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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Raoul Walsh, #Gangsters
Les Faubourgs de New York (The Bowery - Raoul Walsh, 1933)

Le Bowery (le titre original), c’est un quartier de New York extrêmement mal famé, surtout au tournant du siècle (le vingtième).

C’est ici que Raoul Walsh a grandi (1), ce qui donne au film un cachet authentique formidable.

Et comme le film sort un peu avant le Code Hays, Walsh n’hésite pas à en rajouter au point de vue de l’authenticité.

 

Dès les premières images, et après un carton explicatif, Walsh nous plonge dans le quartier qu’il vient de qualifier de « vivant ».

Et c’est sûr qu’il l’est : ce sont des saloons, des gueules patibulaires et des professionnelles du pavé qui peuplent ce lieu mythique. On assiste à différentes actions répréhensibles, et on peut même y voir la police embarquer quelques-unes de ces dames de la nuit…

Bref, nous sommes dans un quartier plus que populaire, mais pas obligatoirement dans le bon sens du terme.

 

Chuck Connors (Wallace Beery, toujours aussi truculent) est la vedette du coin : il dirige un saloon où on boit sec, surtout que l’action se passe bien avant la Prohibition (2). Il n’est pas un vrai truand. C’est plus un bon vivant qui propose de l’alcool et des filles légèrement vêtues qui dansent sur une scène, accompagnées par quelques artistes du coin. Les numéros musicaux étant plus un prétexte pour lever leurs jupes.

Mais il y a une autre figure dans ce Bowery : Steve Brodie (George Raft). Il est bien sûr l’ennemi de Connors et veut lui aussi diriger le quartier. Si Connors est un homme massif aux manières peu civilisées, Brodie est un homme mince et distingué, prompt à exploiter chaque situation permettant d’en faire voir à Connors, voire de le ridiculiser (3).

Il n’y a pas de femme dans la vie de Chuck. Seulement Swipes (Jackie Cooper), son fils (ou présenté tel). Est-il vraiment de lui, on ne le sait pas, et de toute façon, ce n’est pas ça le plus important. Il y a une relation qui va au-delà de l’amitié. Il faut voir Swipes embrasser Connors pour comprendre : Connors râle (plus pour la forme) arguant qu’il ne veut pas qu’on le prenne pour sa mère !

La relation entre les deux personnages est faite de tendresse et d’humour, les conseils de Connors quant au maintien sont fort judicieux, mais peu suivis d’effets de sa part. Mais si l’association fonctionne bien, c’est aussi parce que ce n’est pas la première fois qu’ils jouent ensemble : deux ans plus tôt sortait The Champ (King Vidor, 1931), et un troisième suivra l’année d’après, Treasure Island (Victor Fleming, 1934).

 

C’est donc un film d’hommes que nous propose Walsh, près de vingt ans après Regeneration. On retrouve un lieu mal famé et des pratiques qui ne sont pas vraiment en adéquation avec les bonnes mœurs. En effet, le Code Hays va entrer en action l’année suivante et certaines des images que nous pouvons voir ne seront pas reconduites.

On assiste à une bagarre générale qui vaut largement celle de tartes à la crème des Laurel et Hardy, Walsh multipliant les plans rapprochés et même les gros plans pour faire état de la violence : les poings sont vite supplantés par les accessoires disponibles dont des briques qui en assomment plus d’un.

C’est un magnifique chaos (et KO) dont Connors et Brodie ne sont pas en reste.

Cet immense pugilat fait suite à l’annonce d’un incendie : Connors et Brodie dirigent chacun une compagnie de pompiers volontaires, et c’est une fois arrivés sur les lieux que la bataille fait rage pendant que les victimes sont totalement oubliées (4), une fois l’échauffourée terminée, de la maison ne subsiste que les restes calcinés…

 

C’est un film d’hommes certes, mais il y a tout de même une femme : Lucy Calhoun (Fay Wray, toujours aussi belle !). C’est une jeune femme réservée et plutôt faible, aux mains d’un duo qui n’est pas si philanthropique que ça : ces deux affreux recherchent des jeunes femmes pour arpenter les trottoirs à leurs comptes. Heureusement, Connors – qui est malgré tout un personnage positif – écarte les deux maquereaux et la prend sous son aile : elle est embauchée comme bonne à tout faire (en tout bien tout honneur) chez Connors et sera la cause d’une dispute entre Swipes et lui, le garçon ne comprenant pas l’arrivée de cette femme alors que Connors n’a cessé de lui répéter que les femmes sont inutiles.

 

On retrouve aussi dans le film le ton de What Price glory, alternant humour et émotion, avec bien sûr de belles bagarres, même si Connors et Brodie sont ennemis (5) : mais cette fois, ce n’est pas pour une femme qu’ils se battent, c’est pour le contrôle du quartier. Mais on se doute bien malgré tout que cette inimitié ne tient pas à grand-chose. Et d’une certaine manière, la fin rappelle encore une fois le même film (je vous laisse découvrir si ce n’est déjà fait).

 

Bref, c’est du grand Walsh, et un véritable feu d’artifices en ce qui concerne les scènes montrées : une grande débauche (c’est le cas de le dire) de vice et de violence avant la mise en place du Code qui va bannir pendant longtemps de telles scènes.

Peu importe, le mal a été fait : on a (presque) tout vu !

Et on en redemande…

 

 

PS : notez au passage la présence de George Walsh (le frère de) dans le rôle de John L. Sullivan, personnage qui a réellement existé. Il fut le tout premier champion du monde de boxe poids lourds.

 

  1. Walsh étant d’origine irlandaise, on peut douter de ses propos : ses différentes aventures picaresques peuvent prêter à controverse tant son imagination était grande…
  2. Nous avons un marqueur de temps très précieux : Connors s’engage pour aller se battre dans la guerre hispano-américaine de 1898. Mais de toute façon, quand le film sort, la Prohibition est en train de disparaître : le XXIème Amendement l’enterrera définitivement le 5 décembre de cette même année.
  3. Le gag récurrent du cigare explosif est très bien exploité.
  4. On retrouvera ce concept de pompiers volontaires dans le magnifique Gangs of New York. Les pompiers de Connors et Brodie n’étaient certainement pas différents de ceux de Bill « the Butcher » Cutting (Daniel Day-Lewis) : éteindre un incendie é »tait surtout prétexte à piller la maison sinistrée.
  5. Flagg (Victor McLaglen) et Quirt (Edmund Lowe) ne sont pas ennemis mais rivaux pour le cœur de la belle Charmaine (Dolores del Rio).
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