Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Mark Herman, #Guerre
Le Garçon au pyjama rayé (The Boy inthe striped pajamas - Mark Herman, 2008)

Bruno (Asa « Hugo Cabret » Butterfield) a huit ans, revient de l’école avec ses copains en jouant aux avions et traverse la vie de son insouciance enfantine.

Il habite une grande maison, où on y célèbre de grandes fêtes, comme celle de la promotion de son papa soldat Ralf, (David Thewlis), qui pour l’occasion est envoyé « à la campagne » et que sa famille accompagne : outre Bruno, vont venir sa maman Elsa (Vera Farmiga) et sa sœur Gretel (Amber Beattie).

Près de leur nouvelle maison, une ferme, avec des fermiers étranges : « différents ». Ils sont habillés toute la journée de pyjamas rayés.

Un jour, Bruno s’approche de cette drôle de ferme : il rencontre Schmuel (Jack Scanlon), qui a le même âge que lui. Une amitié va naître.

J’oubliais : le père de Bruno a deux lettres sur le col de sa veste : SS.

 

Nous sommes en Allemagne, au début des années 1940s et c’est la guerre, contre l’ennemi extérieur, mais aussi et surtout contre l’ennemi intérieur, le Juif. Rapidement, nous comprenons que Ralf est le commandant d’un camp de concentration et d’extermination : la présence de Pavel (David Hayman) qui porte lui aussi un pyjama, et avance avec difficulté du fait de son extrême fatigue ; la présence d’une fumée noire intermittente, qu’on nous dit accompagnée d’une odeur pestilentielle.

 

Il y a une grande subtilité dans la mise en scène de Mark Herman – qui signe aussi l’adaptation du livre de John Boyne – distillant avec mesure les différents éléments qui nous amènent à la réalité criminelle de l’Allemagne nazie :

  • La sortie de l’école voit la ville ensoleillée et les enfants courir, les bras écartés et faisant un bruit de moteur, pendant que les gens s’affairent, jusqu’au moment où Bruno et sers copains passent devant un immeuble d’où on sort les Juifs afin de les parquer dans des camions, qui partiront on ne sait où (1).
  • C’est cette fumée noire qui apparaît dans le ciel bleu immaculé, nous ramenant à l’immense tragédie : ni cri, ni alarme. Seulement de la fumée qui s’élève lentement.

 

On peut se dire que ce n’est qu’un film, qu’une adaptation d’une histoire pour (grands) enfants, et que la situation est exceptionnelle et par là-même improbable. Pourtant, nombre de récits nous racontent que les gens qui habitaient dans le voisinage d’un de ces camps y avaient la possibilité de s’en approcher et de voir ce qu’il s’y passait (2). Certes, la relation entre les deux enfants reste au niveau de l’intrigue, mais comme toujours, on se dit que « pourquoi pas ? »

 

Mais il n’en demeure pas une vision de la guerre à hauteur d’enfants, selon une logique que les adultes ont depuis longtemps oubliée : le père de Schmuel a disparu ? On va le chercher dans le camp. Et Bruno creuse pour passer sous les barbelés, déconseillant à Schmuel de sortir : son père est toujours à l’intérieur !

On y retrouve aussi la naïveté de l’enfance qui amène un dialogue toujours étonnant entre ces deux enfants, Bruno ne comprenant pas pourquoi les choses se déroulent ainsi, à l’encontre de toute espèce de logique pour un enfant de huit ans (3).

 

Bien sûr, les deux enfants – Asa Butterfield et Jack Scanlon – interprètent avec beaucoup de justesse ces deux amis particuliers pour qui, comme pour n’importe quel enfant, ne comprennent pas qu’on fasse de telles différences entre les gens. Que la grande différence va être la taille, ou le fait d’être droitier ou gaucher, mais certainement pas d’être d’une confession différente. Et leurs échanges prennent ainsi une teinte très réalistes : alors que Bruno est stupéfait par ce qu’il découvre, Schmuel, du fait de ses conditions de vie épouvantables est plus mûr, et se rend plus compte de cette injustice qui est faite. Mais sans toutefois aller jusqu’au bout : si ses grands-parents sont morts en arrivant, il ne fait pas la relation avec la disparition de son père, ce qui amène la tragédie finale : tragédie pour les enfants et leur entourage, mais quotidien pour les bourreaux : la façon de ranger à sa place le produit utilisé (zyklon B) procède d’un rituel bien établi, soulignant le programme systématique de destruction des Juifs.

 

Je terminerai en parlant un peu des adultes : alors que Ralf est un tortionnaire, sa femme va doucement ouvrir les yeux et comprendre l’origine de cette fumée. Et cette prise de conscience arrive bien sûr trop tard : il n’est pas question que Ralf cesse ses activités.

 

[Si vous n’avez pas vu le film, vous pouvez arrêter de lire, ce que je vais écrire révèle le dénouement]

 

Et quand arrive le dénouement final, la situation est assez embarrassante. On est malheureux pour ces enfants et cette mère éplorée, effondrée parce qu’elle a compris ce qui venait de se passer ; mais vis-à-vis du père, on ne sait trop quoi penser, faut-il le plaindre ou se réjouir (bien fait pour lui !) de son malheur d’avoir condamné à son insu la mort de son fils ?

Quoi qu’il en soit, la fin est terrible, résumant à elle seule cet immense crime contre l’humanité : il n’existe qu’une seule race humaine (4).

 

 

  1. Mais on le devine bien, la suite du film nous en donnant une idée très précise.
  2. Et ce malgré une certaine amnésie qui frappa ces mêmes « spectateurs » une fois l’horreur du crime mise à jour.
  3. Ce qui n’est pas le cas des nazis : les Juifs sont considérés comme des sous-hommes et donc privés de ce qui faisait leur humanité (leur nom, leur métier, leur traitement… leur dignité !).
  4. Cf. : Le Marchand de Venise, acte III scène 1.

 

Commenter cet article

Articles récents

Hébergé par Overblog