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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Steven Spielberg, #Presse
Pentagon Papers (The Post - Steven Spielberg, 2017)

Que faire quand on attend la fin de la postproduction de son film ? Un autre film, bien évidemment. Surtout quand on est cinéaste, et encore plus quand on s’appelle Steven Spielberg.

Avec Pentagon Paper (1), Spielberg élargit son champ d’action cinématographique et se lançant dans un film sur la presse, et plus particulièrement à la suite d’Alan J. Pakula : en 1976 sortait Les Hommes du Président, dont les protagonistes étaient (sont) deux journalistes de ce même Post.

 

En 1966, Dan Ellsberg (Matthew Rhys) se procure un rapport accablant à propos de la guerre du Vietnam qui commence (déjà) à s’enliser.

Cinq ans plus tard, le New York Times (autre journal prestigieux) publie un extrait de ce rapport.

La Maison Blanche contre-attaque en assignant le Times.

Entretemps, le Post récupère la quasi-intégralité du rapport. Faut-il le publier ?

 

Les cinéphiles savent (voir plus haut) que la réponse est oui. Mais ce n’est pas ça qui est le plus intéressant dans ce film. C’est plus la façon d’y arriver et surtout la personnalité de Katharine « Kay » Graham (Meryl Streep, magnifique), fille et épouse des deux précédents directeurs du quotidien.

Mais surtout, nous sommes dans un film de Spielberg, et dans cette reconstitution historique, on retrouve quelques thèmes privilégiés du réalisateur, comme la famille et l’inadaptation.

En effet, le personnage de Kay est absolument incongru dans cet univers d’hommes – on trouve aussi peu de femmes dans le film de Pakula – la séquence à Wall Street en est un exemple flagrant.

Quant à la famille, outre les précédents directeurs, beaucoup de scènes – dont l’étude de ces fameux papiers – se situent chez les protagonistes principaux : chez Kay ou chez Benjamin « Ben » Bradlee (Tom Hanks).

 

La première incursion dans la salle de rédaction du Post nous renvoie directement au film de Pakula. Pour ceux – comme moi – qui ont vu l’autre film, c’est un lieu familier, synonyme de sérieux et de qualité. Et pourtant, au moment de cette histoire, le Post est à deux doigts de mettre la clé sous la porte. La publication ou non de cette affaire d’état est un enjeu essentiel pour le film, mais surtout pour le Post : les investisseurs suivront-ils ?

Pourtant, le véritable enjeu – pour Spielberg – c’est la place d’une femme dans un monde exclusivement masculin.

 

Il y a chez Kay une fragilité visible : elle n’est pas à l’aise parmi dans ce monde d’hommes. La réunion avec les investisseurs est une illustration très juste de cet état de fait. Elle a beau présider la séance et avoir prépa&ré à fond cet entrevue, elle ne peut pas aller au bout de ce qu’elle voulait, et en plus les participants se tournent vers son collaborateur Fritz Beebe (Tracy Letts) qui se trouvez obligé de prendre à son compte le travail de Kay.

L’ouverture des esprits créée par l’année 1968 ne s’est pas propagée partout : les tenants de la phallocratie sont toujours aux commandes et malgré son statut, Kay n’est qu’une femme, et semble acceptée seulement parce qu’elle était liée aux anciens directeurs. A ce propos, Bradley Whitford, dans le rôle d’Arthur Parsons, est magnifique phallocrate bouffi de sa suffisance masculine.

Et puis il y a la séquence de Wall Street : le jour de l’entrée sur le marché du Post, après près de 100 ans d’indépendance financière.

Kay gravit les marches vers la salle de réunion et se retrouve devant une assemblée de femmes, toutes portant des dossiers : ce sont les secrétaires des hommes qui ont pu pénétrer dans le sanctuaire. L’entrée de Kay et surtout sa place à la table de réunion la fragilisent encore plus. On sent sa gêne, mais aussi le poids des préjugés de ces hommes qui n’ont d’autre alternative que de la recevoir. C’est un immense moment de solitude pour elle.

 

Mais heureusement, la famille est là : c’est elle qui va lui donner la force qui lui manque : son échange avec sa fille Lallie (Alison Brie) est l’élément déclencheur, ce qui lui manquait pour passer à autre chose. A partir de cet instant, Kay devient enfin la directrice qu’on attendait. Elle le sera jusqu’en 1979 et aura encore un rôle important dans l’autre grand scandale révélé par le Post : le Watergate.

 

Et Nixon dans tout ça ? On ne le voit pas, mais on sent son  influence à chaque moment-clé du journal. Il y a une crainte – justifiée – de la réaction de la Maison Blanche, et l’injonction prononcée contre le Times est le révélateur d’un gouvernement bien éloigné du discours de Gettysburg.

Les seules interventions qu’on a de la Maison Blanche sont des conversations téléphoniques d’un proche de Nixon, aperçu de dos à travers les vitres. La dernière intervention nous amène bien entendu au film de Pakula : mais comment pouvait-il en être autrement ?

 

 

PS : Dans le film de Pakula, c’est Jason Robards qui interprète Ben Bradlee.

 

(1) Le titre original laconique – The Post – se réfère au Washington Post, l’un des journaux les plus prestigieux des Etats-Unis. Les « Pentagon Papers » sont toutefois l’un des enjeux de l’intrigue.

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