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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Harry O. Hoyt, #Bessie Love
Le Monde perdu (The lost World - Harry O. Hoyt, 1925)

Soixante-dix ans avant Spielberg, Harry O. Hoyt proposait déjà un film où on découvrait un monde perdu peuplé de dinosaures. Certes, les effets spéciaux étaient beaucoup plus rudimentaires, mais on ne peut rester insensible à ce qui fut les prémices de King Kong dix ans plus tard (1).

Ce parallèle est des plus pertinents quand on sait que celui qui avait en charge la partie animation du film – de longues séquences – n’est autre que Willis O’Brien qui aura le même rôle dans le même King Kong.

L’intrigue elle-même n’’est pas sans annoncer l’autre film : Cooper & Schoedsack ont immanquablement vu de film à grand spectacle où par contre l’héroïne ne crie pas beaucoup (2).

 

Le professeur Challenger (Wallace Beery) revient d’une expédition où il a découvert une région étonnante : on peut y voir des dinosaures malgré que cette espèce ait disparu depuis quelques millions d’années. Malheureusement, il n’a pas pu ramener de preuves de ce qu’il annonçait : on le considère comme un menteur et un affabulateur.

Mais sous l’impulsion du reporter Ed Malone (Lloyd Hughes), il va monter une expédition qui va essayer de sauver un savant qui se retrouva piégé dans cette région mystérieuse, le père de la belle Paula White (Bessie Love). Ils sont accompagnés par un entomologiste sceptique (Arthur Hoyt, le grand frère d’Harry), et un chasseur, Sir John Roxton (Lewis Stone).

 

Bien sûr, ce sont les séquences animées qui retiennent notre attention. Il y a chez Willis O’Brien un souci de naturel des plus développés. La première créature qu’on voit – un ptéranodon, malgré qu’il soit appelé ptérodactyle – donne le ton de ce qui va suivre : cet oiseau mange une de ses proies comme peut le faire n’importe quel oiseau prédateur dans un film documentaire.

Ensuite, nous aurons droit à divers combats menés par des allosaures, dont les issues ne leur seront pas très favorables.

Et dans l’ensemble, on retrouve une fibre documentaire dans les différentes séquences présentant ces géants, avec une prédominance des brontosaures.

 

Ces différentes parties ont été tournées en amont de l’intrigue principale, et à l’inverse des films actuels, ce sont les séquences modernes qui feront office de postproduction. Hoyt utilise à l’envie les incrustations, mêlant avec beaucoup de bonheur (3) ces différentes séquences, faisant interagir les acteurs et les figurants avec les monstres du jurassique.

De plus, il y a un soin impressionnant mis dans les décors : encore une fois Hoyt mélange les deux éléments de l’intrigue avec beaucoup de maîtrise, le tout sur une copie teintée de très grande qualité.

 

Si les animaux préhistoriques sont les plus importants du film, il ne faut pas non plus négliger les différents protagonistes, interprétés par quelques têtes d’affiche de très grande qualité : le trio Beery-Love-Stone est formidable, de même que Hughes dans son rôle de jeune premier et Hoyt comme élément comique : ses différentes tentatives d’observation des insectes amène régulièrement le sourire.

Bien sûr, Wallace Beery interprète un personnage (4) sur mesure pour lui : C’est un scientifique à la barbe un tantinet hirsute (la barbe amenant une dimension sérieuse et réfléchie) et au tempérament des plus forts : les différents journalistes qui ont voulu l’interviewer ayant été chassés violemment par ce chercheur impulsif.

Lewis Stone est encore une fois un personnage très digne : un chasseur certes, mais un homme de grande qualité, sachant s’effacer quand l’occasion le demande : amoureux de la belle Paula, il comprend qu’il doit s’effacer devant la jeunesse (5).

Le dernier intertitre à double sens est des plus subtiles : il est malheureusement difficile à traduire sans utiliser une périphrase.

 

Bref, le film de Hoyt est un petit bijou de fantastique où les différentes séquences animalières sont de toute beauté, et l’intrigue de Marion Fairfax annonce énormément celle du film de 1933, en atténuant d’ailleurs un peu l’impact : on peut aussi y voir un dinosaure se baladant – déjà – dans les rues d’une grande ville, Londres.


Un film à découvrir, voire revoir...

 

 

PS : n’oublions pas non plus Marcel Delgado qui créa les différents dinosaures pendant de longs mois.

PPS : on y détruit déjà un peu le Tower Bridge !

 

  1. Le film de Cooper & Schoedsack sortira 8 ans seulement après celui-ci ? Mais la pré-production dura plus d’un an, ce qui amène le début de la réalisation à 1923, soit 10 ans auparavant.
  2. Certes le film est muet, mais on n’aperçoit pas Bessie Love toujours la bouche ouverte. D’un autre côté, elle n’est pas enlevée par un des monstres qu’’on rencontre…
  3. Oui. Nous voyons bien la différence, nous spectateurs du 21ème siècle, mais n’oubliez pas que tout ceci fut tourné il y a plus de 90 ans.
  4. Son patronyme – Challenger – annonce dès le début ce qui sera l’intrigue du film : il relève le défi de ramener des preuves de ce qu’il avance.
  5. Non, je ne vous raconte pas la fin, que les deux jeunes gens terminent ensemble n’a rien de bien original.
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