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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie dramatique, #Woody S. Van Dyke
Chanson païenne (The Pagan - Woody S. Van Dyke, 1929)

Le « païen » du titre original (1), c’est Henry Shoesmith (Ramon « Ben Hur » Novarro). Il mène une vie oisive, dans une des « îles sous le vent » chères à Marius. Un jour débarque Roger Slater (Donald Crisp), à la recherche de coprah, cet élément qu’on trouve dans les noix de coco. Il est accompagné par Tito (la superbe Dorothy Janis), métis tout comme lui et actuellement pupille de Slater qui veut en faire une « blanche » à part entière.

Bien entendu, Henry et Tito tombent amoureux et l’infâme Slater veut les séparer, se réservant pour son usage personnel cette (très) belle jeune femme.

Mais Henry est métis : d’un côté il n’épouse personne mais prend (littéralement) sa femme ; de l’autre il sait se battre pour la garder. Deux éléments que Madge (Renée Adorée) a très bien compris, malheureusement pour elle, et que Slater va expérimenter.

 

Comme nous sommes en 1929, le film n’est pas totalement muet. Et c’est très certainement de là que vient le titre français : seules les séquences musicales sont sonorisées, ainsi que quelques (très) rares éléments. Mais comme le parlant est encore balbutiant, le rendu n’est pas des plus probants. Reste tout de même de belles voix dont celle de Novarro fera son succès.

Pour le reste, nous assistons à une histoire très classique où l’homme blanc est un corrupteur, avide de richesses, et bien sûr hypocrite : cette « pupille » que Slater veut occidentaliser est bien trop jolie pour que ses intentions soient honnêtes !

 

Pour le reste, Van Dyke est dans son élément, restant dans les îles du Pacifique de White Shadows in the South Seas (2), utilisant la même technique de post-synchronisation pour les différents effets sonores. Ce qui explique l’aspect un tantinet bricolé du film sur cet aspect-là.

Le seul qui est bien en place d’un point de vue sonore, c’est le lion (Jackie) d’introduction de la MGM. Et c’est d’ailleurs assez déstabilisant de l’entendre lui alors que le son ne va apparaître qu’une fois que Henry chante, et par là même découvre Tito.

Et si l’ombre de Flaherty planait sur le film précédent (normal, c’est lui qui l’avait commencé), Van Dyke est totalement libéré pour ce film, délaissant l’aspect réaliste cher au premier, pour se concentrer sur cette intrigue convenue, mais tout de même plaisante.

 

Mais comme toujours, un film est aussi le produit de son environnement. Et ici, nous sommes pleinement dans un film américain, où certains aspects sociaux transparaissent dans le film.

C’est le cas de la relation avec Tito, cette jeune métisse. IL faut savoir qu’à cette époque, les mélanges qu’on disait « raciaux » (3) n’étaient pas à l’ordre du jour. Et le « sacrifice » de Slater – épouser Tito – n’a pas le même impact aujourd’hui. Certes, la concupiscence est flagrante dans l’attitude de ce personnage, mais il n’y a pas beaucoup d’ironie dans ce terme de sacrifice : Slater est avant tout un blanc, et les blancs ne se mélangeaient pas avec les indigènes (et encore moins les noir·e·s).

Mais bien sûr, puisque Slater est un individu ignoble, il sera châtié et les deux métis finiront ensemble : ouf, la morale est sauve.

 

Un dernier mot sur l’interprétation (je ne reviens pas sur les voix qu’on entend si peu). Si Ramon Novarro est toujours aussi magnifique – et en plus, la plupart du temps il est à moitié nu – et Dorothy Janis absolument superbe, c’est encore une fois Donald Crisp qui retient notre attention, campant un méchant sublime, aussi sadique que Battling Burrows, mais avec une (fausse) apparence respectable : c’est lui que nous suivons au tout début du film, impeccable dans son complet blanc, et qui se rend à la banque. Mais le plan rapproché qui le voit échanger avec Madge (encore une fois, Renée Adorée est magnifique), un détail nous indique qu’il n’est pas cet homme irréprochable qu’il veut (nous) faire croire : il a une boucle d’oreille. Et au cinéma, en 1929, seuls les femmes et les pirates en portent. Et comme Slater n’a rien d’efféminé…

Oui, c’est un pirate. Un pirate moderne qui n’écume pas les mers mais exploite les ressources des terres. Et puis les habitants aussi un peu.

 

  1. Mais pourquoi avoir ajouté un substantif dans la traduction ?
  2. Tahiti.
  3. Comme s’il existait plusieurs races humaines…
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