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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Nicholas Hytner, #Comédie dramatique
The Lady in the van (Nicholas Hytner, 2015)

Au début on entend le bruit d’un accident.

Ensuite, c’est un van qui roule vite, (pour)suivi par un véhicule de police.

Sur le pare-brise, au côté gauche, un impact et une tache de sang.

Alan Bennett (Alex Jennings) vient d’emménager à Camden Town (Nord de Londres), dans une rue où tout le monde se connaît et se fréquente.

Au milieu de ce « village », une vieille dame vit dans un van. Ce van porte le même impact sur le côté droit du pare-brise.

Bien sûr il s’agit de la même personne qui vit dans son van avec la peur que la police la retrouve : l’accident qu’elle a causé a tué un jeune homme.

 

Dès le début du film, ce qui était annoncé comme presque vrai (« mostly true ») est mis en place : Alan Bennett se dédouble. D’un côté l’écrivain qui ne quitte jamais son lieu de travail ; de l’autre Alan Bennett, l’auteur et voisin du microcosme camdenien.

Mais la dichotomie ne s’arrête pas là et on retrouve une dualité qui affecte la vie d’Alan : d’un côté sa mère (Gwen Taylor) qui commence à yoyoter ; de l’autre Mary Shepherd (Maggie Smith) autre vieille dame peu équilibrée et qui vit de la charité publique, installant son van devant une maison différente tous les trois mois.

 

Mais cette femme n’est pas une SDF (c’est comme ça qu’on dit de nos jours) ordinaire : il y a une part de passé enfoui qu’Alan va essayer de déterrer progressivement, fasciné par cette vieille femme qui parle français et a appris le piano, comme elle le lui annonce. Mais Mary possède un autre côté (elle aussi, comme Alan) où elle est une femme dévote – voire bigote – fervente catholique et ancienne novice, fréquentant l’église locale où elle ne cesse de rechercher la miséricorde divine, au grand désarroi du prêtre (Dermot Crowley) qui ne cesse de l’absoudre du même péché.

 

D’une manière générale le film oscille vers ces différentes dichotomies, vers une confusion : en quoi Mary n’est-elle pas une partie de sa mère qui vient s’installer chez lui, dans son allée (1) ? Ce qu’il souhaite pour Mary arrive à sa mère et d’une certaine façon, il va chercher dans cette vieille femme ce qu’il ne peut plus faire pour sa mère, devenue un légume : allongée, les yeux ouverts, catatonique.

Et la dernière vision qu’on a du fils et de sa mère n’est pas sans rappeler la dernière entrevue entre Alan et Mary, cette première et ultime poignée de main de cette femme originale et malgré tout artisane de son malheur.

 

Evidemment, on ne peut que relever les performances de Maggie Smith et Alex Jennings.  Maggie Smith est absolument magnifique dans ce rôle de vieille femme acariâtre (encore une fois) incapable tout le long du film de remercier ou d’avoir un geste aimable envers son entourage. Elle alterne avec brio des phases positives et négatives de son personnage, jouant de sa vieillesse comme d’un arme pour apitoyer – elle est très malade, probablement mourante – mais dans l’instant suivant elle rejette tout misérabilisme.

Et puis il y a des moments heureux,  ils sont rares mais donne une aura formidable à cette femme dont les rares plaisirs sont simples : repeindre son van en jaune ; descendre la rue en pente sur son fauteuil roulant.

Quant à Alex Jennings, ce double rôle amène une touche d’humour (2) formidable, ce double disparaissant après Mary, remplacé par un véritable partenaire (Geoffrey Streatfeild).

 

Ultime dichotomie : la présence d’Alan Bennett (le vrai) dans la dernière séquence, venu assister – à vélo bien sûr – à l’inauguration de la plaque commémorative de la « Femme dans le van »…

 

  1. Pour trois mois mais reste jusqu’à sa mort, presque 15 ans.
  2. Britannique, bien sûr, tout comme le film : c’est une communauté on ne peut plus anglaise qui est ici décrite, avec cette retenue qui la caractérise, moitié pudeur, moitié timidité.
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