Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #William Wellman, #Gangsters
L'Ennemi public (The public Enemy - William Wellman, 1931)

Une voiture démarre. A son bord : Tom Powers (James Cagney) et Matt Doyle (Edward Woods). Une femme en blanc traverse le champ. Nous suivons les deux hommes. Soudain, Tom aperçoit quelque chose : c'est une femme. Celle qui vient de traverser devant nous.

Tom fait arrêter la voiture. Il l'observe. Elle lui rend son regard. Elle sourit. Il descend et se précipite vers elle. Elle a les cheveux blond platine. Elle s'appelle Gwen Allen (Jean Harlow).

Elle : Je n'ai pas l'habitude de monter avec des étrangers.

Lui : Nous n'allons pas rester étrangers [longtemps].

Pourtant, elle monte.

Rencontre mythique.

 

A son tour, William Wellman prend le pouls de la société qui se délite : voici son film de gangster qui sortira trois mois après Little Caesar. Avec Scarface, c'est le troisième grand film sur ce thème. Mais ici, contrairement aux deux autres, nous n'assistons pas à une ascension.

Il s'agit plus d'un exposé sur ce fléau qu'est le crime.

Tom Powers n'est pas un grand ponte du crime. Juste un petit truand, essayant de survivre dans la cour des grands. Le grand patron, pour lui, c'est Samuel « Nails » Nathan (Leslie Fenton). Et entre eux deux, il y a Paddy Ryan (Robert Emmett O'Connor), le sous-chef.

Autre différence : les truands sont irlandais.

Tom est fils d'Irlandais. Son père, comme beaucoup d'Irlandais américains, est policier. Pourtant, le petit Tom a choisi un autre chemin : le crime. Petit (1909), il vole dans les magasins et embête les filles (déjà, Matt est attentionné envers elles). Quand le père Powers surprend son fils, c'est la correction assurée à grands coups de ceinturon. Mais Tom ne pleure pas. C'est déjà un dur.

Alors quand il grandit, il s'acoquine avec d'autres truands d'envergure : Putty Nose (Murray Kinnell), petite frappe de quartier ; puis Paddy Ryan, pour des choses autrement plus sérieuses.

Car arrive la Prohibition (1920). Tout doit disparaître : les stocks d'alcool s'écoulent dans le caniveau ou sont récupérés pour être stockés en vue de la grande pénurie à venir. C'est à ce moment que les affaires vont se mettre en marche pour Tom et Matt aux ordres de Paddy. Et avec le trafic, le train de vie change : argent facile, habillement sophistiqué (on troque la casquette pour un chapeau, tout de suite plus élégant), belle voiture et filles faciles (surtout quand on étale sa fortune).

Alors que Rico (Little Caesar) et Tony Camonte (Scarface) sont des gangsters qui s'élèvent (pour retomber), Tom reste toujours au même niveau. Il n'a pas de haute ambition. Il obéit et exécute les ordres (ou les gens, des fois, c'est la même chose). Mais comme chez Mervyn LeRoy, beaucoup d'exécutions se font hors champ. Ce qui est différent : quand Matt ou Tom sont touchés, ils saignent VRAIMENT.

 

Parce que Wellman recherche le réalisme. Il prévient le spectateur dès le début : ce que nous allons voir est vrai. On a changé les noms, mais c'est du véridique. Il y a une banalisation du destin de Tom : pas de destin grandiose, pas de coup d'éclat ou d'ostentation. Powers est un type normal, issu du melting pot, avec une famille, une histoire banale, facilement identifiable, si ce n'est son côté criminel. Wellman semble nous dire au spectateur : « ça pourrait vous arriver ». En plus, à la différence de Rico, Tom est beau gosse. Il charme les dames avec facilité, son sourire étant l'une de ses armes les plus dangereuses. Rico ne souriait que très peu : Tom est toujours goguenard, ironique, voire cynique. Quand il décide de se venger, c'est le sourire aux lèvres qu'il s'y rend, sûr de lui.

Cette même scène étant devenue culte (n'ayons pas peur des mots !) : il attend sous la pluie que ses ennemis arrivent, puis les suit dans leur repaire et les flingue, prenant du même coup une balle dans la tête. Alors il sort, titubant, et s'écroule dans le caniveau (lui aussi !), le sang lui coulant à la tête, s'exclamant alors : "I ain't so tough!" (« je ne suis pas si fort ! »).

D'ailleurs, chaque scène de mort d'un personnage important est impressionnante : la mort de Matt et surtout celle de Putty Nose : il sort d'un club, croise un chat noir puis tout de suite après Tom et Matt qui l'emmènent chez lui pour le tuer. Il sera exécuté hors champ, la caméra passant du piano où il joue quelques notes, vers Matt qui regarde, à l'écart, et qui sursaute quand Tom tire. Grande moment, vraiment.

Et je ne vous raconte pas la scène finale, encore plus terrible.

 

Une fois le film terminé,  Wellman conclut son exposé en expliquant que quelque chose doit être fait pour résoudre ce problème. Deux ans plus tard, en avril 1933, Roosevelt fera abroger le Volestead Act, mettant fin à une partie de ce fléau. Mais les organisations criminelles avaient profité de cette période pour se structurer. Elles sont toujours en place.

Commenter cet article

Articles récents

Hébergé par Overblog