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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Sidney Lumet
La Colline des hommes perdus (The Hill - Sidney Lumet, 1965)

La colline ? Deux amoncellements de pierres, séparés par du sable, en pente.

Les hommes perdus ? Des voleurs, des déserteurs, des violents. Des rebuts de l’armée.

Nous sommes dans un camp disciplinaire britannique, pendant la deuxième guerre mondiale, vers 1943.
Dans ce camp, un commandant absent (essentiellement au bordel), un médecin-chef lâche (Michael Redgrave), un adjudant-chef tout puissant, des sergents.

Sous leurs ordres, des hommes qui font de l’exercice, continuellement, en plein soleil.

 

Sidney Lumet prend le contre-pied des films de guerre qu’on pouvait voir à cette période, qu’ils relatent de hauts faits d’armes (Le Jour le plus long) ou une résistance à l’ennemi (Stalag 17, La grande Evasion). Pourtant, nous sommes dans un camp de prisonniers, ici aussi. Mais la donne est différente : ce sont avant tout des criminels. On ne devrait donc pas avoir de pitié pour eux. Et pourtant…

 

Dans la lignée des grands films pacifistes, on peut mettre La Colline à part, car elle va beaucoup plus loin dans la dénonciation de la chose militaire.

A propos de l’aspect meurtrier, une trentaine d’années plus tard, Spielberg dénoncera l’horreur brute et inutile, en un quart d’heure seulement, lors de l’ouverture du film Il faut sauver le Soldat Ryan : le débarquement à Juno Beach.

 

Mais ici, Lumet nous montre l’absurdité de la guerre dans ce qu’elle a de plus absolue. Si on peut justifier un conflit avec des arguments idéologiques plus ou moins légitimes (histoire de ne pas dire que c’est avant tout une histoire de richesses), comment peut-on justifier l’aberration que représente la colline, cet amoncellement de pierres et de sables en plein soleil que des soldats montent et descendent parce qu’ils sont punis, ou parce que « c’est pour leur bien » ?


Mais si les soldats ne sont pas des enfants de chœur, les gardiens non plus. L’adjudant Wilson (Harry Andrews), leur chef sur le terrain, est ce qu’on appelle une « peau de vache ». Mais le pire dans ce personnage, c’est qu’il croit à ce qu’il fait. « Vingt-cinq ans » qu’il le fait, nous répète-t-il d’ailleurs à longueur de film. Mais ce n’est pas lui le pire, bien qu’on pourrait le croire. Ce n’est qu’un sous-officier à l’ancienne – à l’archaïque même – ce que lui reproche le soldat Roberts (Sean Connery, à contre emploi entre deux James Bond). Et l’affrontement entre ces deux fortes têtes est un très bel exemple du décalage qui existe entre cet homme dominant, bourré de certitudes (en 25 ans, ça s’est accumulé) et le plus jeune, dominé, enfermé dans ce camp pour cause d’archaïsme militaire.

 

Mais le pire, c’est Williams (Ian Hendry). Froid, impitoyable : méchant. C’est un homme qui a très bien compris comment fonctionnait le camp et la discipline de Wilson. Tellement qu’il va encore plus l’améliorer, ajoutant à l’absurdité du système une dimension criminelle : un homme, Stevens (Alfred Lynch), meurt des sévices endurés. A côté de lui, Harris (Ian Bannen), l’autre sergent, est un parangon de gentillesse. Si on oublie qu’il fait grimper les soldats avec un masque à gaz sur le visage.

 

Sidney Lumet, comme dans 12 Hommes en colère, réussit à nous montrer des solitudes. Tous ces personnages sont seuls. Même si le camp renferme quelques centaines d’hommes, chacun est seul. Seul avec lui-même, seul au milieu des autres. Roberts est seul contre un système qu’il juge dépassé, seul avec ses camarades de cellule qui lui reprochent le partage des punitions ; Bartlett (Roy Kinnear) est un individualiste qui n’a qu’une idée en tête, changer de cellule car il ne veut plus être avec les autres ; King (Ossie Davis), en plus de souffrir est discriminé parce que noir…

Mais les gardiens aussi sont seuls : Wilson, engoncé dans ses certitudes, ne voit que lui dans ce camp, c’est lui qui dirige, le croit-il. Et pourtant, il est le stade intermédiaire entre ses deux sergents : il lui manque la part d’humanité de Harris, mais il ne va pas aussi loin dans le sadisme que Williams.

Et au final, lui aussi se retrouvera seul.

 

Et Lumet filme toujours au plus près de l’action ce qu’il se passe dans ce camp. Ce sont de nombreux plans rapprochés sur des visages, voire des gros plans qui accentuent la tension dans le camp.

Mais ce film est aussi réussi par le jeu des acteurs.

Sean Connery est magnifiquement utilisé dans ce rôle d’homme plus ou moins injustement condamné, et qui devient souffre-douleur de Williams. Il montra alors qu’il savait faire autre chose que James Bond (même s’il est très bien dans ce rôle d’espion flegmatique). Il y a de l’humanité chez Roberts, mais aussi une conception très militaire de son rôle. S’il n’accepte plus le système (qu’il qualifie de victorien), il ne remet pas en cause pour autant l’armée.

Mais c’est Harry Andrews qui nous offre l’une des plus belles performances du film. Il en fut d’ailleurs récompensé, ce qui est normal car il y interprète un adjudant – avec ce qu’on peut mettre dans ce grade – pas si monolithique que ça. Wilson, malgré son comportement injuste envers les prisonniers, essaie tout de même de rester dans les limites de la légalité, ce que ne fait pas Williams.

 

Après un tel film, dire que la guerre est absurde ressemble à un pléonasme, non ?

 

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