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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Alfred Hitchcock
Les Cheveux d'or (The Lodger: a Story of the London fog - Alfred Hitchcock, 1927)

TO-NIGHT GOLDEN CURLS : « Ce soir boucles blondes ».

Cette accroche pour un spectacle de music-hall avec perruques blondes peroxydées est surtout un leitmotiv du film, revenant (donc) à plusieurs occasions, et jusqu’à la toute dernière séquence (1). Ces trois mots sont aussi annonciateurs de malheur, et en particulier de meurtre puisque que le Vengeur (« The Avenger ») tue des femmes, et pas n’importe lesquelles : des blondes.

Tout commence par le visage en gros plan d’une femme – blonde – qui crie, une autre femme au regard effrayé, un bobby qui prend des notes, un journaliste qui en fait autant : voici le premier grand meurtre des films d’Alfred Hitchcock.

Nous sommes en 1927, et l’année faste du cinéma qui vient de s’ouvrir (2) compte ce qui fut le premier grand film de Hitchcock. Tout est là : le crime, le sexe, la religion (Hitchcock était un catholique élevé chez les jésuites), l’innocence maltraitée.

Oui, c’est du grand Hitchcock, à mon avis son premier très grand film.

 

Mais reprenons : chaque mardi soir, un dangereux et insaisissable criminel – Le Vengeur, donc – tue une femme. Une autre femme l’a aperçu et décrit : il est grand et il porte une écharpe qui lui cache le bas du visage.

Londres a peur.

Chez les Bunting – la mère (Mary Ault), le père (Arthur Chesney) et la fille Daisy (June Tripp) – arrive un nouveau locataire (3). C’est un jeune homme bien singulier (Ivor Novello) qui porte une écharpe qui lui cache le bas du visage (tiens, tiens…) et demande d’enlever les gravures de sa chambre parce qu’il ne les aime pas du tout : ce sont toutes des jeunes femmes blondes (tiens, tiens. Encore.)

J’ai oublié de préciser : la belle Daisy a les cheveux blonds…

 

A l’origine, Hitchcock voulait que ce locataire ne soit pas identifié, que le doute subsiste jusqu’au bout : il serait reparti – dans la nuit, cela va de soi – sans qu’on en sache plus. Mais vous connaissez les producteurs, il leur faut du tangible et finir un film sur une nouvelle énigme n’est pas très vendeur. Et pourtant, quelle fin cela aurait été !

Le film commence sur les chapeaux de roue, sur ce visage hurlant (silencieux pourtant) et la suite va démontrer le talent de Hitchcock : bien que nous n’ayons rien vu du meurtre qui vient de se commettre, nous savons qu’il s’agit d’un événement dans l’intrigue : on voit alors se mettre en branle la presse et le retentissement que les journaux vont faire de ce meurtre auprès de la population. C’est mené de main de maître, avec un montage dynamique qui suit avec frénésie la transmission de l’information pour arriver là où il le souhaitait : chez les Bunting.

Les images que nous avons vues vont conditionner l’arrivée du locataire. Ajoutons qu’au moment où il arrive, la maison est plongée dans l’obscurité du fait de l’épuisement du gaz (4), accentuant l’aspect inquiétant du personnage.

 

Je l’annonçai plus haut, nous sommes pleinement chez Hitchcock, avec un crime (il y en aura même deux), de la religion et du sexe. Pour le crime, c’est tout vu, mais question religion, on trouve deux belles références qui sont liées : le jeune homme qui regarde à la fenêtre et le sauvetage de dernière minute (merci Griffith !).

En effet, alors qu’il regarde par la fenêtre, la croisée de la vitre s’inscrit sur son visage parfaitement : une croix prémonitoire en plein milieu du visage, la barre horizontale sur ses yeux.

Prémonitoire ? Nous retrouverons le thème christique de l’innocent maltraité quand la foule va se ruer sur le jeune homme qu’on soupçonne d’être le meurtrier, et qui sera décroché d’une grille (où il s’était coincé) et porté à terre, rappelant sans équivoque une pietà.

Et puis le sexe : Hitchcock était fasciné par les femmes (5), et on retrouve régulièrement des références à leur corps, voire à la nudité qu’il ne pourra pas révéler avant Frenzy (en 1971 !).

Si Psychose a sa scène de la douche (et quelle scène !), ici, ce serait celle de la baignoire : Daisy se fait couler un bain et Hitchcock, par l’intermédiaire du montage va aller le plus loin possible dans la révélation du corps féminin sans jamais outrepasser les critères des bonnes mœurs de l’époque. Il va faire se déshabiller la jeune femme alors que la vapeur s’installe dans la pièce, jusqu’à la coupe avant qu’elle ôte tout à fait son haut. Puis il en ira de même lors de la sortie de la baignoire, la jeune femme s’enveloppant d’un peignoir cachant bien ses formes sans pour autant empêcher la suggestion. Avec en prime le visage excité de Novello qui lui parle à travers la porte : est-ce du désir, est-ce son état normal, on ne sait pas.

Du grand art !

 

Ajouter à tout cela des surimpressions habiles – les pas que l’on voit en transparence – et toute une gamme de regards et vous aurez une idée de ce grand film. Sans oublier les éclairages – et les différents filtres pour illustrer les lieux ou/et les moments de la journée – qui ne sont pas sans rappeler l’école allemande, Murnau surtout, avec des jeux d’ombre accentués par le brouillard annoncé dans la deuxième partie du titre original.

Certes, on peut tout de même reprocher une certaine lenteur dans l’action, voire un certain statisme des personnages, mais au regard du film en entier, cela s’intègre parfaitement au reste, lui donnant une teinte très particulière par rapport à ce qui se faisait à l’époque en Angleterre.

 

Bref. Un chef-d’œuvre.

 

  1. Si, si, regardez bien !
  2. Le film sort le 14 février : quelle belle façon de célébrer la saint Valentin…
  3. D’où le titre original.
  4. En Angleterre, les maisons possédaient un compteur qui n’ouvrait la vanne de gaz une fois qu’une pièce y était introduite.
  5. Les blondes certes, mais pas que…

 

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