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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #D.W. Griffith
The idol Dancer (D.W. Griffith, 1920)

C’est à Griffith de produire son film exotique qui se passe dans les mers du Sud : une histoire – édifiante – d’amour sous les tropiques.

Et comme toujours chez Griffith, on y trouve une volonté de réformer les hommes en les remettant sur le droit chemin. C’est au révérend Blythe (George McQuarrie) qu’il incombe de ramener toutes les brebis égarées qu’on trouve sur son île.

Et parmi elles Dan McGuire (Richard Barthelmess), un vagabond qui a depuis longtemps tourné le dos à la religion pour adorer le dieu alcool. Mais aussi la belle Fleur-d’Amande-Blanche (Clarine Seymour*), que le vieux Thomas (Herbert Sutch), son père adoptif, préfère appeler Mary.

Mais sur cette île, on trouve aussi des individus moins recommandables : un trafiquant esclavagiste (Anders Randolf) et son bras droit Wando (Walter James), le chef d’une tribu de cannibales (et accessoirement noirs).

 

Et puisque c’est Griffith, c’est le côté civilisateur de la religion qui est mis en avant et amène la rédemption nécessaire aux protagonistes pour avancer. Mais si le pasteur est l’outil désigné de cette rédemption, c’est son neveu Walter Kincaid (Creighton Hale) qui amènera les changements. Et aussi le fils du pasteur Donald (Thomas Carr), mais ceci est une autre histoire.

 

Huit ans avant Murnau, Griffith situe son histoire dans les mêmes eaux du Pacifique (même si ce fut tourné aux Bahamas). Mais si Murnau a su capturer la vie des indigènes, il n’en va pas de même pour Griffith. En effet, on retrouve des relents qui ne sont pas sans rappeler les errements racistes de Naissance d’une Nation.

Ici, les autochtones ne sont pas authentiques et leur comportement porte encore les marques des préjugés de l’époque, sinon du réalisateur. Les méchants cannibales sont noirs (c’est précisés plusieurs fois) et pour certains ont un objet dans le nez (un anneau, un os ?). Sans parler du personnage de Pansy (Florence Short) qui en plus d’être douée d’une certaine fourberie passe son temps à se trémousser.

Mais malgré tout, on retrouve cette volonté altruiste d’instruire son public. Là encore, il montre certains éléments hérités des pratiques autochtones ou supposées telles.

 

Pour le reste, on assiste à une comédie toute griffithienne, avec sauvetage de dernière minute amené par un montage parallèle impeccable. Le tout interprété par des acteurs solides, Richard Barthelmess et Clarine Seymour en tête. Cette dernière a les manières des héroïnes du grand maître (telles Lillian Gish), avec une petite dose d’espièglerie qui aiguillonne McGuire : juste ce qu’il faut pour le rendre jaloux.

McGuire, d’ailleurs fait partie de ces héros mécréants qui retrouvent les chemins de la vertu et gagnent ainsi leur salut. Mais cette rédemption n’est possible que par le sacrifice d’un autre : Kincaid, véritable figure christique du film, qui réussit là où son oncle a beaucoup de mal. Mais à quel prix.

 

Je terminerai en disant que la vision simpliste des autochtones amène un certain malaise chez les spectateurs, près de cent ans plus tard. Cela est aussi renforcé par la sous-intrigue entre le fils du pasteur et un autre enfant indigène. Le premier veut absolument convertir le second au port du pantalon, signe pour lui de la civilisation à laquelle il appartient. Et cette « conversion » ne s’obtient que par la force.

Mais n’en a-t-il pas toujours été ainsi ?

 

 

PS : en prime, sur le dvd du film, on trouve une intervention du grand Patrick Brion, vantant les qualités de ce dernier. Un petit plaisir supplémentaire à déguster sans modération.

 

* Un mois après la sortie du film, la belle Clarine décèdera d’une pneumonie, mettant définitivement un terme à son ascension qui aurait pu faire d’elle une grande star. Au lieu de cela, elle fut, elle aussi, oubliée.

Elle avait 21 ans.

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