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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Michel Hazanavicius, #Muet, #Comédie dramatique

Les Américains parlent de silent films (films silencieux) alors que nous disons tout simplement films muets. Alors The Artist n’est pas un film américain. D’ailleurs, c’est un film français.

Car ce film n’est pas silencieux. Il est muet. On n’entend pas les personnages parler. Mais le son a son importance. La musique, les objets, le chien… Et les claquettes.

Même si ce film est français, nous assistons à la grande mutation qu’a connu le cinéma américain entre 1927 et 1929 : l’avènement et la pérennité du parlant.

Alors il y a du drame. Mais ce n’est pas celui d’une star qui n’a pas de voix. C’est celui d’une star qui ne veut pas avoir de voix.

Cette star, c’est George Valentin (Jean Dujardin, formidable). C’est un croisement de ce que faisait le cinéma muet : il possède l’allure de Max Linder, la silhouette de Fantômas, il bondit et brette comme Douglas Fairbanks, dont il a la fine moustache, et d’ailleurs, nous pouvons même apercevoir un extrait de The Mark of Zorro (Fred Niblo, 1920), parmi les films qu’il aurait tournés.

C’est aussi à John Gilbert que nous pensons, en regardant la déchéance du héros. Mais Gilbert n’a pas eu la chance de Valentin, même si lui aussi pouvait compter sur une star pour l’aider (Greta Garbo, excusez du peu).

George ne veut pas parler. Même chez lui, il refuse de s’expliquer avec sa femme (Penelope Ann Miller). Quand il rêve, tout fait du bruit : le verre qu’il pose, les objets sur le cabinet de toilette, le téléphone, le chien qui aboie, les filles qui passent, même la plume qui tombe. Et lui qui veut crier : rien ne sort !

Alors on suit la déchéance de George – un vieil acteur du muet – ainsi que l’ascension irrésistible de Peppy Miller (Bérénice Béjo, superbe), jeune actrice prometteuse au grain de beauté (beauty spot) qui la rend « différente ».

La scène qui rend le mieux cette déchéance est celle qui suit le visionnage du bout d’essai parlant. George en sort hilare, convaincu du caractère passager de cette technique, au grand dam du directeur (John Goodman, toujours impeccable). Il descend l’escalier, résolu à tourner un nouveau film muet, alors que Peppy monte, ayant signé pour la même compagnie de cinéma. Ce sera la star montante, alors que George s’enfoncera. D’ailleurs, dans son film muet, son personnage disparaît dans des sables mouvants.

Cette croisée des destins s’affiche dans les rues : alors que George erre, on joue Lonely Star (star/étoile solitaire) dans un théâtre, et Peppy fera un triomphe avec Beauty Spot. Autre film qui souligne l’action : alors que George, ruiné, oublié, est soutenu (en cachette) par Peppy, il se rend voir son dernier film qui s’intitule (comme par hasard…) Guardian Angel (ange gardien).

La déchéance de George s’intensifie : il a les cheveux qui grisonnent, sa veste est tachée, sa moustache s’est épaissie. Seul son chauffeur (James Cromwell, merveilleux) lui est resté fidèle. Il flâne, rêve devant une tenue de soirée… C’en est trop.

Alors arrive la grande scène dramatique, où George tente de se suicider – permettant à Kim Novak de s’indigner – sur la musique de la scène d’amour de Vertigo. Détournement ? Oui. Et alors ? Cette musique prévue pour un amour tragique n’est pas si déplacée, en fin de compte.

Au final, Michel Hazanavicius ne peut s’empêcher d’insérer quelques voix. Un peu comme l’avait fait Charles Lane dans Sidewalk Stories, laissant la parole aux gens de la rue dans la dernière minute de son film. Et le parti pris de faire un film muet, à l’ancienne, au temps du numérique montre bien que finalement, le cinéma, c’est une belle histoire, des images pertinentes qui la soutiennent et des acteurs expressifs qui croient en ce qu’ils font, sans pour autant faire « des grimaces » et surjouer.

Et des dialogues ? On peut aussi s’en passer. Et puis de toute façon, Michel Audiard est mort.

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