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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Brian Percival, #Guerre
La Voleuse de livres (The book Thief (Brian Percival, 2013)

1938.

Pour l’Europe – et le monde – c’est l’Anschluss, la Nuit de Cristal et autres joyeusetés. Pour Liesel Meminger (Sophie Nélisse), c’est la mort de son petit frère, et la dernière fois qu’elle voit sa mère.
Elle a traversé une grande partie de l’Allemagne pour aller chez les Hubermann, qui ont l’habitude d’héberger des orphelins.

Si Rosa Hubermann (Emily Watson) est une femme rigide, il n’en va pas de même de son mari Hans (Geoffrey « Barbossa » Rush) qui accueille Liesel avec une déférence teintée d’humour.

Mais si Liesel s’habitue petit à petit à sa nouvelle vie, elle a un handicap sévère qui l’isole un peu : elle ne sait pas lire. Heureusement pour elle, il y a Rudy (Nico Liersch), le sportif tout blond qui n’a qu’un rêve dans la vie : devenir Jesse Owens, l’homme le plus rapide du monde.

Mais être noir en Allemagne en 1938 n’’est pas une bonne idée…

Alors elle va apprendre, avec Hans, et bientôt, non seulement elle lira très bien, mais en plus, elle « empruntera » (comme on dit toujours) les livres afin de découvrir ce monde couché sur du papier. Un monde familier, mais aussi très différent de cette vie au milieu d’une plaie humaine absolue : le nazisme.

Certes, Liesel n’est pas juive, mais ce n’est pas pour autant que la vie est belle, dans ce monde où la guerre se déclare et emmène ceux qu’on aime.

Et puis Max (Ben Schnetzer) débarque, poursuivi par ces démons allemands (les Nazis), à la recherche d’un lieu accueillant, en plein milieu du camp de l’ennemi.

Et les Hubermann l’accueillent, sans hésiter. Et pour Liesel, c’est une autre faveur que lui faut la vie : elle lui a pris son frère mais lui amène un autre, qu’elle va pouvoir veiller (Max est malade) et dont elle va s’occuper.

 

C’est une  magnifique histoire que nous propose Brian Percival en adaptant le roman éponyme de Markus Suzack. C’est pour une fois une vision allemande de la guerre et de ses drames. Liesel n’est pas juive comme on aurait pu le penser, mais elle brave tout de même un interdit : après un autodafé, elle ramasse un livre proscrit : L’Homme invisible de Wells.

Puis ce seront d’autres livres et au final un rapport formidable avec les mots. Des mots qui peuvent amener le malheur comme ceux des nazis, ou le bonheur qui permet à Max de se représenter le ciel extérieur alors qu’il vit caché dans la cave des Hubermann.

 

C’est une très belle histoire d’amour (1) que nous voyons, à différents niveaux :

  • Au niveau personnel : cette jeune fille qui s’ouvre au monde par la lecture ; qui s’ouvre aux autres grâce à Max qui luimême est au-dessus de l’idéologie qui voudrait le récupérer ;
  • Au niveau  familial avec les Hubermann qui sont avant tout des braves gens eux aussi hors de ce système injuste : lentement mais inexorablement ils vont devenir les nouveaux parents de Liesel qui n’a plus personne pour s’occuper d’elle ;
  • Au niveau spirituel avec l’apport riche des mots qui aident à vivre, et qui aident dans ce cas à survivre : la lecture de Liesel pour Max malade est très certainement cela qui l’a maintenu.

 

Et puis il y a les livres et leur force : « ce vice impuni, la lecture » disait Valéry Larbaud. Cette voleuse de livre n’est pas vraiment une voleuse. Elle emprunte, se nourrit et ramène chacun de ses trésors récupérés dans la bibliothèque d’Ilsa Herrmann (Barbara Auer), la femme du potentat nazi du coin.
Alors bien sûr, on peut comprendre les sentiments d’Ilse face à l’autodafé où elle est contrainte d’envoyer un livre à la mort pour éviter l’ire des nazis locaux dont le jeune Franz, membre actif des terribles jeunesses hitlériennes.

 

Mais c’est cette grande histoire d’amour qui nous laisse un sourire final malgré le drame inévitable issu de la guerre. Cette histoire soutenue par le couple Watson-Rush toujours juste et très sensible, dont on se demande à la première rencontre ce qu’ils peuvent bien faire ensemble.

Chacun des deux a sa propre sensibilité qu’il exprime différemment (bien sûr) mais qui démontre surtout un grand amour pour cette fille qui leur tombe du train et va illuminer leur vie, malgré la difficulté de la période.

 

Un très beau film, tout en subtilité et qui résonne malgré tout à notre époque où certains préféreraient une société où ses membres seraient un peu moins savants, et surtout beaucoup plus influençables.

J’ai bien peur qu’on n’en sortira jamais, de ces gens-là.

 

 

(1) Existe-t-il des laides histoires d’amour ? A la limite des amours malheureuses, mais jamais laides.

 

 

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