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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie dramatique, #James Cruze
Le Capitaine Blake ! (The fighting Coward - James Cruze, 1924)

 

Le Sud traditionnel : les steamers qui remontent (et descendent) le Mississipi, les maisons à colonnades, les jeunes filles courtisées – dans les règles – par les jeunes garçons, les inévitables esclaves (hélas), le bourbon et l’honneur. Le général Rumford (Bruce Covington) possède tout cela, mise à part les grands bateaux à aubes. Et le jeune Tom (Cullen Landis), son fils est amoureux de sa jeune cousine Elvira (Phyllis Haver), pendant que sa jeune sœur (à elle), Lucy (Mary Astor), n’a d’yeux que pour ce jeune homme.

Seulement voilà : ce jeune homme – qui plus est élevé dans le Nord ! – n’a guère de courage et quand le Major Patterson (Noah Berry) sort de prison et revient réclamer Elvira qu’il courtisait avant son séjour, Tom refuse de se battre. Et pour cause : il ne sait pas. Il est alors chassé de chez lui et part de Magnolia – ça ne s’invente pas (ou plutôt si !).

Il se retrouve dans le tripot du Colonel Jackson (Ernest Torrence), homme fier et farouche (du Sud lui aussi)…

 

Ernest Torrance était un acteur phénoménal De par sa stature tout d’abord puisqu’il dépasse au moins d’une tête ses partenaires à l’écran, et aussi parce qu’il a tourné avec les plus grands, alternant des personnages différents, tous en rapport avec son physique, cela va de soi, mais surtout parce qu’il était capable d’interpréter n’importe quel genre d’homme : Jackson (déjà) dans The covered Wagon (déjà avec Cruze), un bougon ami du jeune premier ; le formidable Capitaine Crochet dans le Peter Pan de Brenon ; le père de William « Bill » Canfield (Buster Keaton) dans Steamboat Bill, Jr. ; Sans oublier l’affreux Luke Hatbum dans Tol’able David.

Ici, il est un formidable « colonel », alliant manières – c’est un homme du Sud, ne l’oublions pas – et rudesse : toujours tiré à quatre épingles, même s’il conserve la manie des marins de mettre son mouchoir dans sa manche, il n’hésite pas à abattre ceux qui lui cherchent querelle, ou plutôt qui essaient le voler.

Mais comme vous vous en doutez, c’est un dur de façade et on a facilement raison de lui : il suffit d’être réputé plus fort pour que cela marche !

Mais malgré tout, c’est un personnage attachant – et comique – qui va rapidement gagner l’affection des spectateurs et de notre héros singulier : un lâche patenté qui va retenir les leçons de ce faux dur pour se faire justice et arriver à ses fins.

 

Et à ses côtés, le jeune premier n’est pas terne voire insipide : il est dans la lignée de Bannion (J. Warren Kerrigan dans The covered Wagon) et sait gagner sa revanche et surtout le cœur de celle qu’il aime (Lucy, puisque Elvira est mariée). Et cette victoire est des plus réjouissantes, s’appuyant sur des apparences, mais pas que : le fameux Colonel Blake qui donne son titre à la version française, n’est pas qu’un fier-à-bras comme Jackson, comme le montre l’explication qu’il a avec ceux qui l’ont déshonoré (les frères Patterson). Et cette vengeance est à la mesure du personnage : sans violence excessive.

 

Bref, James Cruze signe ici un western atypique où on y retrouve certains ingrédients, enveloppés dans ce milieu aristocratique sudiste pour qui l’honneur est la plus haute des valeurs. Mais ce Sud si traditionnel n’est guère reluisant : Noah Berry n’est pas ce qu’on peut considérer une jeune premier svelte et délicat, et surtout les frères Patterson – « Pattuhson » dans les intertitres) – ne sont rien d’autres que des criminels à la gâchette facile : ils tuent ici un homme qui les avait dénoncé parce qu’ils avaient tué son frère.

Et Cruze pousse la satire le plus possible en truffant les intertitres de mots prononcés à la Sudiste : « Majoh » pour Major ; « Mistah » pour Mister… Des intertitres qui s’inscrivent sur une carte à jouer marquée : un as de pique, bien entendu.

 

Un film superbe qui se déguste – encore une fois – comme une friandise : c’est tellement bon, alors on en redemande !

 

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