Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #Josef von Sternberg
Les Chasseurs de salut (The salvation Hunters - Josef von Sternberg, 1925)

Un port miteux aux docks miséreux.

Seule activité de ces docks : une benne qui drague la boue et en remplit une barge, inlassablement.

Et les hommes ? Des reflets sur l’eau tout d’abord, puis des abandonnés de la vie : un jeune homme (George K. Arthur), une jeune femme (Georgia Hale) et un gamin (Bruce Guerin) dont les parents ont été tués par cette même benne.

Fatigués de cette vie qui n’en est pas une, ils décident d’aller ailleurs, là où l’herbe est plus verte.
Et non seulement elle n’est pas plus verte, mais surtout il n’y en a pas : ils se retrouvent en ville, dans un quartier pauvres où les taudis s’entassent, avec des personnages peu recommandables qui les habitent.

 

Sordide.

C’est le mot qui convient le mieux quand Sternberg nous montre ce port abandonné de tous sauf de quelques irréductibles (1), où s’entassent les morceaux d’épaves, les poissons pourris et les ordures (ménagères et humaines), pendant que la grue fait plonger sa benne à longueur de journée. Et cette benne va occuper l’espace tout le temps que va durer cette séquence, nous présentant les trois protagonistes. Et même l’incursion burlesque – quand la brute (Olaf Hytten) qui martyrise le gamin reçoit les effets du déchargement de la benne dans la barge – n’éclaire en rien le tableau : c’est un univers glauque où la vie s’enfuit irrémédiablement, pendant que la grue tente de vider la boue du port que la terre amène, là encore inexorablement.

 

Pour son premier long métrage, Sternberg donne le ton de ce qui va être son cinéma : peu de place à l’optimisme, et surtout un travail sur l’éclairage et le cadrage, même si ce n’est pas encore Bert Glennon ou James Wong Howe, accentuant fortement la misère ambiante du film.

Et surtout, Sternberg réalise avec brio une peinture réaliste voire naturaliste qu’on rencontre alors peu dans le cinéma américain de l’époque, quand il s’agit de fiction (2).

Pas étonnant qu’il ait alors été repéré par les stars incontournables du moment : Douglas Fairbanks et surtout Charles Chaplin. C’est d’ailleurs la United Artists qui va distribuer le film, contribuant à en faire une référence pour le cinéma mondial.

 

On peut d’ailleurs voir l’influence de ce film sur le même Chaplin dans le final de Modern Times : le vagabond et la gamine s’en vont, le sourire (forcé) aux lèvres sur une route déserte, pendant que la caméra les suit en travelling arrière, avant de laisser place au contrechamp qui les voit s’éloigner sur cette même route déserte. Ici, les trois protagonistes s’en vont vers le soleil, sur une même route, avec les mêmes effets de caméra, le même sourire aux lèvres. La seule différence, c’est ce soleil que le garçon, la fille et le gamin ont toujours cherché, fuyant la boue pour le trouver.

 

Si l’année 1925 est celle de la consécration (éphémère) de Georgia Hale (3), c’est tout de même George K. Arthur qui tire le mieux son épingle du jeu. Son physique et sa bonne tête en font un archétype indispensable à l’intrigue. Il n’a rien d’un Douglas Fairbanks athlétique, et se fait traiter d’avorton par la jeune femme, sans même répliquer, tant la lâcheté lui colle au corps. Bien sûr, Sternberg ne peut pas terminer son film sur un échec et c’est là qu’intervient le gamin, élément déclencheur de cette intrigue. C’est lui qui va provoquer le sursaut du jeune homme qui va enfin prendre en main son destin.

Mais qu’on ne s’y trompe pas, si les trois forment alors une famille, leur avenir est loin d’être assuré : ils partent le cœur plus léger, prêts à en découdre avec la vie, mais avec toujours le même bagage : rien.

 

  1. Qui n’ont pas vraiment le choix que de vivre là…
  2. Rien à voir donc avec le réalisme qu’on trouvait alors (évidemment) chez Robert Flaherty.
  3. Elle va apparaître dans La Ruée vers l’or quelques mois plus tard (26 juin). Par contre, son rôle ici reflète tout le mal que Sternberg pensait d’elle, comme il l’exprima quelques années plus tard dans son autobiographie (Fun in a Chinese Laundry, 1965).
Commenter cet article

Articles récents

Hébergé par Overblog