Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

terry gilliam

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Fantastique, #Terry Gilliam
L'Imaginarium du Docteur Parnassus (The Imaginarium of Doctor Parnassus - Terry Gilliam, 2009)

Le docteur Parnassus (Christopher Plummer) est un vieil homme (mille ans, paraît-il) qui parcourt l’Angleterre avec son show ambulant : l’Imaginarium. Des décors des personnages intrigants et un miroir qui s’ouvre. Où ? Vers sa propre imagination, stimulée par le docteur, un ancien moine, gardien des histoires.

IL déambule avec Valentina (Lily Cole) sa fille, Percy (Verne « Mini Me » Troyer) un nain et Anton (Andrew Garfield), ce dernier assurant le boniment. Un soir, ils décrochent un pendu sous un pont. C’est un amnésique qui s’appelle en fait Tony (Heath Ledger).

L’apparition de ce personnage énigmatique coïncide avec les 16 ans de Valentina : à cette date, Mr. Nick (Tom Waits) - le diable – viendra réclamer la jeune fille (femme ?), seule condition d’un pacte passé avec Parnassus.

 

Comme il le présente au début, Terry Gilliam signe ici un film synthèse de tout son travail, retrouvant pour l’occasion son vieux complice Charles McKeown (qui peut être reconnu parmi les spectateurs si on est très attentif). Bien sûr, on y retrouve l’atmosphère onirique qui baigne tous ses films, mais avec une utilisation des effets numériques qui les rend encore plus extraordinaires. Les différentes séquences qui se passent à travers le miroir sont de magnifiques compromis entre le numérique et le réel, empreints du style pictural du réalisateur qu’on avait découvert avec Monty Python’s Flying Circus : beaucoup de couleurs et de rondeurs.

Mais on y retrouve aussi certains éléments de films comme Les Aventures du Baron de Munchausen surtout pour ces mêmes décors et les costumes. Le personnage de Valentina, sur certains points rappelle même Uma Thurman : sa composition dénudée (1) rappelle l’apparition de Vénus et ses cheveux, là encore cachent ses appas. Et ce n’est Vénus que nous voyons mais un autre femme tout aussi mythique : Eve (il y a une pomme juste devant elle. Voir ci-dessous).

 

Et Parnassus lui-même n’est pas très éloigné de Munchausen: tous les deux proposent à leur auditoire un spectacle extraordinaire qui va modifier le monde qui les entoure. Mais il y a chez Parnassus une dimension théologique totalement absente chez son aîné. La compétition entre Nick et lui rappelle celle entre Dieu et le Diable, mais dans une acception particulière : Nick n’est pas un individu monstrueux comme on en trouve dans certaines gravures médiévales. Il ressemble plus à un homme distingué, même si ses marchés sont toujours de la même teneure : récupérer un maximum d’âmes.

Et Parnassus, de par son apparence devient alors Dieu, celui qui sauve les âmes du Malin (ce qu’est Nick, dans tous les sens du terme).

 

Et au milieu de cette lutte éternelle, on trouve donc ce Tony qui apparaît comme par enchantement, dès que Parnassus retourne le Pendu de son jeu de tarots. Mais Tony est un électron libre, relié à aucun des deux même s’il se raccroche à Parnassus par opportunisme. Et son apparition amène une nouvelle dualité dans le film : Tony, le diminutif d’Anthony est le même prénom que l’autre jeune homme de l’Imaginarium, Anton. Et cette dualité concerne surtout Valentina qui se retrouve face à un dilemme. Ces deux hommes l’attirent : Anton représente un amour sûr et de la stabilité alors que Tony est plus aventureux, véritable rejeton de cet Imaginarium. Et ses différentes incursions dans ce(s) monde(s) onirique(s) le voient à chaque fois très à l’aise, voire épanoui.

 

Malheureusement, ces différentes incursions ne sont pas réalisées avec Heath Ledger, l’acteur étant décédé en cours de tournage. Et quel dommage : Non pas que ses successeurs soient mauvais, mais on aurait aimé le » voir évoluer lui-même dans ces mondes semi imaginaires. Il faut dire qu’encore une fois, la prestation de Ledger est formidable, montrant à nouveau un personnage complexe, admirablement intégré dans cette histoire fantastique (2).

Alors l’hommage final de Gilliam et de toute la production n’en prend que toute sa dimension, une fois le rideau baissé et que se lancent les crédits de fin.

 

Du Gilliam, encore plus beau que du Gilliam.

 

PS : On notera la présence – furtive – de Peter Stormare dans le rôle du Président qui n’est pas sans rappeler Franklin Roosevelt.

 

  1. Rassurez-vous, là encore, pas de quoi se rincer l’œil.
  2. Dans tous les sens du terme !
L'Imaginarium du Docteur Parnassus (The Imaginarium of Doctor Parnassus - Terry Gilliam, 2009)

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #Terry Gilliam
Le Théorème Zéro (The Zero Theorem - Terry Gilliam, 2013)

Le « Théorème Zéro », c’est celui qui explique tout et rien : le chaos. Mais le chaos a un prix, et c’est ce que veut prouver Management (Matt Damon), pour l’exploiter, bien entendu. Pour cela, il missionne Qohen Leth (Christoph Waltz), un misanthrope génial mathématiquement, mais inadapté socialement, qui attend LE coup de téléphone décisif, celui où on répond « oui » sans hésiter.

Mais le coup de téléphone ne vient pas, l’angoisse augmente avec le stress et le Théorème n’avance pas. Et ce malgré l’aide de Bob (Lucas Hedge), le fils de Management, de la belle Bainsley (Mélanie Thierry), ou de la psy virtuelle (Tilda Swinton, réjouissante)...

 

Magnifique.

Du pur Gilliam. A nouveau, le grand Terry nous emmène dans un monde imaginaire aux caractéristiques très réelles, véritable synthèse de mondes déjà proposés par cet immense medium qu’est le cinéma, mais avec la folie du réalisateur. On y retrouve les éléments de ses précédents films de science-fiction – Brazil ou L’Armée des 12 singes (1) – avec cette même lueur pessimiste.

Physiquement, Qohen ressemble à James Cole (L’Armée), et tout comme Sam Lowry (Brazil), il passe sa vie derrière un écran d’ordinateur. Mais ce n’est pas le Ministère du Recoupement qui règle la vie : plutôt un conglomérat avec à sa tête un philanthrope particulier de type Zuckerberg ou Gates, confirmant l’assertion/titre d’album de Frank Zappa : « we’re in it for the Money » (2).

Avec en prime un clin d’œil appuyé à Central Services (Brazil) : Mancom contrôle tout.

 

On retrouve donc l’univers un tantinet steampunk de ses autres films, avec des références visuelles nombreuses dont une magnifique Pietà quand Qohen dépose délicatement Bob sur un divan, enveloppé dans une serviette, sous un vitrail de l’ancienne chapelle où il vit.

Et puis il y a les couleurs : elles sont omniprésentes dans un monde d’une grande tristesse où très peu de choses sont autorisées : quand Bob et Q(ohen) sont assis sur un banc, derrière eux s’étale une collection incroyable et incommensurables de panneaux d’interdictions. On se demande ce qui reste autorisé : même sourire est interdit !

Ces couleurs sont une composante primordiale dans le film, mais cette profusion les détourne de leur but premier : habillé tout en noir, Qohen est le seul original dans ce monde où la norme est devenue bariolée, comme le remarque Bainsley. Et ces couleurs chatoyantes et agressives arrivent à nous mettre mal à l’aise en voyant ce monde proche de celui d’Orwell (1984).

 

Et puis il y a le rêve, le moteur de Gilliam. Il s’exprime ici à travers la réalité virtuelle de Bainsley : une combinaison connectée qui les emmène tous les deux dans une île paradisiaque au soleil couchant éternel. Là encore, les couleurs ont leur importance, mais dans le bon sens : elles rassurent et font du bien. Mais là encore, le pessimisme revient au galop, quand Qohen emmène sa compagne (virtuelle) dans son monde personnel : un immense trou noir tourbillonnant, véritable expression de ce que pourrait démontrer le fameux théorème.

Bref, nous sommes en plein dans l’univers de Gilliam qui n’a pu qu’aimer le scénario de Pat Rushin et toutes les possibilités visuelles qu’il propose.

La preuve…

 

PS : vous avez remarqué que Bainsley s’en va en camion ? Que l’ordinateur central explose amenant le chaos avec des images qui tombent en pluie comme des feuilles de papier ?

Ca vous rappelle Brazil ? Tiens, tiens…

 

  1. Je n’ai pas encore vu  The Imaginarium of Doctor Parnassus (3).
  2. Nous sommes là pour l’argent.
  3. Depuis, si (28-3-2024). Cliquez ici.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Albert Dupontel, #Terry Gilliam
Adieu les Cons (Albert Dupontel, 2020)

 

Suze (Virginie Elfira) n’en a plus pour longtemps. Elle se souvient (1) qu’elle a eu un fils trente ans plus tôt, avec un jockey, (presque) sur la musique de la Mano Negra, qu’elle a dû abandonner sous X sous la pression de ses parents. Alors comme le temps presse, elle veut le retrouver. Pour cela, elle est accompagnée de deux acolytes singuliers : J(ean-)B(aptiste) Cuchas (Albert Dupontel), informaticien de génie poussé sur la touche, et qui décide de se suicider, et M. Blin (Nicolas Marié), aveugle suite à un accident policier.

Voilà le trio lâché contre une société bien entendu hostile, à la recherche d’un jeune homme un tantinet emprunté, amoureux d’une très belle jeune femme, à qui il n’ose déclarer sa flamme.

 

A nouveau, Albert Dupontel nous réjouit. Après deux films extraordinaires, il était difficile – sur le papier – de continuer sur sa lancée. C’est tout de même chose faite avec cette comédie – dramatique, cela va de soi – qui nous renvoie à notre quotidien. Quotidien connecté, bien sûr, mais aussi vers ces gens qui ne sont pas toujours pris en compte parce que embarrassants : entre Blin, aveugle, Suze qui est incurable, JB qui est trop vieux pour son poste et le docteur Lint (Jackie Berroyer) qui a Alzheimer, nous avons un très beau panel des « inutiles » de notre société. Parce notre société ne veut que des gens bien portants. Et c’est en cela que le film fait mouche : c’est avant out grâce à ces « inutiles » que l’intrigue fonctionne.

Certes, la rencontre entre JB et Suze semble fortuite, mais au vu de l’intrigue générale, il n’en est rien. Ces deux-là devaient se rencontrer : la culpabilité de la (plus trop) jeune femme et la volonté suicidaire de l’informaticien de génie (rattrapé par son âge, lui aussi) ne pouvaient que les faire se rencontrer.

 

Bien sûr, il y a une histoire d’amour d’entre eux, mais elle est si courte qu’elle aurait mérité qu’on ne s’y attarde pas. Vous noterez que » j’use de conditionnel, parce que cette histoire d’amour, pour courte qu’elle soit, est intense et se nourrit de ce que nous avons vu – et vécu, nous sommes au cinéma – avant : ces deux-là doivent finir ensemble, et c’est précisément ce qu’il va se passer. Parce que ces deux solitaires vont se trouver et unir leurs forces pour amener le bonheur. Ce ne sera pas le leur mais celui de ce fils qu’elle cherche désespérément, aussi désespérément que son fils (Bastien Ughetto) cherche lui l’amour de la belle Clara (Marilou Assilloux).

 

Avec ce film, Albert Dupontel réussit encore une fois à nous transporter, et cette fois-ci avec un sujet qui ne prête pas spécialement à rire. Mais en tant que comique incontournable, il ne peut nous faire rire que par des situations tragiques : parce que c’est là qu’ils sont les meilleurs (2). Et on s’amuse, de cette histoire qui n’est pas du tout drôle, parce que c’est la seule façon de la traiter au cinéma. Comme il l’a souligné de nombreuses fois dans différentes interviouves, ses héros ne le sont pas, plutôt des ratés comme dirait un président (3), mais ce sont tout de même ces riens qui font tout le sel du film et en deviennent, de par leur enthousiasme, des gens qui réussissent. Ils sont les vrais héros de cette société (trop) connectée, (trop) portée sur ceux qui semblent aller bien.

 

Alors on s’amuse franchement de ces différentes situations et on en arrive presque à se dire que la fin, pour tragique qu’elle apparaît, ne l’est pas tant que ça : entre une jeune femme condamnée par la médecine et un homme condamné par sa profession, il n’y a aucun avenir.

Alors cette fin est-elle vraiment tragique ?

 

  1. Peut-elle faire autrement ?
  2. Chaplin nous a fait rire avec la Crise de 29, rappelez-vous (Les Temps modernes, 1936)
  3. « Il y  ceux qui réussissent, et ceux qui ne sont rien. »

 

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #Comédie dramatique, #Terry Gilliam
Brazil (Terry Gilliam, 1985)

Sam Lowry (Jonathan Pryce) est un doux rêveur. Sauf qu’il vit dans un monde plutôt déshumanisé et qu’il n’y a pas de place pour le rêve dedans.
Son rêve ? Il vole. Et il croise une jeune femme qui flotte dans l’air, recouverte d’un voile.

Enfin ça, c’est au début, quand tout va bien. Parce qu’à mesure que la situation de Sam va évoluer, son rêve aussi et dans le même sens, tournant de plus en plus au cauchemar.
 

Terry Gilliam n’est pas ce qu’on peut appeler un réalisateur prolixe, puisqu’en une quarantaine d’années on ne lui compte que 12 longs métrages. Mais à de très rares exceptions, ce sont des films de très bonne facture dont certains sont même inoubliables. Et Brazil est de ceux-là.

J’irai même plus loin en disant que Brazil est très certainement le film fondateur du cinéma de Terry Gilliam, débarrassé (presque) totalement de la période Monty Python (1). Certes, on retrouve une bonne dose d'absurde de cette époque, mais le côté foutraque a disparu, Gilliam semble avoir mûri.

Tout d’abord, et c’est la grande différence avec ses deux premiers films, il ne s’agit pas d’une comédie. L’histoire racontée ici est tragique et se base sur un postulat vérifié : on ne gagne jamais contre l’Administration.

Et Sam, qui est pourtant un membre de cette administration, aura beau tout faire pour la saper de l’intérieur, il n’y arrivera pas et elle restera toute puissante.

 

Mais Brazil, c’est aussi un magnifique hommage au cinéma, empruntant ici et là certains plans caractéristiques dont ceux de Stanley Kubrick lors de la présentation du service où travaille Lowry (Les Sentiers de la gloire) ou encore Eisenstein dans la séquence finale au Ministère de la Récupération de l’Information (2). Pour le reste, je vous renvoie à internet où on explique cela mieux que moi. J’ajouterai seulement que la rencontre de Sam avec le personnage du standardiste Dawson (Antony Brown) au ministère n’est pas ans rappeler celle de Jack Torrance avec Floyd dans la salle de bal dorée de Shining.

 

Pour le reste, on va trouver dans Brazil les bases des films qui vont venir, que ce soient pour certains interprètes (Jonathan Pryce, Charles McKeown, Jack Purvis…) ou certains plans qui seront repris plus tard : quand Sam est dans son bureau et que la caméra nous le montre en plongée annonce James Cole emprisonné dans L’Armée des 12  singes.

Mais surtout, il y a ce jeu qu’on retrouve presque toujours entre le rêve et la réalité. Ici, les rêves de Sam sont identifiables, et si nous avons parfois droit à une incursion dans la vie « réelle », elle ne s’explique que par le fait que Sam dort. Ce sera différent pour Parry qui vivra réellement ses cauchemars (The Fisher King).

Et bien sûr, l’un des moments les plus impressionnants est l’apparition des gratte-ciels dans la campagne anglaise. C’est absolument fabuleux. Et d’une manière générale, le travail des décors de John Beard et Keith Pain couplé avec les effets spéciaux de George Gibbs et Richard Conway donnent une dimension extraordinaire au film, rehaussé par l’utilisation de lieux existants qui accueillent parfaitement cette intrigue semi-futuriste (Marne-La-Vallée).

 

Et puis il y a 1984, le roman de George Orwell. Le film aurait certainement pu sortir cette même année, tout comme le film éponyme de Michael Radford, si le producteur Sid Sheinberg avait autorisé sa sortie plus tôt (3). Au lieu de cela, il sort un an plus tard, ce qui lui donne un aspect analogique avec le roman d’Orwell : 1985 est le titre d’un essai d’Anthony Burgess autour du roman d’Orwell et de celui de Huxley (Le Meilleur des mondes), dans lequel il termine par une réécriture de l’intrigue en prenant en compte des éléments mis à jour. Alors que George Orwell décrivait un monde qui ressemblait beaucoup à celui de 1948, Burgess pour sa part en tire une histoire beaucoup plus actuelle et peut-être plus effrayante.

Il en va de même pour le film de Radford et celui de Gilliam : Radford adapte le livre sans vraiment en sortir alors que Gilliam – et il l’explique lui-même – n’est plus en 1948 mais bien dans son temps, et ce malgré les nombreuses références visuelles des années 1940 : l’habillement des hommes (dont Sam) avec longs manteaux et chapeaux mous, l’intérieur de chez Mme Lowry (Katherine Helmond)...

Jusqu’aux militaires qui ne sont pas sans rappeler ceux qu’on pouvait trouver dans les systèmes totalitaires de la même époque, en particulier en Union Soviétique.

 

Donc Gilliam est sorti de sa phase Monty Python et sans pour autant oublier ses anciens partenaires, il propose un film basé essentiellement sur le rêve où la portée esthétique joue un très grand rôle.

Normal, avant il était dessinateur. Il a même travaillée chez MAD (4).

 

  1. Les amis sont toujours là : Michael Palin ici, Eric Idle dans le suivant…
  2. « Information  Retrieval» en VO qu’on a traduit dans le film par « Recoupement de l’information. »
  3. Je vous laisse découvrir le différend qui opposé Gilliam et ce monsieur sur IMdB ou ailleurs.
  4. Où a travaillé aussi un certain Harvey Kurtzman, immense scénariste de bandes dessinées et dont le nom apparaît ici dans le rôle joué par Ian Holm, avec un N en plus, toutefois. A propos de nom : l’autre chirurgien esthétique s’appelle Chapman (Jack Purvis). Comme Graham.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Monty Python, #Terry Jones, #Terry Gilliam
Le Sens de la vie (The Meaning of life - Terry Jones & Terry Gilliam, 1983)

Après l’irrésistible Holy Grail (1975) et le magnifique Life of Brian (1979), les Monty Python nous reviennent avec un troisième film prometteur, au moins de par son titre : Le Sens de la vie.

Après avoir malmené la légende arthurienne et ébranlé les bases de la foi chrétienne (1), voici l’équipe de choc qui s’attaque au sens même de la vie, à travers des épisodes incontournables, allant de la naissance – origine inévitable – jusqu’à la mort, elle aussi inévitable.

 

Avec ce troisième film, les six Anglais retrouvent la structure qui faisait leur particularité à la télévision anglaise à la fin des années 1960 et au début de la décennie suivante.

En effet, il s’agit ici ni plus ni moins que d’une succession de sketches plus ou moins absurdes (2), avec comme autrefois un souci de la transition qui amène à chaque fois un nouveau chapitre ou un nouvel aspect du point abordé.

Ce retour vers les années de télévision est d’ailleurs accentué par l’utilisation – brève – du générique original avec les accords de The Liberty Bell de John  Philip Sousa, là encore, un incontournable.

 

Nous sommes donc en plein univers Monty Python, où l’absurde (presque tout, avec en summum le don d’organes) côtoie le mauvais goût (la séquence dans le restaurant), mais où l’humour est omniprésent, tout comme les différents membres qui, comme à leur habitude, interprètent plusieurs personnages tout au long du film, dont certains dans une même séquence.

Bien sûr, le sexe a sa place ici, mais alors qu’à la télévision, la censure était des plus strictes et les mentalités très conservatrices, ici, les vannes sont ouvertes et tout devient possible : j’en veux pour preuve la leçon d’éducation sexuelle dispensée par le professeur Cleese.

Et bien sûr, nous retrouvons celle qu’on a appelé la 7ème Python : Carol Cleveland qui ne fait que de très courtes apparitions (deux). Seul manque à l’appel Neil Innes, ainsi que sa musique, mais qu’on se rassure, Eric Idle y chante quand même.

Il n’est d’ailleurs pas le seul puisqu’on peut aussi entendre Graham Chapman (Dieu/Tony Bennett) dans la dernière séquence (Christmas in Heaven), mais surtout Michael Palin dans le tube du film : Every Sperm is sacred. Je ne vais pas trop insister dessus, mais cette chanson, en plus de critiquer ouvertement la religion chrétienne, se termine en une apothéose qui n’est pas sans évoquer (un peu tout de même) certaines chorégraphies de Busby Berkeley (3).

 

Et puis il y a The Crimson Permanent Assurance, certainement l’un des éléments les plus réussis du film. En effet, le film se présente comme un programme à deux parties, la première étant un court-métrage comme ceux qu’on avait l’habitude de présenter avant le programme en lui-même. Et Gilliam s’en donne à cœur joie, réalisant un film dans la lignée de ceux qu’il fit avant et après Le Sens de la vie. On y retrouve une part de rêve – qui devient réalité – et une utilisation brillante du trucage surtout dans le départ du bâtiment. A cela s’ajoute un emprunt aux galères romaines, analogie flagrante du travail des vieux employés de la compagnie Crimson.

Et la métamorphose de ce bâtiment en vaisseau pirate est des plus savoureuses.

 

Pour le reste, on retrouve l’humour décalé des Python à longueur de film, avec certains détails qui donnent tout leur sel au film : la machine qui fait « Ping ! », la petite confiserie à la menthe et au chocolat ou encore les différents cadeaux offerts par les soldats à leur officier.

Et si ce film a un aspect un tantinet fourre-tout (4), on appréciera avec tout de même beaucoup de plaisir cette dernière occasion de voir les six membres des Python ensemble au cinéma.

Et ça, c’est très précieux.

 

  1. Le film fut interdit en Irlande, pays ô combien catholique.
  2. Le fameux « nonsense » britannique, porté par des chantres parmi les plus habiles.
  3. On retrouvera cette tendance dans un autre moment chanté du film avec entrée dans une piscine.
  4. On dit même que l’un d’entre eux aurait expliqué que le film fut l’occasion de recycler quelques sketches en stock…

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #Terry Gilliam
L'Armée des 12 Singes (Twelve Monkeys - Terry Gilliam, 1995)

James Cole (Bruce Willis) est un homme dangereux : c’est un homme d’une violence extrême qu’on a enfermé dans une cellule sous terre. Sous terre car depuis fin 1996 un virus a éliminé la quasi-totalité de l’humanité. Les rares survivants sont terrés et attendent la fin de la pandémie. Mais James a une mémoire phénoménale et un sens aigu de l’observation.

C’est pourquoi il a été désigné comme volontaire pour retrouver dans le passé (1) l’origine du fléau à côté duquel la Peste noire fut une maladie bénigne…

 

Evacuons tout de suite : non Terry Gilliam n’a pas adapté une intrigue originale. Il s’agit d’un remake de La Jetée de Chris Marker (1962). Mais Gilliam s’est tellement approprié l’histoire qu’on croirait vraiment qu’elle est sienne. Il faut dire qu’il l’a traitée de la même façon que ces films précédents. On y retrouve le côté steam punk de Brazil, ainsi que la solitude d’un homme inadapté au monde dans lequel il vit (on le serait à moins…).

Et surtout, le thème du voyage dans le temps est traité d’une manière extrêmement subtile, loin de l’humour de Retour vers le Futur.

 

Il s’agit avant tout d’un paradoxe temporel : il est surtout question d’altérer le passé afin de se créer un autre présent, où la pandémie aurait été contenue, voire totalement enrayée. Mais réduire le film à cela, c’est une des réponses à la question qui se pose à la fin du film : que va-t-il se passer ensuite ? En effet, la mission de James Cole est accomplie, mais on ne peut se prononcer sur une fin heureuse ou pas (2).

 

Terry Gilliam retourne à la science-fiction et nous propose un bijou de cinéma. Le point de vue proposé pendant presque toute la durée du film est celui d’un homme déphasé dans un monde hostile, quelque soit l’époque où il évolue : dans son monde, il est un criminel dangereux qu’on a enfermé ; à chaque voyage en 1990 ou 1996, il est recherché par la police ou interné ; quand il se retrouve en 1917, suite à un bug de la machine, il tombe en pleine bataille, recevant même une balle dans la cuisse.

Les rares fois où on n’a pas le point de vue de James, on a droit à celui de Jeffrey Goines, un véritable malade mental, interprété avec brio par Brad Pitt, loin des rôles de jeune premier qu’on lui connaît. Ou encore celui de Kathryn Railly (Madeleine Stowe, trop rarement à l’écran !) qui, si elle a beau être la psychiatre des deux hommes, n’en commence pas moins à devenir folle par les élucubrations de James.

 

Mais au-delà de l’intrigue fort subtile, c’est la façon de filmer qui donne une dimension autre que le film dont celui-ci s’inspire. Les voyages dans le temps s’accompagnent non seulement d’un choc psychologique pour le voyageur, mais aussi d’une similitude dans les épreuves de James : après une courte expédition d’observation dans le monde du dessus, il est décontaminé et frotté au balai-brosse ; on retrouve un même plan quand Cole est interné, étant cette fois désinfecté par deux infirmiers avant d’intégrer l’asile.

 

De même, quand James voyage dans le temps, un court plan de coupe où les lumières et l’obscurité se mélangent, illustre les sensations (présumées) ressenties par le voyageur : quand James et Kathryn se retrouve en forêt, on retrouve ce même genre de plan-séquence, ajoutant au désordre subi par James, et par extension aux spectateurs. Car jusqu’à la fin la caméra nous trimballe d’un endroit à l’autre et d’une époque à l’autre avec en prime l’insertion des rêves de James où une femme blonde qui ressemble comme deux gouttes d’eau à la psychiatre (elle est brune) se penche sur un homme mourant dans un aéroport.

 

Alors quand James et Kathryn se retrouvent dans ce même aéroport, et que James y croise un de ses codétenus du futur (3), on arrive à une situation paradoxale où James (et le spectateur) se demande où commence la réalité et où se finit le rêve, qui vire quoiqu’il en soit au cauchemar…

 

Mais heureusement, la dernière séquence remet les choses dans l’ordre sans toutefois, répondre à la question susmentionnée…

Un film brillant qui, au-delà de l’aspect temporel, nous propose un monde actuel (4) qui, s’il n’est pas souterrain n’est pas beaucoup plus reluisant que le présent de James. Ce ne sont que murs envahis d’affiches, vitrine recouverte d’autres affiches, théâtre abandonné annonciateur de l’apocalypse imminente. Un vrai monde de transition vers le sort funeste annoncé dans l’intertitre d’ouverture du film.

Sans oublier le traitement des patients de l’hôpital psychiatrique, condamnés à jouer – seuls ou à plusieurs – où à regarder une télévision qui, quand elle ne propose pas de s’évader vers un paradis maritime, propose les dessins animés déjantés de Tex Avery, ou les facéties des Marx Brothers, avec un nouveau clin d'œil au film que nous voyons : Monkey Business (Norman Z. McLeod, 1931).

 

 

  1. Quelques décennies plus tard, sous ce qui fut Philadelphie.
  2. J’ai mon opinion là-dessus et me garde bien de vous la donner…
  3. Qui est pour lui le présent ! Vous suivez ?
  4. Nous sommes en 1995 quand le film est tourné, et à sa sortie, le futur envisagé (fin 1996) est celui des spectateurs !
  5. Les Keys, îles de Floride reliées par un immense pont, sans oublier le sens premier de « key » : la clé, comme si c’était là que résidait la solution de cette intrigue complexe… Et pourquoi pas, d’ailleurs ?

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Fanstatique, #Comédie dramatique, #Terry Gilliam
Les Frères Grimm (The Brothers Grimm - Terrry Gilliam, 2005)

Jakob (Heath Ledger) et Wilhelm (Matt Damon) Grimm sont célèbres par leurs histoires qu’on se raconte de village en village dans une Allemagne partiellement occupée par les Français.

Alors quand ils débarquent quelque part, ce n’est jamais pour rien : des phénomènes paranormaux s’y sont manifestés et nos deux héros sont venus désenvouter les lieux.

Sauf que ce sont deux magnifiques escrocs, jouant sur la superstition des paysans, se remplissant les poches grâce aux phénomènes qu’ils ont eux-mêmes créés.

Mais quand des petites filles se mettent à disparaître, on commence par les accuser. Puis on les envoie régler le problème : normal, ce sont deux grands chasseurs d’esprits et de sorcières…

 

Dès la première séquence, le ton est donné : nous sommes dans un film de Gilliam. On y retrouve de l’action, du paranormal, des enfants, et bien entendu des décors magnifiques.

C’est féérique. Normal, ce sont les Grimm.

Mais surtout, ce film est une synthèse des autres films de Gilliam. On y retrouve non seulement Jonathan Pryce, mais des thèmes et une façon de raconter qui rappelle aussi le Baron de Münchhausen, mais avec des effets numériques cette fois-ci. Alors certes, le numérique enlève le charme des effets spéciaux de ses films précédents – les gratte-ciel qui sortent de terre dans Brazil entre autres – mais l’action devient alors plus fluide, et presque naturelle (1).

 

Et puis il y a les contes. Pas seulement ceux des deux frères : on retrouve ceux de Perrault, d’Andersen et d’autres (2). Alors on s’amuse à retrouver les éléments qui nous y renvoient. Et si la haute tour nous renvoie à Raiponce (3), la vieille reine dort sur les 7 matelas de la Princesse au petit pois…

Et puis les pantoufles de verre, le petit chaperon rouge et le baiser magique… C’est un véritable feu d’artifice visuel. J’adore.

 

Et comme dans Münchhausen, il y a la référence picturale. C’était La Naissance de Vénus (4) avec Uma Thurman en magnifique déesse pudique. Ici, c’est l’Ophélie de John Everett Millais. On retrouve dans chaque fille émergée l’héroïne de Shakespeare exposée à la National Gallery. Magnifique. Encore une fois.

Mais ce tableau se reconnaît avant tout grâce à l’éclairage de cette forêt magique, et donc, encore une fois, surnaturelle (1). Pour qui a pu admirer cette œuvre, les images sont probantes : chaque fois qu’une jeune fille apparaît (deux fois en fait), c’est sentiment mortifère qui se dégage le temps de l’apparition.

 

Et puis il y a la distribution. Jonathan Pryce est toujours égal à lui-même : il est Français et s’exprime donc avec un superbe accent, ponctuant ses phrases d’idiomes français. Il ressemble en outre beaucoup à Horatio Jackson (Münchhausen) : aussi fourbe que ce dernier et son sort n’est pas plus enviable…

Matt Damon et Heath Ledger, complétés de Lena Headey (pas encore Cersei, mais déjà très belle) nous donnent une très belle interprétation de ces personnages tellement improbables. Quant à Monica Bellucci, elle est la plus belle, bien sûr, et pas besoin de miroir pour le savoir…

 

C’est donc un film totalement glilliamesque (5), avec de temps en temps, quelques moments de pure absurdité qui nous rappellent que c’est avec les Monty Python qu’il a commencé sa carrière dans le spectacle.

 

 

  1. Il y a rarement du naturel chez Gilliam…
  2. Jack et le Haricot géant est un conter anglais, à la base. De toute façon, ses haricots sont inutiles.
  3. Conte redécouvert grâce aux studios Pixar/Disney
  4. Sandro Botticelli
  5. Oui, je néologise, et alors ?

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Terry Gilliam
Bandits, bandits (Time Bandits - Terry Gilliam, 1981)

Kevin (Craig Warnock) est un petit garçon anglais, vivant dans une maison anglaise dans un lotissement anglais. Il est aussi passionné d’histoire et plus particulièrement de l’Antiquité grecque avec ses mythes et ses héros.

Un soir qu’il va se coucher, des personnes sortent de son armoire : ce sont six nains qui ont volé la carte du temps de l’Etre Suprême.

Kevin va alors les suivre dans le temps et bien sûr, dans l’espace…

 

Il s’agit du deuxième long métrage de Terry Gilliam, (presque) libéré des Monty Python. Non pas que ce groupe soit une prison, mais c’est surtout son esprit qui fut envoûtant et difficile d’en sortir.

On retrouve donc plusieurs petites histoires dans la grande Histoire (ou apparentée) dans lesquelles la bande de pirates du temps que sont les six nains cherchent à s’enrichir.

Bien sûr, cette histoire de voyager dans le temps pour de l’argent nous rappelle les aventures de Timoléon et du professeur Stanislas imaginés par les dessinateurs Fred et Alexis (1974-75).


Mais nous sommes chez Terry Gilliam et l’importance est donc mise sur le merveilleux. En effet, le personnage central, Kevin, est un petit garçon ordinaire à qui il arrive des aventures extraordinaires, comme pour la plupart des personnages de Gilliam. Que ce soit Sam Lowry (Brazil), Sally Salt (Les aventures du Baron de Münchhausen) ou encore Jack Lucas (The Fisher King), le merveilleux rejoint la réalité pour ne faire qu’un, et pas seulement dans la tête des personnages.

Et partant du principe que c’est une histoire extra-ordinaire, quoi de plus naturel que de mettre en avant une bande de vrais nains : Randall le chef (David Rappaport), Wally (Jack Purvis) ou encore Fidgit (Kenny « R2D2 » Baker) pour ne citer qu’eux.


Mais comme Gilliam n’oublie pas ses racines, on peut trouver au générique deux de ses anciens complices : John Cleese (Robin des Bois) et Michael Palin (Michael) - par aillerus coscénariste - qui, avec Shelley Duvall (Pansy), fait plusieurs apparitions.

Ceci explique en partie la teinte pythonesque du film. Il faudra attendre Brazil avant que Gilliam se détache définitivement (?) de cette influence, et ce malgré la présence de ce même Michael Palin.

 

Ce sont donc ce qui fait le célèbre « nonsense », mélange d’absurdité et de non-sens très britannique (excusez donc ce pléonasme).
Mais surtout, c’est l’histoire qui est malmenée, qui devient source de comique : Napoléon (Ian Holm), Robin des Bois et Agamemnon (Sean Connery) ne sont plus vraiment ce qu’ils étaient. Napo est un frustré obnubilé par sa taille, quant à Robin des Bois, je vous laisse le découvrir.


Mais on retrouve aussi des références artistiques comme c’est souvent le cas : La Joconde apparaît dans l’épisode napoléonien, ainsi que le fameux « masque d’Agamemnon », utilisé comme tel.

Et puis il y a le méchant. C’est même le Mal avec une majuscule. Et encore une fois, c’est David Warner qui l’interprète.

Certes, le film ne semble pas complètement abouti et un peu bricolé. Mais si Gilliam a l'air de s’en tirer par une pirouette , il faut constater quand même que les éléments du basculement final sont présents dans la séquence d’affrontement du Mal. C’est d’ailleurs une séquence où le décor est absolument magnifique : noir comme le Mal, mais tellement fantastique. Il y a toujours ce même souci du décor  qu’on retrouve dans ses films où même le quotidien prend une autre dimension.

 

Toujours un plaisir à revoir...

 

 

PS : Et encore une fois, le titre français est un tantinet bâclé : les « Voleurs du Temps », ou « dans le Temps » deviennent seulement  des « bandits ».

Et en plus deux fois : pour ceux qui n’auraient pas compris ?

 

PPS : à noter qu’une grande partie de la distribution se retrouvera dans Brazil et même certains dans Münchhausen.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Fantastique, #Comédie dramatique, #Terry Gilliam
The Fisher King (Terry Gilliam, 1991)

Il est bientôt cinq heures à Grand Central Station.

C'est la sortie des bureaux et tout le monde se rue afin de prendre son train vers la maison.

Et puis elle apparaît : Lydia (Amanda Plummer).

Alors le temps s'arrête. Ou plutôt, il s'écoule différemment. La lumière change, la musique s'intensifie : c'est une valse. Et les New Yorkais pressés se mettent en couple et dansent sur ce rythme ternaire alors que la pendule de la gare égrène les minutes, surmontée d'une boule à paillettes qui accentue la magie de l'instant.

Et puis le premier coup de cinq heure retentit. La musique s'arrête. Chacun repart vers sa destination.

Parry (Robin Williams) est heureux. Il attend demain avec impatience.

 

C'est - à mon avis - l'une des plus belles scènes du film. Terry Gilliam arrive à faire sortir la magie de n'importe quel lieu. il suffit de le laisser faire. C'est d'ailleurs l'une des rares choses qu'on l'a laissé faire, vu que ce film est une commande. Les Oulipiens disaient - avec justesse - que « la contrainte est libératrice. »

Encore une fois, ils ont raison. Il y a dans cette histoire plutôt convenue une émotion et une magie qu'on retrouve dans les films de Gilliam.

Jack Lucas (Jeff el Duderino Bridges) est un animateur de radio qui a eu une parole de trop. Résultat : un homme est entré dans un bar et a flingué à tout va avant de se tuer. Parmi les victimes, la femme du professeur Henry Sagan. Et Henry Sagan, c'est Parry.

Depuis, c'est la descente aux enfers, auprès d'Anne (Mercedes Ruehl), bien bonne d'avoir récupéré une telle épave.

Mais cette épave n'a pas encore touché le fond. et au moment où elle le fait, au moment où soit on coule définitivement, soit on prend appui pour remonter, intervient Parry et son armée de clochards.

Alors Jack va découvrir qui est Parry et malgré lui, l'aider. Vraiment.

 

Jack fait partie de ces héros égoïste, égocentrique, égotique... Bref, c'st tout de même un sale type. Mais heureusement, il rencontre le professeur Sagan. Va alors commencer une thérapie bilatérale. Chacun va se nourrir de l'autre, lui parler, l'écouter, essayer de le comprendre et de l'aider.

Mais cette thérapie ne suffit pas. Il y a un but suprême à cette rencontre : une quête. LA Quête : le Graal. Et comme toujours, la route vers le Graal est semée d'embûche, en l'occurrence le Chevalier Rouge, un ennemi redoutable.

Mais, seul Parry voit ce Chevalier Rouge...

Il n'intervient pas très souvent : à chaque fois que Parry est heureux ou en passe de l'être.

Il y a un parallèle évident entre Parry et Sam Lowry, le héros de Brazil :

- Lowry s'enfonce dans les ennuis, alors il s'endort et rêve. C'est sa seule façon d'échapper au cauchemar quotidien.

- Parry a une vie nulle, dans la rue. Mais à chaque fois que sa vie va s'éclairer, le rêve le prend éveillé pour l'empêcher d'accéder à ce bonheur promis.

Mais Jack est là. et Jack, en sauvant Parry ne cherche qu'une chose : se sauver lui-même. Je vous l'ai dit, c'est un égoïste. Mais alors qu'il pensait s'en tirer avec quelques billets lâchés à un pauvre clodo, il se retrouve impliquer dans une quête mystique et médiévale dont il ne pourra pas sortir indemne. Comme dans toute belle histoire, le héros finira transfiguré. Il n'est plus lui-même. Il est devenu quelqu'un d'autre, de meilleur : la fameuse rédemption chère aux Américains !

 

Toujours est-il que cette rédemption passe par New York. Une autre ville. Pas celle de Woody Allen ou Scorsese (et les autres). Non. C'est une ville pleine de mystère où chaque coin de rue recèle ses mystères dissimulés par des nappes de brume opportunes.

 

Et puis il y a les femmes. Que seraient les chevaliers errants sans une dulcinée à (re)conquérir ?

L'une, c'est Lydia est une femme insignifiante. Elle n'a pas des manières bien évoluées (il faut la voir au restaurant jouer avec la nourriture et Parry pour comprendre). Mais aux yeux de Parry, c'est la plus belle femme du monde. Il est prêt à tout pour elle.

L'autre, c'est Anne. Une femme forte. Mais qui se laisse entraîner dans cette quête de rédemption avec de plus en plus de plaisir... Jusqu' à ce que Jack redevienne Jack... Mercedes Ruehl est magnifique !


Bref. Un film magique.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Terry Gilliam, #Comédie, #Fantastique
Les Aventures du Baron de Münchhausen (The Adventures of Baron Munchausen - Terry Gilliam, 1988)

Fin XVIIIème siècle. Une ville côtière, assiégée par les Turcs.

Sally (Sarah Polley) en a assez : elle est la fille d'un célèbre acteur qui n'arrête pas d'écrire sur ses affiches de spectacles qu'il a un fils. En fait, c'est surtout parce que c'est vendeur. Qui irait voir un spectacle d'un acteur « et fille » ?

Surtout que le spectacle proposé n'est pas n'importe quel spectacle : il s'agit de la vie et l'œuvre d'un personnage local, le Baron de Münchhausen, héros extraordinaire et accessoirement  sauveur de la ville.

Malgré la guerre, le spectacle continue. Il faut dire que c'est une guerre plutôt convenue, avec des tractations - elles aussi - convenues. Un coup la ville se rend aux Turcs, le coup suivant, ce sont les Turcs qui reconnaissent leur défaite.

Il faut dire que nous sommes en fin de siècle des lumières, celui qui vit triompher la raison. Voilà pourquoi Horatio Jackson (Jonathan Pryce), élu au service de la cité, organise des foin de guerre on ne peut plus rationnels, alternant les défaites et les victoires avec le sultan.

Mais ce soir, le spectacle ne se passe pas comme convenu : en effet, afin de soulager la population des affres de la guerre, le gouvernement a autorisé la tenue de spectacles, permettant de maintenir un moral haut dans une cité assiégée. Et voici qu'arrive un témoin e dernière minute : le Baron de Münchhausen (John Neville) soi-même !

Evidemment, ça remet tout en cause : le spectacle, mais aussi les tractations.

Quoi qu'il en soit, une fois la surprise passée, Münchhausen décide d'expliquer à tous - spectateurs et acteurs - les véritables raisons du conflit, pourquoi on est toujours en guerre après autant d'années.

 

Et c'est vraiment là qu'intervient Terry Gilliam, le cinéaste rêveur. Nous allons vivre une épopée merveilleuse, où chaque épisode annoncé du baron (dans la pièce de théâtre initialement jouée) va se réaliser. Mais.

Mais ses héros son fatigués. Si Münchhausen rajeunit à l'envie, il n'en va pas de même de ses compagnons extraordinaires : abandonnés successivement en fonctions de ses divers exploits, chacun a vieilli en attendant un éventuel retour de ce héros fantasque, surtout porté sur les jupons de la première femme venue que sur la survie de ses compagnons...

Mais celle qui donne du corps à ce personnage haut en couleur, c'est la jeune Sally. C'est elle, la véritable héroïne des aventure du Baron. C'est elle qui relance à chaque fois l'action, empêchant ce vieux brigand de succomber à un jupon. Elle a toujours en tête le sort de sa ville, des siens.
Il s'agit d'un remake. Enfin,  d'une nouvelle adaptation. Vu que la dernière adaptation de référence fut réalisée en 1943, pour les vingt-cinq ans de la UFA, sur ordre de Goebbels, j'ai du mal à parler de « remake ».

Et si la scène incontournable du boulet de canon est commune, pour le reste, nous sommes dans un film ultra-gilliamien (je sais, c'est un néologisme, mais que voulez-vous, c'est un mot qui manquait à notre vocabulaire).

Nous passons de la lune à l'Etna, du ventre d'une baleine à la ville initiale. Et tout ça grâce à un scénario tout à  fait plausible. [Comme disait Boris Vian : « cette histoire est vraie puisque je l'ai imaginée d'un bout à l'autre. »]

Et nous jubilons. Que faire d'autre ?

John Neville est un baron extraordinaire, plus vraie que sa statue, et toujours un tantinet troublé dès qu'une (jolie) femme apparaît. Tour à tour vieux, puis jeune, il incarne ce baron légendaire avec beaucoup de malice. Heureusement, Sally veille sur lui, et nous irons vers une fin heureuse, même si cela inclut la mort de ce cher Baron. On est un personnage de légende ou on ne l'est pas !

Ce film est aussi l'occasion de (re)dé&couvrir quelques acteurs : Oliver Reed en Vulcain ; Uma Thurman, à ses débuts (déjà très belle !) ; Valentina Cortese ; et bien entendu l'incontournable Ray D. Tutto, roi de la lune et accessoirement Robin Williams.

 

Féérique, grandiose, magique. Bref, INCONTOURNABLE !

 

Voir les commentaires

1 2 > >>

Articles récents

Hébergé par Overblog