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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Cecil B. DeMille
Forfaiture (The Cheat - Cecil B. DeMille, 1915)

Fabuleux.

Il s’agit de la version encore disponible, ressortie en 1918, ce qui explique l’insert du journal daté d’avril de cette même année.

Cette nouvelle exploitation est due à l’Association des Japonais de Californie (du Sud) qui n’appréciait pas qu’un de ses ressortissants – fût-il virtuel – soit dépeint comme un monstre sadique.

 

Mais reprenons. Nous sommes dans ce qu’on n’appelle pas encore la Jet Set (1), et les Hardy sont des membres éminents de cette espèce d’aristocratie américaine. Pendant que Monsieur (Jack Dean) spécule jusqu’à son dernier cent afin de faire fortune, Madame (Fannie Ward) dépense sans compter, renouvelant sa garde-robe pour maintenir son rang, maintenant qu’elle est trésorière de la Croix-Rouge. 10.000 dollars lui sont alors confiés qu’elle investit dans un placement « sûr » (ils le sont toujours au début) qui s’avère une catastrophe. Elle s’adresse alors à Haka Arakau (Sessue Hayakawa), un Birman (2) qui a fait fortune dans l’ivoire.

Ce dernier accepte de couvrir la perte contre la vertu de la femme. Acculée, elle accepte.

C’est alors que son mari fait fortune !

 

On retrouve donc un milieu cher à Cecil B. DeMille, cette haute société qui ne vit que dans le luxe : pour et par l’argent. Mais malgré ce milieu très argenté, la mise en scène est très intimiste. Ce n’est pas un déballage de richesse comme on pourra en voir dans d’autres de ses films. Ici, (presque) tout est feutré, minimaliste. En effet, les rares séquences en extérieurs sont très courtes : ce qui nous intéresse (DeMille et nous spectateurs), c’est le drame qui se joue à l’écart des réceptions officielles ou demeures somptueuses.

 

Non seulement les lieux utilisés sont exigus, mais en plus, l’éclairage joue un très grand rôle dans le minimalisme. A de très nombreuses reprises, c’est l’alternance ombre-lumière qui donne à ce film toute sa beauté. Si DeMille choisit d’isoler ses acteurs par un point lumineux pertinent, il utilise avec beaucoup d’adresse les ombres, qu’elles soient chinoises (6) quand la déroute financière est annoncée, ou portée quand Hardy est en prison, accentuant le désespoir de ce dernier.

Ce point de lumière n’éclaire que ce qui est important : les visages, le brasero… Car c’est surtout ce brasero qui est l’élément le plus important du film. C’est avec celui-ci qu’Arakau marque au fer rouge ses possessions : les objets (statuettes) mais aussi les êtres.

 

C’est d’ailleurs ce dernier point qui a généré tout es les protestations des Japonais de Californie : au cœur de l’intrigue, quand la forfaiture du titre – « The Cheat » en VO, c.à.d. la tromperie (3) – est annoncée par un intertitre. Arakau, qui a refusé le paiement veut posséder la jeune femme qui se débat : il la marque alors de son sceau incandescent.

Il y a un mélange de sadisme et se sexualité très fort dans cette scène primordiale. D’un côté cet homme qui torture celle qui se refuse à lui et de l’autre cette femme violentée, pratiquement déshabillée (4) par son bourreau.

 

Ce déballage de violence est peu courant dans le cinéma de 1915. Ce qui ne veut pas dire que ça n’existe pas (rappelez-vous Regeneration), mais si la violence est chose courante dans les bas-fonds, ce n’est pas ce qui arrive le plus fréquemment à un tel niveau social : les rares incursions de la violence dans la Haute concernent essentiellement des crimes passionnels, pas de tels actes de cruauté.

 

On comprend alors mieux pourquoi les Japonais ont râlé. Il faut dire que le personnage de Haka Arakau est franchement antipathique. On y retrouve certains préjugés racistes qui ont cours aux Etats-Unis (et ailleurs dans le monde « occidental ») : Arakau est sournois, fourbe et en plus, il ne respecte pas les règles du jeu en refusant le remboursement. Et Hayakawa (5) est magnifique dans ce rôle – encore une fois de méchant – qui le propulse en haut de l’affiche.

Il fait depuis partie de ces magnifiques méchants créés par Hollywood : celui que le public aime haïr !

 

 

P.S. : à noter que Marcel L’Herbier fera un remake du film en 1937, avec Sessue Hayakawa qui reprendra alors son rôle.

 

  1. Appelée aussi « Smart Set » dans le film.
  2. La version de 1918 a donc changé le nom et la nationalité du méchant pour ne pas froisser : à l’origine il s’appelait Hishuru Tori.
  3. Le titre original est très intéressant car s’il annonce une forfaiture, il concerne aussi, parmi ses différentes assertions la personne qui se livre à une tricherie.
  4. Ne vous inquiétez pas, on s’arrête juste avant de montrer quoi que ce soit !
  5. Saviez-vous que Sessue Hayakawa est nommé dans L’Enfant et les Sortilèges (Ravel & Colette) ? Maintenant, vous ne pourrez plus l’écouter de la même façon (si bien sûr vous l’écoutiez auparavant)…
  6. Hum…

 

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