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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Delmer Daves
La Colline des potences (The hanging Tree - Delmer Daves, 1959)

 

La Colline des potences, ou plutôt l’Arbre à pendaisons (le titre original) est le lieu où  tout commence et où tout finit.

Entre les deux, une histoire d’hommes, de femmes et surtout d’or.

 

Un beau jour, le docteur Joe Frail (Gary Cooper) arrive à Skull Creek et achète une maison, à un jet de pierre du fameux arbre.

C’est aussi le jour que choisit Rune (Ben Piazza) pour débarquer là, essayant de voler des pépites dans un berceau.

Pris en chasse, il réussit à s’échapper et est soigné par Frail qui le garde comme serviteur contraint.

Un jour, la diligence est attaquée : les passagers sont tués sauf Elizabeth Mahler (Maria Schell) qui est recueillie au bout de trois jours.

Elle est installée en face de chez le docteur qui la soigne.

 

Delmer Daves est un  réalisateur humain. Son film est une très belle chronique de l’Ouest des orpailleurs : on y retrouve tous les éléments qui suivaient chaque ruée vers l’or.

Ici, c’est le Montana, mais on aurait pu voir la même chose en Californie ou ailleurs.

Les bâtiments qui ne sont que des grandes tentes où vivent, mangent, boivent ou plus : il existe même un « bâtiment » entourée de jolies dames qui vendent leur magasin à fesses, si vous voyez ce que je veux dire (1).

On y trouve aussi une rivière (2) sur les bords de laquelle les chercheurs tamisent le fond. Mais surtout on y trouve une faune hétéroclite et bigarrée.

Des prospecteurs, ça, on le savait, mais on y rencontre aussi Tom Flaunce (Karl Swenson), l’épicier de la ville mais qui vend aussi tout ce qui se rapporte à la prospection ainsi que les opérations financières. C’est le véritable homme à tout faire de la ville-champignon.

En plus des dames déjà mentionnées, on y trouve des joueurs de tout poil et un prédicateur exalté (3), George Grubb (George C. Scott).

Et parmi les prospecteurs, Frenchy Plante (Karl Malden), un brave garçon bien qu’un tantinet limité.

 

Très rapidement, on se rend compte que ce docteur fraîchement arrivé n’est pas de ces praticiens traditionnels : s’il sait enlever des balles dans le corps des blessés, il sait aussi en ajouter aux corps des vivants.

De plus, quand les résidents de Skull Creek apprennent son arrivée, de vieilles histoires ressurgissent : Frail n’est pas un inconnu pour eux. Tous le craignent, et à juste raison : c’est une gâchette, comme on dit.

Même Frenchy, qui n’est pas le plus subtile de la bande est très prudent quand il a affaire à Frail.

 

Et puis arrive le tournant du film : la découverte de la jeune femme, Elizabeth.

Si les prospecteurs sont heureux de son arrivée – et surtout dans ces conditions – il n’en va pas de même pour tout le monde. Trois autres attitudes se révèlent : médicale pour Frail ; morale pour certaines femmes de Skull Creek ; et convoitise pour Frenchy.

Si l’attitude de Frail s’explique facilement, celle des femmes fait aussi partie des éléments récurrents du western : les bonnes dames patronnesses qui sont très souvent décrites  mais surtout caricaturées et moquées (jusqu’à Morris et Goscinny dans Lucky Luke).

Et la femme de Flaunce est un véritable archétype de méchanceté et de médisance sous couvert de prétextes moraux. La façon dont Frail se débarrasse de ces bonnes dames est d’ailleurs l’un des rares moments comiques du film.

 

Parce que le film est avant tout un drame. Un drame humain, où l’or n’est même pas la raison.

Frail est un personnage au premier abord très sympathique (normal, c’est Gary Cooper !), mais on se rend bien compte qu’il n’est pas si bénéfique que ça. Son attitude peut se faire dure voire violente.

De plus, son allure sévère accentue ce côté un peu obscur. Avec l’âge – et la maladie ? Il s’agit de l’un de ses derniers films – le visage Gary a perdu de sa douceur et de la candeur qui lui permit d’interpréter des personnages très attachants. Il n’en demeure pas moins superbe, comme d’habitude.

 

A ses côtés, ou plutôt en face, Karl Malden interprète une brute assez singulière. En effet, ses premières interventions sont empreintes de naïveté : sa découverte de la jeune femme le propulse au devant de la scène. La façon dont il raconte ce qu’il s’est passé est presque touchante. On a un peu l’impression que c’est un grand gamin qui s’exprime.

Mais quand le désir va le gagner au fur et à mesure du film, l’aspect brutal va ressortir et le révéler tel qu’il est.

Malden est remarquable dans ce rôle pas si simple que ça, d’autant plus qu’il dut remplacer au pied levé Delmer Daves qui était malade et terminer le tournage.

Autre acteur remarquable : George C. Scott. On reconnaît d’emblée son profil et encore une fois, on se dit qu’il n’a pas un personnage très positif. Il est un prédicateur exalté certes, même si « fou » lui conviendrait mieux.

 

Et l’arbre ?

Comme je l’ai dit au début, c’est lui qui finit le film, avec une nouvelle corde « branchée ».

Encore une fois, il est témoin de l’avilissement des hommes dû à la fièvre de l’or, et la dernière séquence nous les révèle tels qu’ils sont : petits, égoïstes et brutaux.

Mais sont-ce encore des hommes ?

 

  1. Clin d’œil à Pierre Perret et son Tord-Boyaux.
  2. Elle donne son nom à la ville.
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