Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #John S. Robertson, #Mary Pickford
Tess au Pays des haines (Tess of the storm Country - John S. Robertson, 1922)

Tessibel « Tess » Skinner (Mary Pickford) vit toujours dans un village de pauvres pêcheurs, dominés par la propriété de l’infâme Elias Graves (David Torrence). Elle tombe encore amoureuse de son fils Frederick (Lloyd Hughes).

Encore une fois, un garde chasse est tué par le répugnant Ben Letts (Jean Hersholt). Comme il s’agit toujours du fusil de Daddy Skinner (Forrest Robinson) – le père de Tess –, ce dernier est arrêté et écroué.

 

L »’intrigue n’a pas beaucoup changé, ce qui me semble normal, avec tout de même quelques variantes dans les situations et les répliques qui ne sont pas toujours prononcées par les mêmes personnages.

L’intérêt est ailleurs (comme la vérité), et surtout cette adaptation donne un sacré coup de jeune à l’histoire !

C’est John Robertson qui a pris les choses en main, mais c’est Mary Pickford (productrice et surtout star consacrée) qui mène la danse. D’ailleurs nous sommes prévenus au tout début : elle voulait refaire cette histoire avec une technologie plus moderne. Et pour le coup, c’est réussi.

En effet, avec ce film, la version de Porter prend un méchant coup de vieux, reléguée au rang des films pour « nickelodeons ».

 

Il faut dire que la variété des prises de vue et le choix des acteurs y est pour beaucoup.

Si David Torrence (le frère d’Ernest Steamboat Bill Torrence) joue  - très juste – dans le même ton que William Walters, Jean Hersholt, qui reprend le rôle du vrai méchant est autrement plus réussi*. Parce que Graves est « seulement » aveuglé par son orgueil, alors que Betts est un véritable affreux.

D’ailleurs son repentir – tardif, certes, mais sincère – plus d’humanité que dans le courrier qu’il envoyait dans la version précédente.

 

Parce que cette nouvelle version de Tess est avant tout humaine.

Et on sent que Mary Pickford s’est beaucoup amusée à le tourner. Comme elle le dit dans l’annonce, Tess est un de ses rôles préférés. Et Robertson bâtit son film autour d’elle : il y a peu de séquences où elle n’apparaît pas.

De plus, le montage est dynamique et les prises de vues variées, donnant magnifiquement vie

A cette histoire. Alors que les prises de vues du film de Porter** ne variaient (presque) pas de tout le film, ici, on a finalement que très peu de plans d’ensemble, les plans américains et rapprochés étant privilégiés pour permettre au spectateur de vivre ce qu’il voit.

 

C’est aussi une façon pour Mary Pickford de nous montrer dans les grandes largeurs l’étendue de son talent. Elle amuse, fait rire, émeut… Toutes les émotions qu’elle veut transmettre passent, sublimées par la caméra de Charles Rosher, qui l’a très souvent filmée depuis La petite Princesse.

Et si la scène du baptême était émouvante avec Porter, ici elle en devient sublime. Tess devient une Madone à l’enfant, voire une Mater Dolorosa. C’est une constante dans ce rôle de mère forcée, elle atteint une dignité indéfectible tout au long de la dernière partie du film.

[Sans oublier que le bébé ici est un véritable bébé et que sa mort n’en devient que plus tragique.]

 

Un grand moment dans la carrière de l’immense (et première !) « America’s Sweetheart ».

 

 

* Il a cette malfaisance qui se lit sur son visage qu’on retrouvera chez Marcus Schouler dans Les Rapaces.

 

** Porter arrêta de tourner en 1915, l’année de sortie de Naissance d’une Nation. Ce film – si l’on met de côté son aspect résolument raciste (ce n’est pas notre propos ici) – a révolutionné la façon de filmer aux Etats-Unis (disons plutôt qu’il a fixé cette nouvelle tendance à filmer au plus près d’une intrigue) : Porter et sa méthode immuable de plans d’ensemble fixes n’ont pas résisté à cette « nouvelle vague ».

 

 

 

 

Commenter cet article

Articles récents

Hébergé par Overblog