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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Robert Wise, #Guerre, #Richard Attenborough
La Cannonière du Yang-Tsé (The sand Pebbles - Robert Wise, 1966)

La canonnière du titre, c’est le San Pablo. Mais on l’appelle aussi Sand Pebbles (1).

C’est un vieux bâtiment de la Navy (américaine, bien sûr) qui fait le lien entre Changsha et China Light, sur le fleuve Yang-Tsé.

Ce navire accueille à son bord un nouveau mécanicien : Jake Holman (Steve McQueen). Avec l’arrivée de ce dernier, c’est le fonctionnement du bateau qui va changer, mais surtout la situation politique.

Alors que la Chine est dominée par des puissances « occidentales » - France, Allemagne, Royaume-Uni, Etats-Unis – le Kuomintang de Tchang-Kaï-Chek mène un soulèvement qui mènera à l’autonomie du pays, sans le parti communiste de Mao qu’il va pourchasser, avant de lui céder la place en 1949.

Nous assistons donc ici au début de l’insurrection – nous sommes en 1926 – et quand le film se termine, Nankin a été déclarée capitale et la guerre civile va commencer entre les nationalistes (de CKS) et les communistes (de Mao).

Au milieu de tous ces troubles, le San Pablo essaie de protéger ses ressortissants.

 

C’est un long film que nous propose Robert Wise, encore une fois, mais cette longueur se justifie par la complexité de l’intrigue et surtout des enjeux politiques inhérents.

Bien sûr, notre sympathie va tout de suite à Holman – Steve McQueen oblige – et à son ami Frenchy (Richard Attenborough).

Quand Holman arrive sur le San Pablo, il entre rapidement en conflit avec les autres : ses frères d’armes comme les « cadres » des coolies, Chien (Tommy Lee) et Lop-Eye Shing (Henry Wang).
Ce n’est pas un débutant dans le pays, et tout comme ses camarades, il a des préjugés tenaces envers les populations autochtones. Pourtant, son attitude va changer, et sa vision des Chinois évoluer, surtout avec l’un d’eux qu’il va former : Po-Han (Mako).

 

Malgré tout, Holman est mal vu par la plupart des marins, vexés par son attitude non-conformiste qui explique aussi pourquoi il a des états de service peu orthodoxes : c’est un bon mécanicien, certes, mais il semble ne pas s’adapter au cadre qui lui est donné.

De plus, son arrivée coïncidant avec le soulèvement chinois le désigne tout naturellement comme le responsable des dysfonctionnements du bateau et de la situation politique. Il faut dire que le conflit qui se met en place est totalement différent de ceux qu’ont pu vivre les marins et surtout leur capitaine (Richard Crenna – le futur supérieur de Rambo !) : les Communistes (au nord) tentent de saper l’autorité américaine, balançant ce qu’on appelle aujourd’hui des fake news, et qui n’est rien d’autre que de la propagande.

 

Le périple – dangereux – du San Pablo est aussi le théâtre de deux histoires amoureuses : celle de Frenchy, et celle de Holman (of course !).

Frenchy est subjugué par une jeune femme – Mayli (Emmanuelle Arsan, qui a obtenu un grand succès avec ses livres dont l’héroïne porte le même prénom qu’elle…) dans un bordel de Changsha : cette jeune femme est dans une situation très délicate, et encore plus du fait des événements. Elle est une orpheline chinoise élevée par des missionnaires américains. Apatride malgré elle, elle sera tirée de sa misérable situation par Frenchy et Holman, mais surtout grâce à un match de boxe assez gratiné qui voit s’affronter le frêle Po-Han contre l’impressionnant Stawski (Simon Oakland). La relation entre Frenchy et Maily est étonnante dans un tel cadre : en 1926, il n’est pas question de mariage mixte aux Etats-Unis !). Mais c’est cette union qui fait que ces hommes – Frenchy et Holman – sont encore des hommes et non des brutes remplies de préjugés (comme Stawski, par exemple).

 

L’autre histoire d’amour – impossible, cela va de soi – concerne Holman et Shirley  Eckert (Candice Bergen), une enseignante qui est elle aussi d’une certaine façon une missionnaire : à l’inverse de Jameson (Larry Gates), avec qui elle travaille, elle éduque les jeunes Chinois sans bible.

Il n’y a aucun avenir pour eux, même si elle veut y croire. Holman est plus lucide qu’elle, même si au dernier moment il se dit que ce serait possible.

 

C’est un film en deux parties que nous avons ici. La première pose le décor et détermine les rôles des différents personnages. Quand il s’interrompt (« Intermission »), les différents destins sont scellés, la tragédie se met en place : tout le monde ne s’en sortira pas.

La seconde partie nous amène inévitablement à un affrontement qui couvait depuis le début de la deuxième heure.

 

La dernière heure du film va donc nous proposer une bataille épique qui se livrera dans un premier temps sur l’eau, une lutte navale entre la poignée d’Américains et une armée de Chinois qui ne cesse de croître : à chaque homme qui tombe, plusieurs autres apparaissent pour le remplacer…

Quand le San Pablo force le barrage, Holman est le dernier à rejoindre le bord. Holman voit tous ces morts dans les bateaux ou qui flottent au fil de l’eau. On sent alors qu’il a pris conscience que ce qui se passe n’est pas anodin et surtout que la situation est dérisoire, voire désespérée. Le Kuomintang se battra jusqu’au bout pour obtenir l’indépendance du pays et chassera par la même les puissances coloniales.

 

Le final alors, dans son déroulement, ne peut pas nous étonner. La lutte que se livrent les différentes armées ne concerne plus les Occidentaux.

Ils doivent partir. Ou mourir.

 

 

(1) Titre original, créé par homophonie avec San Pablo : « galets, cailloux (de sable)… »

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