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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Steven Spielberg, #Drame
La Couleur pourpre (The Color purple - Steven Spielberg, 1985)

Ce sont deux jeunes filles, deux sœurs, à peine sorties de l’enfance, qui courent dans un champ de fleurs. Elles rient, elles s’amusent : elles s’aiment. Elles sont noires, nous sommes dans le Sud, en 1909.

Mais quand elles sortent du champ, la plus âgée nous découvre son ventre trop rond pour une si jeune fille.

Elle s’appelle Celie (Desreta Jackson), et elle est enceinte de son père : à la mort de sa mère, elle l’a remplacée.

C’est son deuxième enfant, et comme l’autre, il va lui être enlevé.

Puis elle épouse – contre son gré cela va de soi – Albert « Mister » Johnson. Ou plutôt, c’est lui qui épouse Celie parce qu’il n’est pas autorisé à épouser la belle Nettie (Akosua Busia).

Celie quitte un enfer pour un autre.

 

Absolument magnifique.
Encore une fois, Spielberg nous étonne là où on ne l’attendait pas. En effet, la critique fut dure avec lui, reprochant d’avoir fait lui, un homme blanc, un film noir (1). Comme si on n’avait jamais fait ça ! La critique a la mémoire courte : cette année, nous pourrons célébrer la sortie du film Hallelujah! de King Vidor (2).

Toujours est-il que Spielberg nous démontre une nouvelle fois qu’il est =véritablement un réalisateur universel et humaniste.

Et si le film est aussi beau, c’est aussi grâce à celles et creux qui jouent dedans, Whoopi Goldberg en tête, bien sûr, mais aussi Danny Glover pour une fois dans un rôle de méchant (2), Margaret Avery (Shug Avery, la chanteuse), cette femme trop libre dans une Amérique encore bien cloisonnée, sans oublier Oprah Winfrey qui campe une Sophia inoubliable.

 

Bien sûr, Whoopi Goldberg fut la révélation. Et quelle révélation ! Elle est absolument magnifique dans ce rôle de fille puis femme laide – alors qu’elle ne l’est pas du tout – délaissée même par son mari qui lui fait son affaire faute de mieux, mais qui court retrouver celle qu’il adore, Shug Avery.

Elle sait susciter les larmes mais aussi le rire, ou tout du moins le sourire à chaque fois avec cette même Shug en toile de fond : quand Johnson s’habille pour aller écouter et retrouver la chanteuse ; quand ce même Johnson lui prépare à manger.

 

D’une manière générale, ce film en plus de traiter un aspect de la question noire dans la première moitié du 20ème siècle, est un film plutôt féministe. Ces trois femmes sont à leur façon admirable.

Si Celie est réservée et au bout du compte pas bien différente d’une esclave, Shug et Sophia sont très différentes, mais incarnent chacune un exemple de ce qu’est une femme libre.

D’un côté Shug, la « pécheresse » comme dirait son père le pasteur (John Patton Jr.), qui a autant d’enfants qu’elle a eu d’hommes, qui chante le blues avec une voix qui peut être indifféremment cristalline et haute ou chaude et grave, et qui mène Albert du bout du nez.

De l’autre Sophia, une femme volontaire, qui ne se laisse pas faire dans tous les domaines : chez elle – Harpo (Willard E. Pugh) son mari,  en fait les frais – comme en extérieur, quand elle refuse de devenir la servante de Miss Millie, la femme du maire (Dana Ivey).

Cette dernière arrivera tout de même à l’avoir comme servante, mais dans quelles circonstances !

C’est d’ailleurs la seule incursion des Blancs dans le film : une meute vocifératrices qui s’en prend à Sophia avant qu’elle soit envoyée en prison ; puis Miss Millie, pathétique (tout comme la scène) devant ces gens « de couleur » qu’elle a « toujours soutenus » mais que finalement elle n’apprécie pas tant que ça.

 

Et Celie va apprendre de ces deux femmes, allant jusqu’à prendre ce qui chez elles lui manque. Son réveil donne alors une autre dimension à cette femme, la rendant extraordinairement forte et sure d’elle-même. Son imprécation à Johnson devient le dernier stade avant sa véritable libération, une véritable révélation pour elle comme pour les autres. Et cette énergie va revenir vers celles qui l’oint aidée, amenant une fin flamboyante où Spielberg referme méticuleusement tous les tiroirs des différentes intrigues et sous-intrigues.


Si Celie et Sophia ont largement gagné leur salut (4), il n’en va pas de même pour les autres. Celui de Shug viendra là encore avec beaucoup de grandeur et surtout d’émotion, quant à Johnson, lui aussi sera sauvé, mais d’une autre façon que je vous laisse découvrir si ce n’est déjà fait.


Alors oui, Spielberg a fait un film de Noirs, avec des Noirs, mais comme toujours pour tous : parce que cette histoire est universelle et on ne doit pas s’arrêter à la couleur de la peau quand parle de la misère (physique ou/et morale) ou de la quête du bonheur (5). Et encore plus quand on fait un film : qu’on soit devant ou derrière la caméra.

Je terminerai en citant ce qui était sur l’affiche originale, et qui rejoint cette idée d’universel : « it’s about life. It’s about love. It’s about us. » (6)

 

  1. Entendre : un film avec des Noirs.
  2. Ainsi que le moins connu Hearts in Dixie de Paul Sloane.
  3. Il récidivera cette même année dans Witness de Peter Weir.
  4. Ah, la rédemption, cette pierre d’achoppement du cinéma américain…
  5. Qui, je le rappelle est impossible tant qu’on n’est pas libre.
  6. « Ca parle de la vie. Ca parle de l’amour. Ca parle de nous. » C’est beaucoup moins racoleur que l’affiche française.
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