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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Noir, #John Huston
Le Faucon maltais (The Maltese Falcon - John Huston, 1941)

1941 est une année particulière pour le cinéma : deux grands réalisateurs y font leurs débuts.

Orson Welles le premier mai avec Citizen Kane, et John Huston, et son Faucon maltais dont nous allons parler.

C’est la troisième adaptation du roman de Dashiell Hammett, après celle de Roy del Ruth et celle de William Dieterle.

Sans minimiser ces deux films que je n’ai pas encore vus, je ne peux pas ignorer le côté mythique, voire culte de ce film.

Rendez-vous compte : un jeune homme d’à peine 25 ans dirige Humphrey Bogart, de 7 ans son aîné, dans un premier rôle – qui plus est dans un rôle de gentil – et qui ne meurt pas à la fin !

Il faut dire qu’il fallait aimer le risque pour tourner avec un tel réalisateur qui faisait ses armes (1).

Non seulement ce coup d’essai est une grande réussite, mais en plus, il annonce une série e films dits « noirs » où le même Humphrey Bogart reprendra un personnage similaire : un détective dur-à-cuire tombeur de femmes et qui tient l’alcool.

 

Sam Spade (Humphrey Bogart, donc) est détective privée dans une agence qu’il partage avec Miles Archer (Jerome Cowan). Un jour, Brigid O’Shaughnessy (Mary Astor au diapason) lui propose une affaire : surveiller un homme.

Plus prompt que Sam, Archer accepte l’affaire et commence sa surveillance.

Mais rapidement, il est tué, alors que Sam a la visite d’autres personnes, à la recherche d’un objet semble-t-il précieux : une statuette de faucon venue de Malte (d’où le titre).

 

Bien entendu, l’intrigue n’est pas simple et regorge de péripéties avec la mort au bout de l’aventure pour certains personnages.

Mais avant tout, c’est la façon de filmer qui nous captive. Huston est omniprésent avec la caméra, variant les prises de vue en parfaite adéquation avec l’intrigue. Et si le spectateur est un tantinet plus vif que Spade, il verra tout de suite qui a fait le coup. Je ne dis pas cela pour minimiser son héros, mais il faut bien laisser le suspense s’installer, sinon pas de film.

Bogart est magnifique, posant les bases de ce nouveau genre de personnage : un privé pas tombé de la dernière pluie. La narration n’est pas à la première personne, mais c’est tout comme : nous suivons essentiellement Spade dans son long cheminement vers la vérité qu’il doit absolument découvrir : certains policiers – Tom Polhaus (Ward Bond) mais surtout Dundy (Barton MacLane) – espèrent bien lui mettre la main dessus : Spade a un mobile…

 

Mais pour que Spade prenne toute son envergure, il lui faut des adversaires à la hauteur.

C’est le cas d’un duo qu’on retrouvera avec Bogart dans le fabuleux Casablanca : Peter Lorre (Joel Cairo) et Sidney Greenstreet (Kasper Gutman).

Ces deux acteurs forment un couple qui fonctionne à merveille, véritable pendant de Laurel et Hardy du crime : ils ne sont pas drôles mais formidablement complémentaires : tous deux ont des manières très distinguées qui s’expliquent par une teinte d’homosexualité latente (2).

C’est Gutman qui mène la danse, si j’ose m’exprimer ainsi : Wilber (Elisha Cook Jr., formidable second rôle du cinéma américain), en plus d’être l’homme de main de Gutman a un statut très particulier auprès de ce gros bonhomme, qui le considère presque comme son fils. J’ai bien dit « presque » !

En ce qui concerne Cairo, sa première intervention est annoncée par une carte de visite parfumée au gardénia. Et Sam Spade ne peut s’empêcher de sourire quand il fait les poches de Cairo inconscient et qu’il découvre que son mouchoir est parfumé lui aussi. On se doute bien qu’il s’agit de la même odeur.

Mais, et c’est là qu’est aussi le talent de Huston : à aucun moment ils sont caricaturaux ou encore critiqués pour leur homosexualité. Ces deux hommes sont ce qu’ils sont et ce sont leurs actes criminels qui sont pris en compte, et rien d’autre. Aucun lien de cause à effet. Et d’ailleurs, Huston n’insiste pas et se concentre plus sur la relation entre Spade et la jeune femme.

Encore que « jeune femme » est moins exact que « femme jeune », voire « encore jeune ».

Oui, Mary Astor a 35 ans quand sort le film, mais elle n’a tout de même rien perdu de sa beauté, ajoutant maturation à sa séduction. Elle est malgré tout une de ces « femmes fatales » dont Hollywood avait le secret.

Son jeu est toujours impeccable et elle partage avantageusement la vedette avec Bogart, jouant elle aussi une dure-à-cuire, mais d’un autre genre.

 

Au final, un film dont je ne me lasse toujours pas et vers lequel je reviendrai toujours avec beaucoup de plaisir.

 

 

PS : A noter qu’on retrouvera Bogart, Astor et Greenstreet dans un autre film de Huston l’année suivante : Across the Pacific. Il s’agit d’un film en rapport avec la guerre où les Etats-Unis ont enfin pris part.

 

  1. C’est le cas de le dire.
  2. N’oublions pas qu’à cette époque l’homosexualité n’avait pas le vent en poupe, même si nous savons aujourd’hui que certains grands noms de Hollywood l’étaient, mais le cachaient pour éviter d’être mis au banc de l’infamie. 
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