plutôt fondées sur les difficultés – réelles – engendrées par une telle union : regard des autres, discrimination, haine… Ce sont d’ailleurs les mêmes arguments, autrement exprimés, qui agitent le père de John.

 

Et comme nous sommes dans une comédie, il est important que tout se termine bien, et que l’Amour triomphe. C’est donc le cas ici, et cette fin heureuse est longue à arriver. Et ce sont les personnages les plus forts qui vont dénouer la situation : les deux amoureux tout d’abord, parce que c’est tout de même leur décision, mais aussi les deux mères qui vont, inconsciemment, unir leurs efforts pour aider les jeunes gens. Et cela de manière très différente :

  • Christina en privilégiant le bonheur de sa fille, allant jusqu’à menacer (implicitement) son mari ;
  • Beah en parlant avec ce même mari : elle avance les mêmes arguments mais autrement, devenant alors l’élément du Destin.

Et ce dernier élément est absolument pertinent dans cette intrigue ô combien classique : Kramer respecte pleinement la règle des trois unités :

  • Unité de lieu : tout se passe à San Francisco ;
  • Unité de temps : entre l’arrivée d’Hawaï et le début du dîner, quelques heures (moins d’une demi-journée) se sont écoulées ;
  • Unité d’action : tout tourne autour de ce mariage à venir : même la « sortie » au drive-in est motivée par ce qu’il s’est passé auparavant !

Alors cette intervention fatale (3), qui fait pencher l’intrigue vers une fin heureuse, a pleinement sa place ici : rappelez-vous les pièces Molière où un élément amenait irrémédiablement une issue heureuse.

 

Si aujourd’hui cette histoire ne choque plus beaucoup – il y a encore tout de même d’irréductibles racistes – tout du moins autant que lors de sa sortie, on peut se poser la question suivante : pour combien de temps ?

En effet, au vu de l’actualité (pas seulement américaine), et de la montée en puissance des extrêmes, les mariages mixtes sont-ils véritablement pérennes ?

Espérons que oui.La Cour Suprême des Etats-Unis a aboli cette interdiction le 12 juin de cette année-là : Spencer Tracy est mort le 10 (17 jours après la fin du tournage).

 

 

  1. On notera l’ironie du rôle de Spencer Tracy : c’est déjà lui qui, en 1950, est « le père de la mariée » dans le film éponyme, où son personnage se demande si l’homme que va épouser sa fille est le bon…
  2. Du latin fatum, i : destin, fatalité (cf. Dictionnaire Gaffiot, p. 656)

 

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