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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Josef von Sternberg, #Drame
Crépuscule de Gloire (The last Command - Josef von Sternberg, 1928)

Première collaboration de Sternberg et d’Emil Jannings, alors à Hollywood, il ‘agit d’une rencontre au sommet où les deux monstres sacrés expriment tout leur art.

Sternberg réalise ici un film historique sur un événement qui est alors récent et dont l’issue n’est pas encore absolument certaine : la Révolution russe de 1917 (1).

De plus, il vient de réaliser The Docks of New York qui a beaucoup fait pour sa notoriété, et peut réaliser ce film avec une marge de manœuvre suffisante.

Quant à Jannings, il interprète ici très certainement son plus beau rôle à Hollywood, ce général victime de cette même révolution.

 

Alors que le film est tourné courant 1927 (quelle année !), l’intrigue se situe en 1928, présent des spectateurs. On y voit un réalisateur (William Powell) qui veut tourner un film sur la Révolution russe. Il a besoin pour cela d’un acteur possédant une certaine envergure afin d’interpréter le général en chef des armées du tsar : il porte son choix sur un figurant correspondant en tout point à ce qu’il recherche. Normal : c’est le grand-duc Sergius Alexander lui-même, chassé par la révolution et qui survit en faisant de la figuration à Hollywood.

Alors qu’il se prépare pour son rôle, Alexander se rappelle comment la Révolution s’est installée, alors qu’il partait rejoindre le front pour combattre les Allemands.

 

La force du film de Sternberg c’est d’avoir réussi à reconstituer la Révolution russe sans jamais avancer une quelconque teinte politique chez les révolutionnaires. C’est le peuple exploité qui se révolte contre ses maîtres, et pas autre chose.

De plus, pour interpréter ces mêmes révolutionnaires, Sternberg a utilisé – encore une fois – des actrices et acteurs aux physiques particuliers, donnant à cette foule une note d’authenticité fort intéressante : encore une fois, à quelques exceptions près, on a droit à des mines patibulaires, dans des attitudes qui ne relèvent pas d’une très grande éducation : des affreux sales et méchants !

 

Bien sûr, Emil Jannings, Evelyn Brent (Natalie Dabrova) et William Powell ne rentrent pas dans ces critères physiques. Et ce distinguo peut aussi s’expliquer par la personnalité de leurs rôles. En effet, tous trois, malgré leurs différences sont des personnages positifs : et leur physique s’accorde à leur grandeur d’âme, tout comme celui des révolutionnaires qui sont essentiellement des braillards incultes et alcoolisés, tuant tout ceux qui passent à leur portée, pourvu qu’ils ne soient pas de leur bord.

 

Avec ce film, Sternberg s’amuse aussi à nous montrer l’envers du décor d’un tournage. Pour ceux qui ont lu ses mémoires (2), on retrouve ici quelques éléments de son livre, surtout la pique qu’il envoie aux « assistants du réalisateurs » : on voit William Powell mettre une cigarette à la bouche, donnant alors le signal à une horde de ces collaborateurs zélés pour lui offrir du feu (3). Plus sérieusement, on assiste à la mise en place de la scène dont le grand-duc Sergius doit être la vedette, les différentes étapes qui amènent au tournage à proprement parler : c’est aussi cette séquence qui donne son nom au titre original (le dernier commandement), Alexander se retrouvant alors replongé dans son passé avec une utilisation superbe de la surimpression, donnant alors à Jannings un final à sa mesure.

 

Mais Jannings n’est pas le seul à tirer son épingle du jeu : Evelyn Brent est elle aussi magnifique dans ce rôle on ne peut plus ambigu.

Mais bien sûr, elle ne peut pas vraiment rivaliser avec un tel monstre : Jannings recevra d’ailleurs le premier Oscar de meilleur acteur de l’histoire du cinéma, ce qui n’était pas immérité. En effet, Sternberg, dont la direction d’acteurs était des plus rigoureuse, ne lui laisse pas la possibilité de se laisser aller à un quelconque cabotinage, l’amenant là où il voulait, le tout en le faisant déjà mourir à la fin du film.

Quant à William Powell, son rôle est plus anecdotique – il prendre son véritable envol dans la décennie suivante, en particulier grâce à la série Thin Man, aux côtés de la (très) belle Myrna Loy – mais très pertinent, quand on connaît l’intégralité de l’intrigue (4).

 

Superbe.

 

  1. Quand le film sort, Staline ne contrôle pas encore l’intégralité de l’appareil d’état.
  2. Fun in a Chinese Laundry (1966)
  3. On retrouve ce même gag dans Daffy Duck in Hollywood (Fred Avery, 1938), avec Porky Pig dans le rôle du réalisateur.
  4. Je ne vous la livre toujours pas, allez-y voir par vous-même, vous ne le regretterez pas.
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J
Bonjour,<br /> Merci pour ces quelques mots sur le film « Crépuscule de gloire ». Je l’ai regardé en compagnie de mon grand-père et il me rappelle de beaux souvenirs ☺.
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