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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

victor sjostrom

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Victor Sjöström, #Lillian Gish
La Lettre écarlate (The scarlett Letter - Victor Sjöström, 1926)

Cette « lettre écarlate », c’est un A. Celui de l’adultère. Et c’est Hester Prynne (Lillian Gish) qui le porte, en souvenir de sa faute.

Mais reprenons.

Boston, 1645.

La colonie anglaise se développe progressivement, appliquant à la lettre le règlement puritain, pour le bien de ses habitants. Enfin surtout pour leur bien spirituel. Parce que question physique, c’est autre chose : chaque élément de la vie quotidienne peut devenir un affront à Dieu, comme de laisser chanter un canari le jour du Seigneur.

C’est ce qu’a fait Hester, jeune « puritaine » un tantinet naïve et insouciante. Dénoncée, elle finira au pilori assis (voir photo), avant d’être libérée par le jeune pasteur, Arthur Dimmesdale (Lars Hanson), par ailleurs très apprécié de ses coreligionnaires.

Très vite, la jeune femme obsède le jeune homme, jusqu’à l’irréparable qui lui vaut de porter la lettre susdite, devenant alors la cible de l’opprobre public.

En effet, Hester a déjà été mariée (contre son gré) à Roger Prynne (Henry B. Walthall), qui a disparu.

Mais n’est pas mort…

 

Premier des deux films qu’il a tournés avec le duo Gish-Hanson, cette Lettre écarlate est un film extraordinaire. De par sa qualité technique tout d’abord, mais aussi dans la direction des différents interprètes, confirmant le bon choix de la MGM qui fit venir ce réalisateur (1).

Ce film possède un équilibre formidable à tout point de vue, que ce soit dans l’intrigue, le rythme, ou le ton, on ne se lasse pas de le voir (et le voir, et le voir…). De plus, le duo vedette est magnifiquement apparié, donnant à cette même intrigue une force incontestable. Lillian Gish et Lars Hanson confirment une fois de plus leur immense talent, et surtout, Sjöström (2), par l’intermédiaire d’Hendrik Sartov, filme la belle Lilian admirablement.

Il faut dire que Sartov connaît l’actrice depuis un moment et n’en est pas à sa première production avec elle. Ni avec un second rôle notable ici, Karl Dane. Ce grand acteur (pas seulement pour sa taille) interprète ici le personnage comique de cette intrigue qui ne l’est absolument pas, Giles.

 

Certes, Giles n’apporte pas grand-chose à l’intrigue, même s’il intervient à de nombreuses reprises, mais il permet quelques pauses qui permettent au spectateur de souffler dans une histoire bien noire. Mais qu’il le veuille ou non, Giles est l’instrument – involontaire – du destin : c’est lui qui va mettre en présence les deux « maris » d’Hester.

Mais il est aussi un autre instrument : celui de la Justice, en quelque sorte, puisque c’est lui qui va châtier la seule personne qui ait de véritables penchants mauvais, Mistress Hibbins (Marcelle Corday).

 

En effet, cette femme est la cause de toute cette tragédie : c’Estelle qui commet la faute originelle : elle dénonce – malgré les protestations du même Giles – Hester au pasteur (et donc au Conseil), les faisant se rencontrer et –malheureusement pour eux – s’aimer.

Parce que ce film est avant tout une histoire d’amour impossible – surtout en 1645 ! – entre deux personnes pourtant faites l’un pour l’autre mais que seule la mort peut réunir. Et en plus, ce n’est pas le cas ici !

 

Donc, pas de happy end cette fois-ci. Qu’importe, les images et surtout Lillian Gish suffisent. Encore une fois, elle irradie l’écran, apparaissant dans un rôle un brin différent. En effet, Hester n’est pas une héroïne issue du monde de Griffith : c’est avant tout une femme, et certainement pas innocente. Mais la grande différence, c’est le fait qu’elle soit une femme et plus une jeune fille. Et sa part d’insouciance, qui pouvait nous faire croire qu’elle avait un rôle habituel, s’efface rapidement au profit de cette femme qui prend ses responsabilités et surtout endosse seule la faute.

Et de toute façon, c’est une tragédie, alors exit Griffith !

 

Au final, c’est un film absolument magnifique et qui, près de 100 ans après, a gardé toute sa force et sa beauté.

Le seul regret que nous pouvons avoir, c’est qu’il ne s’agit pas de la version complète. Il y manque encore un petit peu moins de vingt minutes. Et vingt minutes de Lillian Gish en plus, c’est un trésor inestimable.

Alors je me console en me disant que la première fois que j’ai vu ce film – merci Patrick Brion ! – c’était une version encore plus courte…

 

  1. Malheureusement, les deux films sortis depuis He who gets slapped (1924) sont perdus, nous privant de deux occasions d’admirer son travail…
  2. Que les Américains appelaient alors Seastrom.

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Fantastique, #Drame, #Victor Sjöström
La Charrette fantôme (Körkarlen - Victor Sjöström, 1921)

Saint Sylvestre, 19…

Sœur Edit (Astrid Holm) est sur son lit de mort. Entourée de sa mère (Concordia Selander) et de sa consœur Maria (Lisa Lundholm).

Avant de mourir, elle veut voir une dernière fois David Holm (Victor Sjöström), un vagabond qui a quitté femme et enfants pour entrer en boisson.

Un an plus tôt, déjà à la veille du jour de l’an, Holm avait franchi le premier la mission qui venait d’ouvrir et avait été recueilli par Edit qui avait prié pour sa situation évolue.

Un an après, donc, pas dévolution. Pire, même.

 

On peut lire (un peu) partout qu’avec ce film, Victor Sjöström est entré par la grande porte dans l’univers restreint des maîtres du cinéma. Et je dois avouer que c’est tout à fait légitime tant cette Charrette fantôme est magnifique.

C’st un véritable festival de cinéma – et nous ne sommes qu’en 1921 – tant du point de vue des images que de l’intrigue, sans oublier le jeu – subtil – des différent·e·s actrices et acteurs, dont le réalisateur lui-même dans le rôle principal masculin.

En effet, Sjöström réussit à fusionner deux éléments qui ne font pas toujours bon ménage : un film édifiant et fantastique (comme le genre).

 

Cette charrette fantôme dont il est question est celle qui vient chercher les morts une fois leur dernier souffle expiré. Elle est conduite par le dernier mort de l’année précédente. Ici, en l’occurrence, c’est Georges (Torre Svennberg), un ami de Holm qui l’a – malheureusement – amené sur la pente fatale alcoolique qui le fit déserter le monde social des hommes et l’a amené toujours plus bas dans sa condition : non seulement il a quitté femme et enfants, mais son frère sous l’emprise de ce même alcool qu’il lui avait fait adopter comme maître, a tué un autre homme et doit payer longtemps en prison.

Bref, Holm est un sale personnage, une espèce de salaud comme on en croise régulièrement dans ce genre de films.

 

Mais c’est bien sûr le côté fantastique qui donne toute sa mesure au film, avec une utilisation superbe des surimpressions : cette charrette apparaît quand quelqu’un meurt, et son cocher emporte avec lui chaque nouvelle victime qu’il croise sur son chemin.

Il y a dans ce personnage mortifère une réminiscence de l’Ankou breton, ce valet de la mort qui passe avec sa charrette pour récupérer les trépassés. Mais alors que la faux du Suédois est identique à celles du paysan, celle de l’Ankou a une lame saillante : l’Ankou ne fauche pas les âmes vers lui, il les pousse de sa lame (1).

 

Et tout le film repose sur une série de surimpressions censées représenter les trépassés – David Holm et Georges, le conducteur du moment – au milieu d’une intrigue des plus complexes.

En effet, Alors que tout commence par l’agonie de sœur Edit, on apprend progressivement comment elle a contracté la maladie qui est en train de la tuer, qui en est le responsable – David, bien sûr – comment ils se sont rencontrés et surtout comment David en est arrivé là. Avec ensuite ce qu’il s’est passé entre la date de la rencontre entre David et Edit, jusqu’à l’issue inévitablement tragique de cette veille de nouvel an.

Et il y a dans cette dimension fantastique une sobriété là aussi superbe, maîtrisée, qui évite de tomber dans la facilité du sensationnalisme. Sjöström maîtrise de bout en bout son sujet, d’autant plus qu’il interprète David et obtient donc facilement l’effet recherché de ce personnage.

A ses côtés, ce sont des interprètes eux aussi dans la nuance, sobre dans leur jeu et leurs actions qui donne une dimension quai spirituelle au film.

 

De plus, la photographie de Julius Jaenzon est de toute beauté, bénéficiant d’une teinte pour chaque lieu différent, et surtout jouant avec beaucoup de bonheur et de brio avec l’éclairage, qu’il soit celui du plateau où parmi les accessoires : la famille debout devant David allongé, terrassé par l’ivresse, est d’une très grande qualité esthétique.

Bref, un film repère dans la carrière de Sjöström.

 

Curieusement, ce film ne connut pas le succès attendu aux Etats-Unis. Cela n’empêcha pas Louis B. Mayer de faire venir Sjöström à Hollywood où il réalisera quelques chefs-d’œuvre, mais  malheureusement quelques-uns ont disparu.

 

(1) Ici, la faux est plus un élément décoratif qu’autre chose puisque son possesseur ne l’utilise jamais. Une simple réminiscence de la représentation universelle de la mort avec cet instrument.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Victor Sjöström, #Lon Chaney, #Muet, #Drame

D’un côté les bons : Consuelo (Norma Shearer) et Bazeno (John Gilbert). De l’autre les méchants : Le baron Regnard (Marc McDermott) et le comte Mancini (Tully Marshall).

Au milieu : Paul Beaumont (Lon Chaney) – celui qui se fait gifler (d’où le titre original).

Paul Beaumont est un anthropologue de génie. Il vient de mettre au point sa théorie de l’espèce. Mais il est doublé par son mécène, le baron Regnard, qui en plus de lui piquer sa découverte, lui prend dans la foulée sa femme, le laissant ridicule et ridiculisé aux yeux du monde scientifique (giflé en public).

Alors, comme il a fait rire les savants en étant giflé, il trouve sa nouvelle voie : il fera rire en prenant des claques.

Rapidement, il devient la coqueluche du cirque parisien. Les gens se déplacent en masse pour le voir déguster.

Dans ce cirque, il y a aussi le beau Bezano. C’est un cavalier accompli et un redresseur de torts à l’occasion. Mais quand Consuelo, fille du comte Mancini, se propose pour l’accompagner dans son numéro, il ne tergiverse pas. Que ne ferait-on pour les (très) beaux yeux de Norma Shearer ? [Ce qui prouve qu’il arrivait à Irving Thalberg d’avoir du goût…]

Mais les hommes étant ce qu’ils sont, le comte Mancini un aristocrate désargenté, le baron Regnard plein aux as, et Consuelo un cœur à prendre (semble-t-il…), les deux méchants s’arrangent… Mais « Celui qui se fait gifler » veille…

Victor Sjöström, recruté par Mayer suite au succès de ses films suédois, signe ici un film tout en nuance, comme il sait le faire. Il a à sa disposition un trio vedette – même si Norma Shearer n’est encore qu’une actrice de seconde zone. Elle a un potentiel et le montre. Et surtout, elle a de très beaux yeux. Mais si John Gilbert est un jeune premier comme il faut, c’est, bien entendu (encore), Lon Chaney qui porte le film. Pas de déformation, pas de rôle de grand méchant. Non. Un rôle de personnage humilié qui cherche la rédemption : d’une certaine façon, ce personnage annonce Letty dans Le Vent.

Mais Lon Chaney, s’il n’a pas à se déformer ou s’affubler d’un maquillage qui enlaidit, possède ce jeu de regards qui font tout son talent. Il est difficile à un partenaire, aussi talentueux soit-il, de s’imposer devant un tel monstre. C’est pourquoi les deux autres protagonistes qui tirent leur épingle du jeu sont les deux affreux : Regnard, un magnifique salaud sans scrupule, et Mancini, un fourbe vénal. Devant eux, Chaney déroule.

Mais ce qu’on retient surtout de ce film, ce sont les quelques moments d’intimité. Si le cirque ne vit que pour et par le public, les artistes ont besoin de calme et de solitude. Il faut voir Lon Chaney ramasser son cœur en tissus rembourré, au milieu de la piste, son visage restant éclairé dans l’obscurité pour apprécier pleinement ces moments intimistes. Le raccommodage du costume par Consuelo amène aussi un grand moment d’émotion pour le clown… Et puis l’insouciance des amoureux, échafaudant leur bonheur pendant que les deux crapules scellent le destin de la jeune fille, dans un montage parallèle mémorable…

Et puis il y a les surimpressions que n’aurait pas renié Fritz Lang…

Un très beau film, où deux maîtres se rencontrent : Sjöström, le Cinéaste, et Chaney, l’Acteur.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Victor Sjöström, #Lillian Gish, #Muet, #Drame

Huit ans après A travers l’Orage, Lillian Gish est à nouveau la proie des éléments.

Mais cette fois-ci, c’est du sur mesure : elle a choisi le scénario, le metteur en scène et son partenaire.

Comme dans la Lettre écarlate sorti deux ans auparavant, Victor Sjöström est aux commandes, et Lars Hanson son partenaire. Pour jouer le méchant, on a fait appel à Montagu Love, un habitué du genre.

Letty (Lillian Gish) débarque au Pays des Vents, chez son cousin. Celui-ci est marié, a trois enfants et une femme très jalouse. Comme Letty prend de plus en plus de place dans cette famille, elle la force à s’installer ailleurs.

Ca tombe bien, elle a rencontré un homme charmant dans le train : Whit Roddy (Montagu Love).

Sauf que ce monsieur est tellement charmant qu’il a déjà une femme. Alors en avoir une deuxième ne l’emballe guère. Il veut bien – à la rigueur – une maîtresse, mais on est au début du vingtième siècle, tout de même !

Alors elle se rabat sur les indigènes : Lige (Lars Hanson), un paysan du crû, amoureux d’elle (qui ne le serait pas ?).

Mais le mariage est bâti sur du sable (celui que le vent fait voler), alors, évidemment, il n’y a pas de quoi être heureux.

Surtout que Roddy revient…

Lillian Gish a trente-cinq ans quand sort le film. Mais qu’importe, c’est toujours une (très) jeune première. Elle est absolument éblouissante dans ce film fait pour elle. Elle expose son talent dans les grandes largeurs. Jamais elle n’a été aussi fabuleuse. Et je ne dis pas ça parce que je suis amoureux d’elle !

Et c’est le vent qui lui offre l’un de ses plus beaux rôles, sinon le plus beau. Parce que son véritable partenaire n’est pas Lars Hanson. C’est ce vent omniprésent et lancinant qui partage la vedette.

Sans cesse, Sjöström y fait référence et insère des plans de coupe où il se déchaîne. L’allégorie indienne du cheval sauvage est finement trouvée. Il y a dans ce vent une fougue et une force irrésistible. On en arrive presque à l'entendre. [Ne pas oublier de couper la bande-son, elle n'apporte rien]

Et comme le dit Lige au tout début : il rend fou, surtout les femmes.

Parce que nous sommes à une époque où les femmes sont avant tout des ménagères. Alors Letty reste chez elle, à voir et entendre le vent souffler. Même toutes portes closes, le vent fait bouger les objets en équilibre. Alors quand le vent du nord – le plus terrible – se lève, la folie qui guettait Letty, s’empare d’elle. Le visage de Lillian Gish devenant terrifiant de justesse dans cet état anormal. Avec en plus les mouvements de caméras accentuant le dérangement de son esprit.

Et comme si ça ne suffisait pas, c’est à ce moment que Roddy revient la harceler.

Mais – et c’est là que Sjöström est véritablement un maître – la confrontation entre ces deux êtres que tout oppose n’est pas formellement avérée : en effet, en proie à ce vent affolant, Letty a-t-elle vraiment vécu cette confrontation ? S’est-il réellement passé quelque chose entre Roddy et elle ? Aurait-elle pu imaginer tout ça ?

Sjöström choisit de ne pas répondre directement. C’est Lige qui a la bonne réponse : le vent enfouit tout.

Nous avons vu ce qui a pu se passer. A nous de nous faire notre opinion.

La mienne est faite…

A vous de faire la vôtre.

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