Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Edwin S. Porter, #Mary Pickford
Tess au Pays des tempêtes (Tess of the storm Country - Edwin S. Porter, 1914)

Tessibel « Tess » Skinner (Mary Pickford) vit dans un village de pauvres pêcheurs, dominés par la propriété d’un notable : Elias Graves (William Walters). Ce dernier porte même le titre de diacre, mais le seul élément religieux de sa vie, ce sont les études de son fils Frederick (Harold Lockwood) appelé à lui succéder.

N’ayant pas pu expulser les pêcheurs, il fait passer une loi pour leur interdire de pêcher au filet. Les pêcheurs, n’ayant que ce moyen de subsister, braconnent. Ils sont surpris par les représentants de l’ordre et l’un d’entre eux est tué. Comme il s’agit du fusil de Daddy Skinner (David Hartford) – le père de Tess –, ce dernier est arrêté, jugé et condamné à mort.

 

L »’intrigue de ce film est plus complexe que ne l’annonce les lignes précédentes. En effet, à cette histoire de base, s’ajoute deux histoires d’amour concernant les enfants de l’infâme Elias Graves. Frederick aime Tess, et Teola (Olive Carey), la fille, aime Dan (Jack Henry), un camarade d’étude de Frederick.

Avec en prime, une histoire de fille-mère (Teola), que Tess va couvrir en déclarant que cet enfant est le sien.

Mais, d’une certaine façon, rassurez-vous, nous assisterons à une fin plutôt heureuse.

 

Il s’agit de la première adaptation du roman de Grace Miller White (1868-1965) – il y en aura quatre – et c’est le vétéran (du cinéma) Edwin S. Porter qui nous la propose. Il s’agit en outre de l’un de ses derniers films, puisqu’il arrêtera de tourner l’année suivante.

Porter a fait son chemin depuis Le Vol du grand rapide, mais sa manière de tourner est toujours la même. Alors que le cinéma est en pleine évolution – Cabiria en Italie et bientôt Naissance d’une Nation aux Etats-Unis, entre autres – Porter filme toujours de la même façon : ce ne sont que des plans d’ensemble, permettant de voir les différents protagonistes en entier. Si cette façon n’empiète pas sur l’intrigue, elle a tout de même tendance à la rendre moins intéressante. Ce n’est qu’un enchaînement de plans, entrecoupés d’intertitres qui ont tendance à annoncer ce qui va suivre, ou parfois même accentuer (je n’ai pas dit alourdir…) ce que nous venons de voir et qui nous semblait évident.

 

Mais malgré tout, il y a Mary Pickford ! C’est le quatrième et dernier film qu’elle tourne avec le vieux maître, et la première des deux adaptations du roman de Grace Miller White (la seconde sortira en 1922). Tess, son personnage, est une jeune fille volontaire très liée à son père, malgré la pauvreté de leur condition. De plus, elle est pleine de ressources et ne se laisse pas faire par l’infâme Graves qu’elle affronte à plusieurs reprises.

Mais ce qui ressort surtout du personnage de Tess, c’est une humanité débordante et de l’amour : pour son père, d’abord, puis pour Frederick. Et enfin, pour Teola, puisqu’elle n’hésite pas à prendre sur elle la faute qui la déshonore : elle met au monde un enfant sans être marié.

Car nous sommes en 1914, et même si Hollywood a rapidement traîné une réputation sulfureuse (qui amena le code Hays), le fait que Teola soit mère en dehors des liens du mariage est scandaleux.

 

Mais ce scandale grandit d’autant plus Tess qu’elle accepte tout pour cet enfant qui n’est pas sien, allant jusqu’à voler chez Graves pour que le bébé ne meure pas de faim. Et sa supplique pour que ce même bébé soit baptisé pour lui éviter les tourments de l’Enfer (nous sommes en 1914, je vous rappelle), est l’un des plus beaux moments du film, l’humanité de Tess étant contrebalancée par l’aveuglement de haine de Graves qui refuse ce baptême à l’enfant, parce que c’est celui d’une moins que rien.

Et le jeu de William Walters est dans le même registre que celui de Mary Pickford, donnant alors le ton juste de cette histoire*.

Mais la façon de filmer de Porter, un tantinet « à l’ancienne » limite l’intensité dramatique nécessaire pour cette histoire : il aurait fallu des plans plus rapprochés voire gros afin de véritablement accentuer la dimension tragique du film.

Mais John Robertson va bientôt reprendre cette histoire…

 

 

* Un autre « méchant » du film, celui qui tue le garde-chasse, s’il est méprisable, n’a pas la dimension de Graves.

 

Commenter cet article

Articles récents

Hébergé par Overblog