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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #John Madden
Indian Palace (The best exotic Marigold Hotel - John Madden, 2011)

 

« C’est comme la Costa Brava ?

- Oui, les éléphants en plus. »

 

Il y a une vie après la mort.

Je ne parle pas de la mort physique, mais sociale. Quand on ne sert plus à rien.

Ils sont sept. Ils sont arrivés au bout du chemin. Que leur reste-t-il à vivre ?

C’est une annonce sur le net qui les réunit : un hôtel spécial pour les personnes âgées, en plein cœur de Jaipur. Qu’ont-ils à perdre ? Rien. Et à gagner ? Ils ne le savent pas encore.

Alors ils s’envolent et s’installent dans ce qui devrait être leur dernière résidence.

Mais cet hôtel est loin d’être ce que ces résidents attendaient. Mais comme le dit le (jeune) directeur Sonny (Dev Patel) : « A la fin, tout est merveilleux. Et si ce n’est pas merveilleux, c’est que ce n’est pas encore la fin. »

Et non, ce n’est pas la fin, même si l’arrivée se dessine.

 

Il y a dans ce film de John Madden une ode à la vie magnifique. C’est bien connu, c’est quand on sait que la fin approche qu’on veut profiter au maximum de ce qui va s’arrêter. Et ces sept personnes vont le faire, chacun à sa manière. Même si en route, certains s’en iront.

C’est une véritable renaissance qui leur tombe dessus. Et comme toute renaissance, il faut se réadapter. Ils connaissaient la vie, pour l’avoir parcourue longtemps, mais le dépaysement qu’ils s’imposent est salutaire : chacun va se révéler, se transformer, voire se transfigurer (1).

 

Indian Palace est un film qui traite d’un thème assez peu exploité au cinéma : la vieillesse. Alors que la grande majorité des films nous présentent des personnes jeunes ou dans la force de l’âge pour les plus anciens, ici, il n’y a aucun artifice pour que les interprètes fassent plus jeunes que leur véritable âge : quand le film sort, Judi Dench (Evelyn Greenslade) et Maggie Smith (Muriel Donnelly) ont déjà 77 ans, Tom Wilkinson (Graham Dashwood) en a 73 (etc.), seule Celia Imrie (Madge Hardcastle) fait figure de jeune femme avec ces 59 ans (seulement !).

 

Et en face de ces vétérans, on trouve un couple très jeune – Dev Patel & Tena Desae – qui va profiter de ces anciens, mais aussi leur apporter. Parce que chacun, dans cette histoire a son rôle à jouer.

A la différence des sœurs Libby et Sara dans les Baleines du mois d’août, personne ne vit dans le passé. S’il est fait mention de leur vie d’avant, ce n’est que très rarement nostalgique.

Parce qu’il n’y a pas de place pour la nostalgie, quand on veut continuer à vivre. Et ceux qui restent nostalgiques sont condamnés à disparaître. Ce  sera le cas de Graham et Jean (Penelope Wilton), chacun à leur façon.

Mais même cette disparition (du film) est différente pour eux deux : alors que Graham s’en va comblé (2), ayant le sentiment qu’il a fait quelque chose de sa vie jusqu’au bout ; mais ce n’est pas le cas de Jean, qui reste sur un échec. Elle quitte cette nouvelle vie et retourne à l’ancienne, la seule qui semble lui convenir. Mais en retournant en Angleterre, elle meurt – pour son mari Douglas (Bill Nighy) comme pour le spectateur – refusant cette nouvelle naissance promise par la brochure (un tantinet trafiquée) de l’hôtel.

 

Alors finalement, ce n’est pas la Costa Brava avec des éléphants. Non, c’est autre chose. Des éléphants, on en aperçoit un quand ils voyagent vers Jaipur. Pour le reste, c’est totalement différent. C’est l’Inde. Un autre pays, une autre vie. La vie.

Et Madden nous offre une Inde magnifique, grouillant de gens et de couleurs, où la vie ne se finit pas. Au contraire, elle recommence, encore plus belle. Ce n’est pas une Inde de carte postale que nous voyons. C’est un lieu où tout est animé et même sublimé. Il suffit de voir comment elle nous est montrée, comment ces déracinés l’appréhendent : un montage de plans rapides où quel que soit l’endroit où on regarde, c’est coloré, c’est rempli de sons et même d’odeurs (évidemment Jean se masque le nez, refusant cette profusion olfactive). C’est la vie. Celle qui existait avant eux et qui continuera bien après, comme le dit à sa façon Sonny, leur guide dans cette aventure, qui est peut-être un doux rêveur, mais qui reste tout de même le seul qui se projette, et qui passe son temps à partager cet avenir qu’il sent merveilleux, mais surtout toujours à portée de main.

Même s’il faut parfois avoir le bras (très) long.

 

 

(1) L’évolution de Muriel (magnifique Maggie Smith) en est le plus bel exemple.

(2) Superbe métaphore cinématographique. Nul besoin de voir pour savoir : alors qu’Evelyn le découvre, nous – spectateurs – savons déjà.

 

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