Depuis environ deux mille ans, nous savons qu’être assis avec douze autres personnes n’est pas une initiative très recommandée. C’est pourtant ce que veut faire Edward Wales (John Davidson), depuis que ami Spencer Lee a été tué d’un coup de couteau dans le dos.
Il profite d’une soirée chez Sir Crosby (Holmes Herbert) pour faire venir la voyante Rosalie La Grange (Margaret Wicherly) afin qu’elle invoque l’esprit de son ami et révèle ainsi le nom de la personne qui l’a tué.
Mais alors que la séance s’engage on pousse un cri : quand on rallume, Wales a été – lui aussi – assassiné.
Qui a fait le coup ?
Nous sommes donc dans un whodunit (1), avec bien entendu la présence d’un policier, l’inspecteur Delzante. Et c’est avant tout pour ce policier qu’on se rappelle ce film plutôt mineur dans la carrière de Tod Browning, parce que c’est un certain Béla Ferenc Dezsõ Blaskó plus connu sous le nom de scène Lugosi qui l’interprète. Et c’est peut-être aussi à cause de cela que le film est mineur…
De cela et surtout de l’aspect empesé des différents personnages. Alors oui, c’est d’abord une pièce de théâtre, et le moins qu’on puisse dire, c’est que nous sommes réellement sur une scène, les (rares) changements de décor n’ayant aucune véritable pertinence.
A la décharge Browning, il s’agit de son premier film parlant et on le sent bien dans les différentes interventions des personnages. Il y a peu de naturel chez ces gens rassemblés afin d’élucider un crime. Enfin, pas exactement : si Conrad Nagel (Richard Crosby) s’en sort à peu près, c’est surtout la présence de Leila « Venus » Hyams qu’il faut signaler. En plus d’être très belle (non, je ne suis pas objectif !), elle campe avec conviction Helen « Nelly » O’Neill, promise à Richard Crosby.
Par contre, Lugosi n’échappe pas à l’empesage, accentué par son accent particulier qui fait de lui un policier peu crédible, tendant avec plus ou moins de ‘réussite des pièges à ses suspects, qui s’ils n’atteignent pas leur but desservent une intrigue déjà on ne peut plus convenue –pour nous spectateurs actuels.
Mais malgré tout, nous retrouvons ici l’un des thèmes de prédilections de Browning : le spectacle, et plus particulièrement celui qu’on pouvait trouver dans les foires. Madame La Grange, voyante un tantinet charlatanesque, est la collègue de plusieurs personnages déjà rencontrés chez Browning : le professeur Echo (Le Club des trois), Alonzo (L’Inconnu) ou encore Phroso le magicien (A l’Ouest de Zanzibar)… Sans parler des personnages de Freaks, mais ce sera trois ans plus tard.
Et Browning, afin de donner plus de corps à cette femme singulière va jusqu’à lui faire révéler ses tours à ses spectateurs afin de s’assurer de leur attention et surtout de lutter contre leur scepticisme.
Bien entendu, les manœuvres policières de Delzante vont démonter son manège, mais elle aura tout de même le dernier mot et aidera à démasquer la véritable personne coupable du double meurtre. On eut d’ailleurs s’amuser de cette résolution combinée entre le pragmatisme du policier et l’espèce d’ésotérisme de la voyante.
Pour le reste, c’est un tantinet plat, avec des moments de silence pas toujours pertinents hérités de la période précédente, et Lugosi – encore lui – en plus de son accent incongru, nous gratifie de postures faciales totalement inadéquates dans un film parlant.
Heureusement pour nous, Browning et lui se rattraperont deux ans plus tard lors de leur second film ensemble : Dracula.
- En entier : « who (has) done it ? », soit « qui l’a fait [le coup] ? », avec prononcé populaire en prime…
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