Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #Fred Niblo
The red Lily (Fred Niblo, 1924)

Jean Léonnec (Ramon Novarro), le fils du maire de Vivonne (Frank Currier), aime la douce et belle Marise La Noue (Enid Bennett, madame Niblo à la ville), la fille du sabotier. Malheureusement, ce dernier vient à mourir et la jeune femme doit aller vivre chez sa famille qui lui reste : un couple d’ignobles ivrognes dont le mari est violent. Bref, des gens vraiment peu recommandables.

Pourchassée par ce dernier, Marise revient dans son ancienne maison et est consolée par Jean. Mais au matin, elle est chassée de son village (elle est pauvre, comprenez-vous).

Jean décide de partir avec elle. Ensemble, ils prennent le train pour Paris, gonflés des promesses d’une nouvelle vie.

Malheureusement, Jean est arrêté (injustement) pour vol, et doit abandonner Marise à la gare (1), qui l’attend. Quand il s’échappe et revient à cette même gare, Marise est partie.

Va alors commencer sa recherche de la femme « qui a le visage d’un ange », qui va se transformer en descente en enfer.

 

C’est beau comme un film de Fred Niblo (ça tombe bien, c’est lui qui est aux manettes), mais avec tout de même une accumulation excessive : non seulement les deux amoureux se perdent de vue, mais en plus, ils se trouvent entraînés dans la déchéance, descendant toujours plus bas dans la société humaine avec au bout deux limites (prévisibles) : la délinquance pour lui, et la prostitution pour elle.

Mais si cette accumulation de malheur est un tantinet exagérée, elle n’en demeure pas moins filmée avec beaucoup de soin, voire de brio (2). Les images de Victor Milner sont superbes, et en particulier la séquence d’orage qui voit Marise retourner dans son ancienne demeure : les éclairages sont somptueux et accentuent la menace que laisse planer cet orage sur les deux protagonistes.

Bref, c’est magnifique.

 

Alors oui, l’intrigue accumule (trop) les malheurs, mais encore une fois, c’est la façon de les amener qui est primordiale : les deux jeunes gens se perdent, mais à chaque fois, ça ne se joue pas à beaucoup de chose :

  • quand Jean revient à la gare, il entre par une issue pendant qu’elle sort par une autre, cachée par un pilier de séparation (voir ci-dessous) ;
  • plus tard, en bord de Seine, elle est assise sur un banc, tournant le dos à un jeune homme accoudé devant le fleuve : quand elle s’en va, on se rend compte que c’est lui.

Même leurs retrouvailles sont tragiques, modérées par un jeu de lumière des plus pertinents : chacun des deux est placé devant une source lumineuse (l’éclairage urbain pour lui, la cage d’escalier pour elle) qui les empêche de distinguer leurs traits respectifs. Ce n’est qu’une fois le piètre éclairage de la chambre mansardée de Marise est allumé qu’ils se rendent compte de leur réunion.

 

Et cette intrigue un brin outrancière, est soutenue par une distribution haute en couleur. Ramon Novarro est un jeune premier tout à fait acceptable et il est vrai que sa partenaire, Enid Bennett a vraiment un visage d’ange (3 ; mais c’est dans les seconds rôles qu’on retrouve une faune digne des bas-fonds parisiens, avec trognes patibulaires et maquillages féminins excessifs. On retrouve quelques « gueules » qui vont agrémenter cette compagnie qui vient de naître, la MGM : Gibson « McTeague » Gowland (un client un tantinet trop entreprenant), Dick Sutherland (The Toad – le Crapaud – un voyou violent), John « Cojo » George, sans oublier Emily Fitzroy (Mme Bouchard) et l’incontournable Wallace Beery (Bo-Bo). Une mention spéciale aussi pour Rosemary Theby (Nana) qui semble tout droit échappée de chez Zola : illustration idéale de cette vulgarité stéréotypée des filles de joie maquillées à outrance.

 

Au final un film superbe qui, si son intrigue est outrancière, est porté par une interprétation de qualité avec des images qui le sont aussi, et une direction à la hauteur des espérances.

Niblo est prêt pour ce qui va devenir son chef-d’œuvre l’année suivante : Ben Hur: a Tale of the Christ.

 

  1. D’Orsay, je suppose, mais ce n’est pas dit. Le réalisme hollywoodien a ses limites.
  2. Une petite réserve tout de même pour un raccord plus que maladroit du monteur (Lloyd Nosler) à l’arrivée du maire chez le défunt sabotier.
  3. Etre madame Niblo est aussi une motivation pour le réalisateur d’en faire une figure angélique, sinon mariale…
The red Lily (Fred Niblo, 1924)
Commenter cet article

Articles récents

Hébergé par Overblog