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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #John Ford, #Western, #Prison
Je n'ai pas tué Lincoln (The Prisoner of Shark Island - John Ford, 1936)

9 avril 1865 : fin de la Guerre Civile aux Etats-Unis.

14 avril 1865 : Abraham Lincoln (Frank McGlynn Sr.) est assassiné par John Wilkes Booth (Francis McDonald).

En s’enfuyant, Booth se casse la jambe. Dans sa cavale, il est soigné par le docteur Samuel A. Mudd (Warner Baxter) qui ne l’a pas reconnu.

Mais cette assistance va vite le desservir : il est condamné à la perpétuité pour conspiration et complicité dans l’assassinat du président.

Il se retrouve alors sur une île de Floride qui sert de pénitencier dont le nom indique clairement sa caractéristique première : Shark Island (L’Ile aux requins).

 

Commençons par préciser quelques éléments : non Shark Island, en tant que telle n’existe pas, et le docteur n’avait pas un enfant, il en avait quatre, etc.

Non, ce qui nous intéresse, c’est justement l’existence de ce docteur, condamné – semble-t-il – à tort d’avoir participé à l’assassinat d’un président très cher aux Américains.

Et Lincoln, s’il n’apparaît pas longtemps (et pour cause), c’est un homme bon et consensuel, qui demande même à la fanfare de jouer Dixie, l’hymne des Confédérés : passée la surprise, les « vainqueurs » accueillent avec enthousiasme cet hymne interdit pendant ces quatre dernières années.

Puis, c’est le jour terrible qui vit la fin de ce grand président : John Ford a fait recréer le théâtre (1) où eut lieu l’événement, comme Griffith une vingtaine d’années auparavant.

Et la mort de Lincoln est en plus très symbolique : si Booth le tue comme l’avait déjà fait Raoul Walsh sur Joseph Henabery, c’est ensuite qu’il y a toute l’admiration de Ford pour cet être qui devient légendaire : un véritable voile est tiré devant lui dans une posture qui n’a rien d’un assassiné, mais plutôt un vieil homme – un patriarche ou un vieux père, celui de la Nation – qui s’est éteint doucement devant nous, et dont l’image se brouille alors que le quadrillage du voile s’impose.

Bref, c’est une très belle conclusion pour cette séquence de reconstitution : l’hommage d’un géant du cinéma pour un géant tout court pour lequel Ford avait une très grande admiration (2).

 

Bien sûr, c’est la dernière demi-heure qui retient toute notre attention : la période d’enfermement. A ce moment, le film bascule dans le thème carcéral où point le sadisme d’un gardien anéanti par l’assassinat de Lincoln. En effet, le sergent Rankin (John Carradine) va en faire baver à Mudd, mais seulement à lui pour ce qu’il a été condamné : sa violence ne s’exerce que contre Mudd, il n’y a pas l’aspect tortionnaire qu’on pourra trouver dans les films pénitentiaires ultérieurs.

De plus, il n’est pas question de l’incarcération en tant que telle, mais plus du rôle – véritable – qu’a joué Mudd dans l’épidémie de fièvre jaune qui a décimé la prison et qui lui permit d’être libéré pour conduite héroïque.

 

Et Ford, même si le film n’a pas le ton un tantinet humoristique qu’on trouve dans ces autres films, arrive tout de même à recréer un microcosme dans cette prison : on y retrouve avec plaisir quelques habitués du cinéaste (Harry Carey, Jack Pennick ou encore son frère Francis) et un petit nouveau qui reviendra souvent travailler avec le maître, John Carradine.

Et la femme forte, qu’on retrouve d’habitude ? Elle est là, c’est Peggy Mudd (Gloria Stuart) la femme du docteur : une femme énergique et amoureuse, capable de tout pour faire évader son mari. (3)

 

Le film de Ford me semble un peu à part dans sa filmographie. En effet, si on retrouve des têtes connues, on se trouve en présence d’un premier rôle – Warner « Cisco Kid » Baxter – qui ne s’imposera pas dans l’univers du réalisateur. Il faudra attendre encore un peu pour voir arriver Henry Fonda, et bien sûr John Wayne (qui avait déjà fait de la figuration chez Ford auparavant).

Le ton du film, de par sa gravité et l’aspect historique voire hagiographique (en ce qui concerne Lincoln), ne lui permet pas non plus les incursions humoristiques habituelles.

 

Un dernier mot enfin sur deux acteurs fordiens en diable : Francis, son frère qui interprète un militaire qui nous apparaît comme loin d’être sobre, mais qui a tout de même quelques répliques, ce qui n’arrivait pas toujours ; et le sempiternel et fidèle Jack Pennick dans le rôle du caporal chargé du sémaphore, et qui n’apparaît même pas dans la distribution – pourtant bien complète habituellement – du film par le site IMdB.

 

Un film de transition certes, mais tout de même de très belle facture.

 

 

  1. Le théâtre Ford, ça ne s’invente pas…
  2. Il reprendra ce personnage dans Young Mr. Lincoln avec Henry Fonda trois ans plus tard.
  3. C’est elle qui interprète le rôle de Rose âgée dans le Titanic de James Cameron : elle n’avait que 87 ans quand le film est sorti. Elle mourut treize ans plus tard, quelques semaines après sont centenaire.
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