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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #Frank Beal
The Inside of the white slave traffic (Frank Beal, 1913)

George Fisher (Edwin Carewe) est un proxénète. Sa spécialité : rabatteur. Il séduit les jeunes filles et les épouse frauduleusement : un complice déguisé en pasteur officie. Il les « éduque puis les vend à d’autres « collègues » qui les exploiteront à leur tour.

Annie (Virginia Mann) est une de ses victimes : elle sera vendue puis exploitée et enfin arrêtée et « réformée. Mais fatiguée des maigres revenus de son travail honnête, elle replonge dans la prostitution pour une vie meilleure (?).

 

Le film de Frank Beal (1862-1934) est avant tout un film pédagogique. Il informe le public des conditions déplorables dans lesquelles vivent certaines femmes, et comment se met en place la « traite des blanches ».

N’espérez pas y trouver un film extraordinaire, la dimension artistique ayant disparu devant le côté édifiant induit par l’intrigue (simplissime, pour ne pas dire simpliste). De plus, le film n’est pas complet

Et il y a une véritable volonté de réalisme, afin de faire prendre conscience aux spectateurs des dangers de la grande ville. Alors évidemment, le jeu des acteurs et la mise en scène s’en ressentent.

 

Toujours est-il que ce film fit scandale à sa sortie, et la projection dans certaines salles annulée, le personnel ayant été arrêté par la police (1).

Une centaine d’années après les événements, on peut s’étonner d’une telle ampleur pour un film somme toute relativement sage et ne montrant aucune nudité, pas même dans les gravures qui ornent les murs.

Mais en 1913, aux Etats-Unis, la morale pudibonde n’a rien à voir avec celle d’autres pays, et encore moins avec ce qu’il en est maintenant, même si on peut remarquer un retour en force des ligues religieuses ou/et de vertu.

Et surtout, en 1913, la « traite des blanches » est un sujet tabou pour de très nombreuses personnes : on considérait alors que le cinéma n’avait pas à être le relais d’un thème aussi scabreux. Et pas seulement aux Etats-Unis.

 

Il faut dire que malgré l’absence de nudité, Beal et Samuel H. London (le coscénariste) se font le plus précis possible. Malheureusement, nous n’avons aujourd’hui qu’une partie du film qui comportait quatre bobines (entre 30 et 40 minutes) et nous n’avons droit qu’à une copie de 28 minutes. La continuité est donc incomplète et certains sauts n’aident pas à la compréhension. Le dernier plan, par exemple, semble presque parachuté, sans aucune véritable préparation dans la narration (actuelle).

 

Au final, nous avons un film pas si mineur que ça et qui a une importance comme témoignage de la société américaine des années 1910s, et est surtout une condamnation des principaux acteurs de la prostitution (2). Avec en prime une remarque qui prend plus de sel de nos jours : « Une loi pour les hommes… Une autre pour les femmes » comme le signale un intertitre. Annie est arrêtée (et emprisonnée) pour racolage alors que l’homme racolé est gentiment écarté par un policier.

 

Ce film fait partie de ces curiosités qui ont réussi (presque entièrement) à traverser les ans pour nous donner une image du temps passé. Une de ces curiosités qui méritent de s’y arrêter pour les visionner : c’était ça aussi, le cinéma en 1913.

 

 

PS : si vous voulez plus de précisions sur ce film ou ce thème, je vous engage à consulter le très bon livre de Kevin Brownlow, Behind the Mask of innocence, (chapitre 2, Matters of Sex, pp. 80-84). Par contre, savoir lire dans la langue est indispensable.

  1. Le Park Theater (Columbus Circle, New York City) par exemple.
  2. Comme le signale mon grand ami le professeur Allen John, à aucun moment on ne parle de « prostitution », mais le trafic montré est assez éloquent.
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