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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

tod browning

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Drame, #Tod Browning
La treizième Chaise (The thirteenth Chair - Tod Browning, 1929)

Depuis environ deux mille ans, nous savons qu’être assis avec douze autres personnes n’est pas une initiative très recommandée. C’est pourtant ce que veut faire Edward Wales (John Davidson), depuis que ami Spencer Lee a été tué d’un coup de couteau dans le dos.

Il profite d’une soirée chez Sir Crosby (Holmes Herbert) pour faire venir la voyante Rosalie La Grange (Margaret Wicherly) afin qu’elle invoque l’esprit de son ami et révèle ainsi le nom de la personne qui l’a tué.

Mais alors que la séance s’engage on pousse un cri : quand on rallume, Wales a été – lui aussi – assassiné.

Qui a fait le coup ?

 

Nous sommes donc dans un whodunit (1), avec bien entendu la présence d’un policier, l’inspecteur Delzante. Et c’est avant tout pour ce policier qu’on se rappelle ce film plutôt mineur dans la carrière de Tod Browning, parce que c’est un certain Béla Ferenc Dezsõ Blaskó plus connu sous le nom de scène Lugosi qui l’interprète. Et c’est peut-être aussi à cause de cela que le film est mineur…

De cela et surtout de l’aspect empesé des différents personnages. Alors oui, c’est d’abord une pièce de théâtre, et le moins qu’on puisse dire, c’est que nous sommes réellement sur une scène, les (rares) changements de décor n’ayant aucune véritable pertinence.

 

A la décharge Browning, il s’agit de son premier film parlant et on le sent bien dans les différentes interventions des personnages. Il y a peu de naturel chez ces gens rassemblés afin d’élucider un crime. Enfin, pas exactement : si Conrad Nagel (Richard Crosby) s’en sort à peu près, c’est surtout la présence de Leila « Venus » Hyams qu’il faut signaler. En plus d’être très belle (non, je ne suis pas objectif !), elle campe avec conviction Helen « Nelly » O’Neill, promise à Richard Crosby.

Par contre, Lugosi n’échappe pas à l’empesage, accentué par son accent particulier qui fait de lui un policier peu crédible, tendant avec plus ou moins de ‘réussite des pièges à ses suspects, qui s’ils n’atteignent pas leur but desservent une intrigue déjà on ne peut plus convenue –pour nous spectateurs actuels.

 

Mais malgré tout, nous retrouvons ici l’un des thèmes de prédilections de Browning : le spectacle, et plus particulièrement celui qu’on pouvait trouver dans les foires. Madame La Grange, voyante un tantinet charlatanesque, est la collègue de plusieurs personnages déjà rencontrés chez Browning : le professeur Echo (Le Club des trois), Alonzo (L’Inconnu) ou encore Phroso le magicien (A l’Ouest de Zanzibar)… Sans parler des personnages de Freaks, mais ce sera trois ans plus tard.

Et Browning, afin de donner plus de corps à cette femme singulière va jusqu’à lui faire révéler ses tours à ses spectateurs afin de s’assurer de leur attention et surtout de lutter contre leur scepticisme.

Bien entendu, les manœuvres policières de Delzante vont démonter son manège, mais elle aura tout de même le dernier mot et aidera à démasquer la véritable personne coupable du double meurtre. On eut d’ailleurs s’amuser de cette résolution combinée entre le pragmatisme du policier et l’espèce d’ésotérisme de la voyante.

 

Pour le reste, c’est un tantinet plat, avec des moments de silence pas toujours pertinents hérités de la période précédente, et Lugosi – encore lui – en plus de son accent incongru, nous gratifie de postures faciales totalement inadéquates dans un film parlant.

Heureusement pour nous, Browning et lui se rattraperont deux ans plus tard lors de leur second film ensemble : Dracula.

 

  1. En entier : « who (has) done it ? », soit « qui l’a fait [le coup] ? », avec prononcé populaire en prime…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #Tod Browning, #Lon Chaney
Le Club des trois (The unholy Three - Tod Browning, 1925)

Hercules (Victor McLaglen) le colosse, Echo (Lon Chaney) le ventriloque et Tweedledee (Harry Earles) la petite merveille du XXème siècle (c’est un nain) végètent dans une foire aux monstres (et autres attractions), chacun dans sa spécialité, répétant à l’envi les mêmes gestes, les mêmes phrases pour gagner de quoi subsister, mais guère mieux. Pour arrondir ses fins de mois, Echo a une partenaire pickpocket très habile, la belle Rosie (Mae Busch).

Sous l’impulsion d’Echo, les trois hommes s’associent et vont écumer les maisons riches, sous couvert d’une boutique d’animaux tenue par Mrs O’Grady (Lon Chaney), une charmante vieille dame qui vit là avec sa petite fille Rosie et le bébé Willie (Harry Earles). Chose curieuse, les perroquets vendus ne parlent que quand c’est Mrs. O’Grady qui est là…

 

Première grande incursion dans le domaine de prédilection de Browning : les phénomènes de foire (il aurait travaillé dans sa jeunesse pour un cirque). La séquence d’ouverture annonce Freaks, bien sûr, et le personnage de Mrs. O’Grady celui de Madam Mandilip dans The devil Dolls. Bref, nous sommes pleinement dans l’univers du réalisateur.

 

Voilà une histoire bien scorsesienne que nous propose ce même Browning Browning, avec l’aide de Valdemar Young au scénario (1) : Echo est un homme ambitieux qui veut s’enrichir vite et mener grand train mais terminera somme toute là où il a commencé : un phénomène de foire qui répète à l’envi les mêmes gestes, les mêmes phrases pour gagner de quoi subsister, mais guère mieux…

Et comme Scorsese quelques décennies plus tard, Browning s’appuie sur une distribution solide, l’immense Lon Chaney en tête, cela va de soi. Pas de maquillage compliqué comme dans The Phantom of the Opera (sorti la même année) ou The Hunchback of Notre-Dame deux ans plus tôt : une perruque de cheveux blancs, des bésicles, un dos vouté et voilà une brave Mrs. O’Grady à qui on donnerait le bon Dieu sans confession. Mais si le maquillage n’est pas vraiment l’atout de Chaney ici, c’est encore une fois son visage qui retient toute notre attention.

Nous retrouvons, bien sûr, ce visage menaçant que nous avions découvert dans The Penalty (surtout, mais ailleurs aussi), d’une dureté incroyable, mais surtout il joue de la transformation de ce même visage pendant que l’intrigue se noue ou se dénoue. La discussion entre Echo et Rosie sur fond champêtre en est un magnifique exemple : ce visage dur va progressivement se transformer pour s’adoucir à mesure qu’il va prendre conscience de ce que lui dit Rosie.  Toujours aussi splendide.

 

A ses côtés, on trouve un colosse qui va faire parler de lui dans les années qui vont suivre (surtout chez John Ford) : Victor McLaglen. McLaglen était un acteur formidable et dont la truculence va s’épanouir chez ce dernier, mais face à un monstre tel que Chaney, il ne peut pas rivaliser. Il suffit de voir, pour s’en convaincre, A Girl in every port (Howard Hawks, 1928) : le muet ne l’a pas empêché d’être un grand acteur.

Autre « curiosité » du film, les débuts d’un acteur malheureusement sous-employé au cinéma (2) : Harry Earles. Plus jeune que dans Freaks où il sera véritablement reconnu, il possède encore l’aspect juvénile qui lui permet de se faire passer pour un bébé. Mais un bébé qui fume le cigare… (3)

Quant à la femme, Mae Busch possède ce qu’il manquait à Priscilla Dean quand elle jouait les mauvaises filles chez Browning : une attitude, une œillade qui font d’elle une partenaire crédible à ce personnage singulièrement maléfique (Echo).

Quant à Matt Moore, qui joue Hector McDonald, le candide de l’histoire, il a tout à fait le physique de l’emploi, ses lunettes épaisses chargeant son portrait de grand benêt trop gentil. Mais c’est d’ailleurs cette caricature de personnage qui rend l’intrigue un tantinet bancale : comment une fille comme Rosie peut-elle s’enticher d’un « grand bedas » (3) pareil ?

 

Autre élément qui gâche un peu le plaisir du film : outre le raccord raté avec le manteau d’Hector, la séquence champêtre mentionnée ci-dessus se passe devant une très belle tenture peinte qui a l’inconvénient de renvoyer les ombres des deux acteurs. Et une fois qu’on l’a vu, difficile de ne plus y penser…

Mais malgré cela, Browning réussit deux beaux moments de suspense : chez Mrs. O’Grady quand le policier (Matthew Betz) vient questionner la vieille dame est ses curieux colocataires, et au moment du procès d’Hector, accusé à la place du trio infernal (5).

Si la première séquence est un peu trop attendue (le mouvement de Tweedledee amène la montée en puissance de la tension), celle du tribunal est autrement plus réussie. Plus longue, tout d’abord, elle est amenée plus naturellement et bénéficie d’un montage à la hauteur : la caméra ne cesse d’aller d’Echo à Hector en passant par le juge qui fait ses dernières recommandations au jury avant la délibération. Et cela jusqu’au point culminant qui verra…

Mais je vous laisse découvrir, si ce n’est déjà fait, ce film de haute volée de Tod Browning.

 

Un film tellement réussi qu’il en fut fait un remake cinq ans plus tard (et dont j’ai déjà parlé ici), amenant ce qui manquait – mais pas trop quand même – à cette intrigue criminelle : la parole.

Normal, pour une histoire de ventriloque, non ?

 

  1. . D’après une histoire d’un certain Tod Robbins qui sera à nouveau adapté par le même Browning 7 ans plus tard avec encore une fois Harry Earles : Freaks. Mais ceci est une autre histoire.
  2. Sa stature peut expliquer facilement cette rareté.
  3. Robert Zemeckis s’en souviendra pour le personnage de Baby Herman dans Who framed Roger Rabbit ?
  4. C’est comme le bédas tourangeau, mais sans accent et accessoirement l’une des répliques favorites de ma grand-tante à mon encontre quand je ne savais pas ce qu’il fallait faire…
  5. La traduction française du titre original évacue l’aspect noir de ce trio : « le Trio infernal » aurait pu être une traduction acceptable, tout comme « le trio malsain » et autre(s) acception(s) de ce style.

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #Tod Browning
la Vierge d'Istanbul (The Virgin of Stamboul - Tod Browning, 1920)

Istanbul (Stamboul), Porte de l’Orient.

Trois personnages : trois destins qui vont se rencontrer pour une histoire « de mystère, d’intrigue et de romance. » (1)

 

Le capitaine Carlisle Pemberton (Wheeler Oakman), officier britannique sensible aux charmes de l’Orient et des jeunes femmes, surtout celles qui ne portent pas de voile.

Le cheik Achmet Hamid (Wallace Beery), personnalité influente du Bosphore et dont le harem comporte quelques beautés.

Et enfin Sari (Priscilla Dean), la jeune vierge istanbuliote non voilée qui donne son titre au film et qui, comme toutes les femmes de son pays est déconsidérée car n’a pas d’âme, et par conséquent ne peut aller à la mosquée (Saint-Sophie).

Parmi les membres du harem de Hamid, il en est une qui a succombé aux charmes d’un autre officier britannique. Ce dernier est lâchement assassiné par le cheik dans la mosquée déjà citée, sous les yeux de la belle Sari. Hamid n’a alors pus le choix : il doit épouser la jeune femme pour s’assurer de son silence.

Mais la jeune femme aime Pemberton qui le lui rend bien.

 

Voici un film en parfaite adéquation avec son temps. En effet, à la fin des années 1910, on voit fleurir un peu partout de ces films exotiques essentiellement situés en Orient où les Occidentaux vivent des aventures plus ou moins mystérieuses (2).

C’est donc une série d’aventures qui se déroulent sous nos yeux avec moult barbes et turbans, comme l’exigent les stéréotypes de l’époque. Et dans le rôle du méchant, le grand Wallace Beery dans un rôle lui aussi exotique : avant d’être l’ignoble Indien de Last of the Mohicans ou encore le fourbe Chinois de A Tale of two worlds.

 

Mais c’est bien sûr Priscilla Dean qui porte le film, dirigée par un Tod Browning relativement inspiré et qui va faire d’elle une grande star, malheureusement un tantinet oubliée aujourd’hui. Elle est une Sari très convaincante, membre humble mais tout de même notoire de cette société ottomane, dont les derniers jours sont en train de s’écouler : l’année suivante verra l’avènement de Mustapha Kemal «  Atatürk » et le début de la fin des sultans.

Bien entendu, on trouve aussi les bons sentiments qui étaient de mise à l’époque et surtout l’aspect religieux indispensable dans ce genre de lieu : n’oublions pas la place des valeurs religieuses dans le cinéma américain, des origines à nos jours…

 

Certes, l’intrigue faussement complexe est des plus simples à concevoir la résolution, mais le résultat est là : Priscilla Dean est magnifique et Wallace Beery un de ces méchants dont on apprécie le châtiment final, suite à un combat au couteau, la seule arme pertinente à Istanbul.

Mais tous ces stéréotypes vont bientôt – en partie – disparaître puisque l’année suivante va se présenter sur les écrans un autre cheik, aux manières beaucoup moins frustes et barbares, et surtout au rôle positif (impensable en 1920) : The Sheik de George Melford, avec l’inoubliable Rudolf Valentino.

 

Cent un ans, déjà.

 

  1. C’est ce qu’annonce un intertitre d’introduction.
  2. Même Fritz Lang s’y est mis avec son diptyque Die Spinnen.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #Tod Browning
Les Fauves (White Tiger - Tod Browning, 1923)

Les enfants Donovan, Sylvia (Priscilla Dean) et Roy (Raymond Griffith), ont grandi à part pendant quinze ans, suite à la dénonciation de leur père Mike (Alfred Allen) par l’infâme Bill Hawkes (Wallace Beery). Ce dernier s’occupa de la petite fille pendant que le garçon grandissait persuadé que sa sœur avait été tuée avec son père.

Le destin (1) va pourtant les réunir, ainsi que Hawkes, quinze ans après dans un casse spectaculaire (avec un automate qui gagne aux échecs). Mais seul Hawkes sait qu’ils sont frère et sœur et va tenter de les monter l’un contre l’autre : ainsi il n’aura pas à partager…

 

Le tigre blanc du titre original n’a rein à voir avec un fauve au sens propre, et si la traduction englobe nos trois protagonistes, c’est plus en écho à ce titre initial : « Les Rapaces » aurait été un titre plus convenable et en plus il était libre puisque Stroheim n’avait pas encore sorti son chef-d’œuvre (amputé).

Non, le tigre blanc, c’est une sorte de démon intérieur qui ravage le cœur et l’esprit : le crime.

Il faut dire que les enfants Donovan baignent dans le crime depuis toujours : fils d’un gangster, ils deviennent plus tard eux-mêmes des escrocs : elle vole à la tire pendant qu’il a mis au point un numéro d’automate truqué et faussement mécanique.

 

Nouvelle incursion de Browning dans les bas-fonds, Les Fauves sont l’occasion de retrouver son actrice fétiche Priscilla Dean (2) aux côtés d’une légende du cinéma, encore une fois dans un rôle négatif : l’immense (3) Wallace Beery.

Et comme nous sommes chez Browning, on y retrouve un élément de spectacle qui va perdurer dans les films suivants : la rencontre entre Sylvia, Roy et Hawkes se fait dans un célèbre musée de cire londonien qui possède sa « chambre des horreur » (4) où Roy et un complice exhibent leur automate. Cet automate est habité par Roy qui manœuvre la marionnette de l’intérieur : nous avons déjà un personnage qui n’est pas celui qu’il prétend être comme ce sera souvent la règle dans les films suivants de Browning.

 

Mais cet aspect spectaculaire n’est pas le centre du film, il s’agit plus du « tigre blanc », ce démon du crime qui dévore ses victimes.

Nous assistons à la dégradation d’une association de malfaiteurs en proie à la convoitise : leur coup sensationnel va les faire douter les uns des autres jusqu’à la défiance et l’irréparable.

Et bien sûr, cette défiance sera attisée par le méchant de service, Hawkes.

Evidemment, les mentalités de 1923 ne pouvaient pas laisser se trio s’en sortir avec brio et une fin morale est donc de mise : nous assistons alors à une nouvelle rédemption (double, le frère et la sœur) inévitable.

 

Bref, nous sommes dans une sorte de mélodrame convenu qui aurait mérité d’a voir une intrigue un tantinet plus fouillée. Browning, qui a signé le scénario, a jeté quelques bonnes idées qu’il va malheureusement délayer dans un mélo dont l’issue est prévisible : la morale est sauve, le méchant est châtié et les deux héros sont sauvés.

On aurait pu espérer un peu plus de Browning, mais il manque un atout de taille à ce petit film : Lon Chaney, bien entendu. Ou au moins un méchant qui le soit un peu plus. Wallace Beery interprète un Hawkes qui ne possède pas autant de malveillance que le professeur Echo (Le Club des Trois, 1925) ou The Blackbird (L’Oiseau noir, 1926).

Et un méchant qui ne l’est pas assez, ça n’aide pas à faire un grand film, non ?

 

  1. Toujours lui !
  2. 9 films ensemble
  3. Au sens propre comme au figuré.
  4. Est-il besoin de le nommer ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Tod Browning, #Lon Chaney, #Drame
A l'Ouest de Zanzibar (West of Zanzibar - Tod Browning, 1928)

Phroso (Lon Chaney) est un prestidigitateur de talent se produisant sur diverses scènes de music-hall, accompagné de sa femme Anna (Jacqueline Gadsdon).

Mais celle-ci veut le quitter pour le beau et élégant Crane (Lionel Barrymore).

Une échauffourée s’ensuit entre les deux hommes et Phroso est précipité par une rambarde et se brise la colonne vertébrale. Le voilà hémiplégique.

Quand sa femme refait surface, il la trouve morte, un bébé auprès d’elle.

Phroso décide alors de se venger de Crane et de sa fille.

 

Lon Chaney dans tout son art, Tod Browning dans son élément.

Nous retrouvons donc Lon Chaney dans un rôle de mutilé, le crâne rasé et un regard haineux qui rappelle celui de Blizzard dans The Penalty. On peut alors le voir se déplacer comme n’importe quel hémiplégique, traînant ses jambes mortes (1) ou descendant de l’étage par une corde à nœuds. [NB : il ne la remonte jamais]C’est encore une fois un personnage très maléfique.

Pourtant le film commençait bien : Phroso (2) est marié à la belle Anna, ce qui est un changement par rapport aux autres films où il espère toujours l’affection des jolies femmes : Nanon (Joan Crawford) dans L’Inconnu, Gertrude Hadley (Virginia Valli) dans The Shock, ou encore Lilith (Leatrice Joy) dans The Ace of hearts (etc.).

Mais cela ne dure pas puisqu’en même pas cinq minutes de film, elle est partie revenue et morte, laissant donc une fille, que Phroso reconnaît comme celle de Crane.

Bref, on retrouve le thème de la vengeance dans toute sa dimension cinématographique.

 

Mais si la vengeance peut se justifier entre Phroso et Crane, la fille n’est en aucun cas coupable de quoi que ce soit. Et surtout, il n’est pas question de laisser impuni un tel stratagème criminel au cinéma. Alors encore une fois, le personnage de Lon Chaney va devoir payer pour son (ses ?) crime (s).

Mais si le personnage paie pour avoir dégradé la jeune femme (3), il n’en trouvera pas moins la Rédemption inévitable – ou presque – du cinéma américain.
En effet, la vengeance se retourne contre son instigateur, l’amenant au sacrifice tout aussi inévitable lui aussi.

 

Il s’agit du pénultième film entre Chaney et Browning, et encore une fois, Chaney nous montre toute l’étendue de son talent. On le voit sourire, en colère, suppliant, apeuré… Pratiquement toutes  les émotions sont illustrées dans ce film. Et en plus, on peut le voir avec un visage normal d’homme prévenant, fragile et émouvant comme il savait l’être.

C’est un régal pour ses fans dont je fais partie.

Quant à Browning, outre quelques éléments de sa future œuvre déjà mentionnée (4), on retrouve le monde du spectacle qui a souvent baigné les intrigues de ses films : La Morsure, L’Inconnu et bien sûr Freaks

Phroso est un saltimbanque, dont le déguisement rappelle d’une certaine façon un autre personnage de Chaney : Paul Beaumont dans He who gets slapped.

 

Au final, nous sommes en territoire connu et savoureux. Il ne manquait plus qu’un autre géant du cinéma pour lui donner la réplique - même au cinéma muet, les gens (se) parlent – et c’est le cas avec Lionel Barrymore. Il y a une alchimie qui fonctionne très bien entre  ces deux géants aux rôles pas si éloignés que ça : Crane n’est pas un enfant de chœur et sa confrontation (finale) avec Phroso tourne à son avantage d’une manière tout de même assez ignoble.

C’est hélas le seul film où ces deux géants se partagent la vedette. Mais le personnage de Paul Lavond (The Devil Dolls) , interprété par Barrymore, n’est pas sans rappeler celui d’Echo (The unholy Three) joué par Chaney.

 

Bref, on a du grandiose, dans l’intrigue comme dans l’interprétation, même si on peut douter de l’authenticité des Africains dépeints, pour preuve la présence d’un autre monstre du cinéma : Dick Sutherland (5).

 

A (re)voir de toute urgence.

 

 

PS : Encore une fois, le titre original a été traduit. Le Talion. Certes, il s’agit d’une histoire de vengeance, mais tout de même, A l’Ouest de Zanzibar, ça a plus de cachet : pas besoin d’inclure quelque référence (plus ou moins) biblique vengeresse, Chaney & Browning suffisent à annoncer la couleur. De plus, Zanzibar et son passé commercial apportent la touche exotique et sordide nécessaire.

 

  1. « Dead Legs » est le surnom qu’il porte loin là-bas, à l’Ouest de Zanzibar.
  2. Wallace Ford portera le même nom dans le chef-d’œuvre du même Browning Freaks, quatre ans plus tard. Bien sûr, ce n’est pas une coïncidence.
  3. Il l’envoie dans un bouge de Zanzibar, dont la tenancière n’est autre que Rose Dione, qui sera Madame Tetrallini dans le même Freaks.
  4. Involontairement bien sûr, c’est le spectateur qui fait le lien bien après.
  5. Ceci n’est pas évident : pour ma part je ne l’ai pas remarqué. Il faudra que je revoie.

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #D.W. Griffith, #Lillian Gish, #Erich von Stroheim, #Tod Browning
Intolerance (D.W. Griffith, 1916)

 

 

Après Naissance d’une Nation, Griffith, blessé par les attaques de ceux qui avaient considéré son film raciste (à juste titre, tout de même), décide de montrer à l’Amérique (et donc au monde entier) qu’il est un humaniste, un chantre de la tolérance.

Et son film, à cet égard est une réussite.

D’ailleurs, à tous les égards, ce film est une réussite.

C’est une distribution (réellement !) somptueuse qui interprète ces quatre histoires qui n’en font (presque) qu’une, exemples flagrants de l’intolérance à travers le temps et l’espace.

Ce sont quatre histoires qui nous sont racontées, chacune apportant son lot d’intolérance, de méchanceté, de jalousie et de violence, avec au bout, hélas, la mort.

 

Je ne vous parlerai pas de la structure en miroir du film ce serait trop long (3 heures découpées magistralement), mais sachez que tel est le cas.

La première histoire concerne l’époque moderne, enfin celle de 1915-16, c’est à dire au moment où fut tourné et présenté le film. On y voit une jeune femme (Mae Marsh est ses magnifiques yeux bleus) qui, à la mort de son père épouse un truand repenti (Robert Harron). Ce dernier étant accusé faussement de meurtre, il est emprisonné et des bigotes décident que ola jeune femme ne peut plus décemment s’occuper de son bébé et le lui font donc retirer.


En remontant dans le temps, on s’arrête à la Saint Barthélémy (1572) où les catholiques français ont montré qu’ils n’avaient rien à envier aux intégristes de tout poil et ont massacré (au nom de Dieu, comme d’habitude) tous les protestants qui croisaient leur chemin.

Toujours plus tôt dans l’histoire, on assiste à la passion de Jésus (Howard Gaye), condamné par les Pharisiens, puis les Romains (n’oublions jamais que ce sont eux qui l’ont exécuté, n’en déplaise aux croyances médiévales qui ont encore cours aujourd’hui). Et au repère le plus lointain de l’Histoire, on trouve Babylone dirigée par  Balthazar (Alfred Paget), adepte du culte d’Ishtar, déesse de l’amour, attaqué par le Perse Cyrus (George Siegmann), ce dernier aidé par les prêtres babyloniens du culte de Bel, jaloux d’être déconsidérés.

Pour chaque histoire, une forme d’intolérance amenant ruine et désolation, surtout à Babylone. Et intercalé au milieu de cette fureur, une femme (Lillian Gish) qui balance un berceau, pendant que le monde court à sa perte. Et comme l’a écrit William Ross Wallace :

« For the hand that rocks the craddle is the hand that rules the world. » (La main qui berce l'enfant est la main qui dirige le monde)

 

Mais au-delà de ce film très moraliste où les intolérants (intégristes ?) de tout poil sont fustigés, c’est avant tout un film magistral qu’il nous est donné de voir. C’est un festival de séquences spectaculaires, le summum étant atteint lors de l’assaut des armées de Cyrus contre Babylone. Rarement, à cette date, a-t-on vu tant de déchaînement de violence sur un écran. Le Vol du grand rapide, qui montrait un homme armé tiré sur les spectateurs est une bluette, comparé à ce film gigantesque.

Parce que c’est un film où le gigantisme est absolu : la reconstitution de Babylone est époustouflante. Les combats qui y ont lieu sont alors dans la même teinte : énorme, terrible, affreux…
Ce sont des têtes qu’on coupe, des lances qui transpercent des soldats, des flèches assassines… Une véritable galerie d’horreurs. On retrouvera cette violence dans Le Signe de la Croix, mais ce sera déjà beaucoup plus tard…

 

Autour du réalisateur, on retrouve les fidèles (Billy Bitzer et Karl Brown, ainsi qu’une partie du casting de Naissance) et aussi des noms qui prendront bientôt leur envol (Constance Talmadge, Eugene Pallette, Bessie Love) ou les assistants prestigieux du film précédent (Walsh et Ford ne sont plus là, mais on note la présence de Tod Browning).
Le film est partiellement teinté (comme Naissance) et cela donne une teinte encore plus sanglante aux massacres perpétrés à chaque époque.

 

Encore une fois, le Maître nous reconstitue des événements historiques, utilisant diverses sources reconnues mais avec un souci d’authenticité aussi fouillé que lors de son précédent film.

Et encore une fois, Griffith décrit des situations intolérables passées mais surtout présentes (pour lui) avec la même honnêteté qui le caractérise. Toujours, Griffith croit en ce qu’il filme et ce qu’il raconte. Et si on sait qu’il fut un homme qui attachait beaucoup d’importance à la moralité, il ne peut pas s’empêcher de dénoncer ces femmes pétrie de bigoterie, qui savent mieux que tout le monde ce qui est bon et juste. Il n’hésita pas d’ailleurs à souligner que ces femmes se sont lancées dans leur croisade parce qu’elles n’ont plus la possibilité de séduire.

Tout un programme.

 

Ce sont alors près de trois heures d’un spectacle à couper le souffle, où le gigantisme le dispute à l’édifiant (Griffith, encore une fois nous donne une leçon, cette fois d’humanité) : grandiose.

Et si le succès ne fut pas exactement au rendez-vous, sachez tout de même que ce ne fut pas le flop annoncé. En effet, même si les Etats-Unis se préparaient à la guerre et que l’époque n’était pas obligatoirement aux grands sentiments, le film fut tout de même très bien accueilli, amis, malheureusement mal distribué*.

 

 

* cf. D.W. Griffith, Father of Film – épisode 2 (1993),  par Kevin Brownlow & David Gill.

Intolerance (D.W. Griffith, 1916)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Tod Browning, #Lionel Barrymore
Les Poupées du diable (The Devil-doll -Tod Browning, 1936)

Deux fugitifs dans les marais : Paul Lavond (Lionel Barrymore) et Marcel (Henry B. Walthall) se réfugient auprès de Malita (Rafaela Otiano), la femme de Marcel.
Depuis que son mari est en prison, elle poursuit son œuvre : réduire les êtres vivants à la taille de poupées, afin d'économiser les ressources.

Mais Lavond voit dans cette expérience une bonne occasion de se venger de ceux qui l'ont envoyé à l'ombre pendant ces dix-sept dernières années.

 

Tod Browning, dans son avant-dernier film continue son exploration de la difformité. Après le vampire et les phénomènes de foire, il s'intéresse à des êtres transformés par un esprit malade, celui de Marcel, aidé de sa femme. Cette femme est par ailleurs un magnifique monstre elle-même : elle boîte bas, aidée d'une béquille et a une coiffure qui n'est pas  sans rappeler celle de la Fiancée de Frankenstein : des cheveux noirs avec une mèche blanche...

Mais tout l'intérêt du film réside dans ces créatures de trente centimètres qui sont contrôlées par l'esprit de leur « créateur ».

Browning nous propose des scènes où se côtoient un décor normal avec des acteurs réduits, avec beaucoup d'habileté. Bien entendu, nous, spectateurs du XXIème siècle connaissons très bien le trucage, mais l'intérêt réside aussi dans la prouesse de mélanger les échelles des personnages. Et le résultat, même quatre-vingts ans après est toujours étonnant. On veut croire à cette histoire de vengeance pour la bonne cause avec cette histoire de modèles réduits conçus par un esprit brillant mais malade.

Dans ce film, aussi, Browning renoue avec de vieux souvenirs :

- Mme Madlelip, la couverture de Paul Lavond, est une déclinaison de Mrs O'Grady, interprétée par Lon Chaney (acteur fétiche s'il en fut !) dans Le Club des trois : une vieille femme qui sert de couverture pour des activités criminelles ;

- Lionel Barrymore est encore une fois à l'honneur, pour la quatrième fois (dont West of Zanzibar avec Lon Chaney) ;

- Henry B. Walthall, pour la troisième fois (dont The Road to Mandalay, avec le même Chaney...). Il est à noter que Walthall mourra un mois avant la sortie du film.

Bref, nous sommes en territoire connu et nous savourons. Mais Barrymore n'était Chaney et Lavond atteindra la rédemption qui fut longtemps refusée au maître de la transformation.

Malheureusement, les studios font de moins en moins confiance à Browning, et après un dernier film, il se retirera jusqu'à sa mort en 1962, d'un cancer du larynx, comme son acteur fétiche...


Non, cette histoire n'est pas réaliste. Mais puisque nous sommes au cinéma, et comme disait Tex Avery « tout est possible », alors laissons-nous entraîner dans cette histoire de vengeance et de rédemption avec l'un des monstres sacrés hollywoodiens : l'immense Lionel Barrymore, encore debout avant de finir sa carrière dans un fauteuil roulant.

Un acteur à redécouvrir absolument.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Tod Browning, #Lionel Barrymore, #John Gilbert
La Morsure (The Show - Tod Browning, 1927)

Cock Robin (John Gilbert) est un baratineur de foire. Tous les jours, il vante les mérites de son spectacle à une foule rapidement conquise, surtout les femmes ! Il présente un spectacle en deux parties : des femmes-monstres et une reconstitution des derniers instants de Jean le Baptiste, avec décollation en direct.

Bien entendu, tout n'est qu'illusion, les monstres comme l'exécution, mais le spectacle continue...

 

La Morsure. Le titre original, c'est Le Spectacle. D'accord, il y a une morsure, mais ce n'est pas le plus important ! Mais arrêtons de se battre avec les traducteurs du cinéma, sinon, on n'en finirait pas.

Tod Browning, qui a fait (une partie de) ses classes chez Barnum, a toujours été fasciné par le spectacle. Nombre de ses films y font référence, tout comme celui-ci, quelques mois avant L'Inconnu, qui mettra en scène un personnage - Alonso (Lon Chaney - qui n'est pas celui qu'il prétend. Là encore le spectacle est prétexte à mystification pour le spectateur (dans le film). Et Browning révèle le truc à celui du cinéma, afin de le prendre comme complice dans cette même mystification.

Mais, oh surprise, Lon Chaney n'apparaît pas au générique. Pourtant, Robin est un personnage qui aurait tout à fait convenu à ce grand acteur. Le seul problème, c'est que Robin, de par son rôle d'aguicheur, devait être tenu par un jeune premier. D'où la présence de John Gilbert. Ce dernier retrouve d'ailleurs Renée Adorée avec qui il avait joué deux ans plus tôt (La grande Parade).

Robin est un personnage dans la lignée de Liliom : il parle bien, présente bien, et les femmes se pâment à sa vue (ou presque). Comme Liliom, il n'hésite pas, quand les circonstances le lui permettent, de gifler une femme (et comme Liliom, il a un magnifique sweater à rayures : ça doit être l'uniforme des bonimenteurs de foire...). Bref, ce n'est pas un personnage très fréquentable.

Mais il est irrésistible...

En face de lui, un méchant comme on les aime : le Grec (Lionel Barrymore). Un méchant au regard clair et aux scrupules absolument absents. Une réussite !

Et puis il y a le vieil homme aveugle (Edward Connelly). Son fils est en prison, mais Salomé (Renée adorée) lui fait  croire qu'il est soldat couvert de gloire et qu'il va revenir. Là encore, tout n'est qu'illusion : ce vieil homme croira jusqu'au bout que son fils va revenir. Alors quand il le retrouve, l'émotion est forte. Trop. Connelly, qui a joué dans nombres de grands films muets, signe ici encore une belle interprétation de père désespéré.

C'est cet homme qui fait basculer l'intrigue. Il amène Robin à la rédemption, poursuivant une chimère qu'il pense avoir attrapée. Au contact de cet homme, les illusions de Robin tombent : il voit le monde tel qu'il est et décide de s'amender. Mais il y a toujours le Grec, qui a bien l'intention d'en finir avec lui...

 

Alors oui, Gilbert n'a pas la plastique faciale, ni la prestance du grand Lon, mais sa prestation reste honorable. Mais c'est Renée adorée qui illumine l'écran à chaque fois que la caméra se rapproche d'elle : son regard clair brouillé de larmes est magnifique.

Mais Browning reste Browning, continuant à proposer des personnages doubles qui ne sont pas qui ils prétendent être, qu'ils le veuillent (Lon Chaney) ou non (John Gilbert).

 

[Petit détail : un intertitre prémonitoire « vous avez été engagées pour être des monstres... pas des vampires » ("You're hired as freaks... not vampires")]

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Horreur, #Tod Browning, #Lionel Barrymore
La Marque du vampire (Mark of the Vampire - Tod Browning, 1935)

Quelque part en Europe centrale...

Sir Karell (Holmes Herbert) est mort. Assassiné. Comment ? Mystère...

On l'a retrouvé exsangue, avec des marques au cou.

Un an plus tard, c'est sa fille Irena (Elizabeth Allan) qui a été attaquée. Des marques similaires ont été retrouvées à son cou.

Un vampire rôderait...

 

Quatre ans après Dracula, Tod Browning nous propose une histoire similaire. Mais ce n'est plus le personnage de Bram Stoker qui est le centre de l'attention. Plutôt ce qu'on appellerait de nos jours un « copycat ».

Alors on a droit à un magnifique bestiaire : un hibou, des araignées (velues, bien sûr), des cafards (immondes, cela va de soi), et des chauves-souris. Plein de chauves souris. Dès que possible, il y en a une qui vole (la nuit) ou qui pend (le jour). Et puis des toiles d'araignées...

Oui, on se croirait revenu dans le film de 1931. Et pourtant. Seul Béla Lugosi était là dans le film précédent. Entre temps, Tod Browning est passé à la MGM, alors on y retrouve quelques figures qui ont souvent joué les seconds rôles pour la compagnie (Donald Meek, Lionel Atwill). Et le film, s'il traite des vampires est bien éloigné de l'histoire de Bram Stoker.

Le « vampire », c'est - bien entendu - Béla Lugosi. Là encore, très peu de musique (seuls quelques accords à l'orgue), le silence rendant l'atmosphère de terreur plus lourde.

Mora est accompagné de Luna (Carroll Borland),une étrange jeune femme au teint livide. Evidemment, ils vivent dans un château - celui désir Karell qu'ils ont loué. J'oubliais : le comte Mora (c'est le nom du vampire) a une plaie coagulée sur la tempe droite, de la taille d'un trou de révolver...

Mais si Dracula nous racontait les méfaits du comte (sans exactement les montrer), ici, encore une fois, ils sont seulement suggérés, sans être obligatoirement essentiels. Le comte Mora est un élémebnt du décor. Ce qui importe, c'est l'état de santé de la fille de Sir Karell.

Et pour l'aider à lutter contre ce fléau, elle a son van Helsing : le professeur Zelin (l'immense Lionel Barrymore), la véritable vedette du film. Tod Browning le retrouve six ans après West of Zanzibar.

Zelin est la caution scientifique de cette histoire. Il explique plus clairement la mythologie créée autour des vampires, élément qui manquait dans Dracula.

Mais ce qui manquait aussi dans Dracula, c'était l'humour. Ici, les seconds rôles ont des attitudes et des paroles qui ne manquent pas de saveur. Surtout Donald Meek, médecin - donc scientifique à l'esprit obligatoirement rationnel - qui a tout du pleutre, sous des apparences de sceptique.

Ici aussi, les visages sont importants. Mais le temps du muet est définitivement fini. Et si les expressions faciales ont un rôle à jouer, elles n'ont pas la force de l'opus précédent.
Et puis, de toute façon, la vérité est ailleurs.

Elle n'intervient que dans les dix dernières minutes. Ce sera aussi l'occasion d'entendre - enfin - la voix de Béla Lugosi à l'accent hongrois prononcé.

 

Donc, si vous voulez savoir cette vérité, vous savez ce qu'il vous reste à faire...

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Horreur, #Tod Browning, #Karl Freund
Dracula (Tod Browning, 1931)

Dans un château construit à même la montagne...

Une crypte immense.

Un cercueil sur le sol.

Le couvercle se soulève : une main en sort...

 

Du plan général au détail : comment créer une ambiance...

Et pour créer cette ambiance, l'un des maîtres de la caméra (un Allemand, cela va de soi...) : l'immense Karl Freund.

Sorti quelques mois avant Frankenstein, c'est - avec ce dernier - le film emblématique des studios Universal, celui qui donne la couleur horreur-fantastique qui va se développer dans ces années. C'est aussi un film qui va révéler celui qui jouait au théâtre le rôle éponyme: Béla Lugosi. Suivront vingt-cinq années de cinéma d'horreur pour ce dernier, ponctuées tout de même de rôles un peu différents (Mr Wong en 1934, Ninotchka en 1939...)

Mais Dracula, c'est avant tout un film d'atmosphère. Et la présence de Karl Freund, formidable opérateur du cinéma allemand (Le Golem, Le dernier des Hommes, Metropolis, Tartuffe...) y est pour beaucoup : l'utilisation de l'ombre et de la lumière, les éclairages particuliers (le visage de Dracula, surtout) rappellent les origines de Freund. Browning, pour sa part, continue d'explorer l'anormalité des humains. Et l'association des deux nous offre un film de belle facture. Inférieur, certes, au Nosferatu de Murnau, mais tout de même d'une grande qualité. La véritable raison de (sur)vivre de Dracula est de mordre ses victimes pour leur sucer le sang. Or jamais on ne voit d'attaque sur ses victimes, ni de canines proéminentes. A chaque fois, la séquence se terrible avant l'attaque. Cette attaque devenant suggestion, l'effet n'en est que plus fort : l'imagination (qui fait le reste) est le seul vrai moteur de la peur !

Il s'agit de la première adaptation autorisée par la famille Stoker (rappelez-vous, Murnau a travaillé dans l'illégalité !), mais le film s'appuie surtout sur la pièce de théâtre tirée du roman. Et, n'en déplaise aux ayant-droits de Bram Stoker, il est évident que Browning a vu (et aimé) la version précédente : on retrouve çà et là des éléments déjà vus...

Quoi qu'il en soit, ce film fut un immense succès (mérité).

On sent, en plus de la présence de Freund et Browning, l'influence du cinéma muet, surtout dans le rôle de Dracula : c'est un homme de peu de mots, où les attitudes et les gestes suffisent. Il est d'ailleurs bien dommage que Lon Chaney soit mort peu de temps avant le tournage : il devait jouer Dracula. On imagine facilement ce qu'il aurait fait de ce personnage noir aux manières irréprochables, jouant de son visage avec son brio habituel Non que Lugosi soit mauvais. Mais il n'atteint pas le degré de virtuosité du grand Lon. Mais Lugosi a un atout que ne pouvait pas avoir Chaney : son élocution. En effet, il était né là où se passe le début du film (Transylvanie). Son accent hongrois est donc on ne peut plus authentique !

Avec Lugosi, un autre acteur donne une magnifique prestation : Dwight Frye. Il est un Renfield inoubliable. D'une folie incroyable. Son regard, son élocution en font un personnage fascinant, mais inquiétant... Pas étonnant qu'il ait été choisi pour jouer Fritz dans Frankenstein.

Par contre, David Manners nous gratifie d'un Harker assez insipide...

 

Et après ?

Après, Freund retrouvera Béla Lugosi dans Double Assassinat dans la rue Morgue avant de signer son premier film : La Momie.

Quant à Browning, après être allé au-delà de la nature humaine avec cette histoire surnaturelle, il va se lancer dans son chef-d'œuvre (incompris, mal aimé...) avec une intrigue vraiment naturelle, où les « monstres » le sont réellement : Freaks.

 

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