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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Wallace Worsley, #Lon Chaney
La Carte fatale (The Ace of hearts - Wallace Worsley, 1921)

Washington DC.

Une confrérie de personnes bien intentionnées se réunit régulièrement dans un bâtiment de la ville. Ce sont des hommes qui poursuivent un bel idéal : débarrasser le monde des puissants malintentionnés et dangereux.

Parmi ces hommes, une femme : Lilith (Leatrice Joy).

Les deux hommes qui ont pu surveiller la cible, Farallone (Lon Chaney) et Forrest (John Bowers), sont aussi amoureux de la belle Lilith. Mais son cœur ne bat que pour la Cause.

Lors de la désignation de l’exécuteur des hautes œuvres, c’est Forrest qui est tiré au sort par les cartes : il tire l’As de cœur (d’où le titre).

Lilith n’a alors plus d’yeux que pour Forrest, acceptant de l’épouser pour mieux l’accompagner dans sa lourde tâche.

C’est un double coup de poignard pour Farallone.

 

Lon Chaney, dans un rôle normal, dans toute sa splendeur. Pas de transformation, juste son visage, à peine altéré par une coupe de cheveux un tantinet longue. Il faut dire qu’il est un artiste qui peint le portrait de la Cible, et peut donc l’étudier à loisir.

En concurrence (dans l’intrigue), Forrest est serveur dans un restaurant où se rend tous les jours, à la même heure et la même table, cette même Cible.

Bref, ce sont les plus qualifiés pour l’exécution.

Et tout irait bien s’il n’y avait une rivalité amoureuse, qui en principe ne devrait pas exister : Lilith ne connaissant pas l’amour, s’étant vouée totalement à la cause.

 

Mais le sort ayant désigné Forrest, qui en outre est le plus beau, une rancœur se développe rapidement chez Farallone, amenant ce dernier, sous les traits du grand Lon, à souffrir le martyre. On retrouve donc ici ce visage torturé par la tristesse, voire le désespoir, comme on le trouve dans d’autres films du maître. L’absence de maquillage ou de crochets qu’il utilisera dans d’autres rôles, l’oblige à utiliser ce que la nature lui a donné : une fantastique expression faciale qui passe indifféremment de la rage au désespoir (pas de vieillesse ennemie, ici, allons !) ou inversement, donnant à chaque fois un effet amplifié de ces tristes sentiments (1).

 

Aux côté de Chaney, le couple Joy-Bowers a fort à faire pour jouer dans le même registre. Mais l’intervention du destin les emmène de l’autre côté, vers l’Amour. Bowers campe un personnage qui passe de la fermeté – voire de la fierté d’avoir été choisi – à l’indulgence : il a été frappé par l’amour et ne voit plus le monde de la même façon, et son regard s’humanise autant qu’il fut ferme. Quant à Leatrice Joy, sa transformation morale – elle aime – ne nous la montre pas changée : du début à la fin, elle affiche un visage illuminé. Il faut dire qu’elle passe d’un extrême à l’autre.

Au début, elle est une militante pure de la Cause, ne vivant que pour et par Elle. En découvrant l’Amour, elle ne fait que changer de camp : elle est dorénavant une militante acharnée de l’Amour, découvrant le bonheur qu’il peut procurer. Dès lors, elle comprend la faiblesse de son amant et réussit même à retourner Farallone, ce qui n’était pas gagné d’avance.

 

Wallace Worsley prend son temps pour élaborer cette intrigue où domine le Mal. Mais  au bout du compte, il nous propose une histoire pleine de suspense où chaque élément isolé prend son importance : une bague, un portefeuille, et bien sûr l’As de cœur…

De plus, on assiste à des cadrages originaux qui nous font voir la scène de différentes façon : la désignation des exécuteurs est à chaque fois montrée de différents points de vue dont une vision de dessus qui accentue la tension autour de la carte décisive.

Sans oublier l’indispensable montage parallèle pour amener un regain de suspense.

Du bel ouvrage.

 

Et bien entendu, au final, nous entrons dans le domaine de la Rédemption.

L’Amour sauve tout le monde. Enfin, ceux qui veulent bien l’être. En s’adonnant à corps perdu dans l’Amour, Lilith (2) sauve Forrest et se sauve elle-même, entraînant dans son ascension (nulle Chute ici, pour ces deux personnages) Farallone qui, s’il ne trouvera pas l’Amour, sera tout de même « Sauvé ».

 

Comment ? Je vous laisse deviner.

 

 

(1) Avoir des parents sourds-muets est une épreuve difficile dans la vie. Mais ça peut aussi devenir un atout quand on est acteur au cinéma avant 1928…

 

(2) Prénom qui semblait aller comme un gant à cette femme membre d’une société secrète malveillante : Lilith, dans la tradition juive, est un démon féminin (inspirée de la mythologie mésopotamienne) qui aurait été la première (et mauvaise) femme d’Adam.

 

 

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