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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Michel Hazanavicius, #Guerre
The Search (Michel Hazanavicius, 2014)

Après les deux OSS 117 et The Artist, on est un (petit) peu étonné de voir Michel Hazanavicius tourner un film dit « sérieux » (1).

Mais une fois la surprise (rapidement) passée, on se laisse emporter par cette « recherche » à plusieurs niveaux, dans un pays dévasté par la guerre – la Tchétchénie – entre les combats et la fuite des réfugiés.

Il s’agit tout d’abord d’un remake, Hazanavicius s’étant inspiré du film de Fred Zinneman The Search (1948), où Montgomery Clift tenait un rôle similaire à celui qu’interprète Bérénice Béjo.

 

Nous sommes donc en Tchétchénie au moment de la deuxième guerre qui commença fin septembre – début octobre 1999. Les premières images nous montrent ce qu’un soldat est en train de filmer avec un caméscope, riant des exactions de ses frères d’armes qui exécutent les gens sans distinction, considérant tous les Tchétchènes comme des terroristes, enfants et vieillards inclus.

Pendant que ces soldats s’amusent, dans une maison un petit garçon regarde par la fenêtre ses parents se faire fusiller.

Une fois les soldats partis, Hadji (Abdul Khalim Mamutsiev) – le jeune garçon – part avec son petit frère Vakha, encore bébé.

A Perm, Kolia (Maksim Emelyanov) un jeune garçon est arrêté pour possession de stupéfiants, et envoyé à l’armée afin d’éviter la prison. Il y fait ses classes (2), jusqu’au moment où il se retrouve au combat, dans cette même Tchétchénie.

Parallèlement, nous suivons Carole (Bérénice Béjo), observatrice de la commission aux Droits de l’homme de l’Union Européenne, recueillir des témoignages sur la situation catastrophique dans ce pays.

A un moment, ils devront se rencontrer…

 

Ce qui marque le plus quand on regarde le film, c’est la teinte qui est employée tout du long : Hazanavicius tourne en couleurs certes, mais ces couleurs sont ternes, tout juste au-dessus du noir et blanc, en harmonie avec les événements décrits. La guerre est sale et les images ne le montrent que trop bien.

Mais alors que tous les éléments pour faire pleurer dans les chaumières sont rassemblés (guerre, abandon, errance…), on reste plus au niveau du témoignage, voire du reportage. En effet, la caméra reste toujours (ou presque) au niveau personnel du protagoniste.

 

Encore une fois, Michel Hazanavicius nous offre un très beau film, bien équilibré et qui flirte avec le pathos mais sans jamais s’y abandonner. On y retrouve le désespoir des réfugiés sans oublier quelques traits d’humour : la femme qui abandonne sa maison mais qui espère tout de même que les soldats ne détruiront pas ses vitres en est un bon exemple.

Mais surtout, c’est montage qui est formidable. En effet, il s’agit d’un immense montage parallèle de trois destins qui se croisent ou/et se rejoignent dans un pays en guerre.

Hadji d’un côté, Carole de l’autre, et au milieu Kolia, représentant lui la menace russe qui plane au-dessus du pays.

La rencontre était inévitable pour Hadji et Carole. Pourtant, elle n’intervient pas tout de suite. Il faut une demi-heure pour qu’ils se croisent sans se remarquer avant d’entrer réellement en contact une dizaine de minutes plus tard. Mais surtout, rien ne les rassemble : elle est plus ou moins diplomate, il est réfugié, elle parle français et anglais, pas lui… Malgré tout, on assiste à une relation qui s’établit petit à petit entre l’enfant et la femme, une oasis de calme pour lui dans cet enfer militaire.

Cette relation rappelle les mots du renard dans Le petit Prince (3) : ils vont finir par s’apprivoiser.

 

A partir de maintenant, et si vous n’avez pas (encore) vu le film, je vous conseille d’aller faire un tour et de revenir plus tard, car je vais devoir révéler quelques éléments importants de l’intrigue.

 

Je reprends donc.

Si Kolia ne rencontre jamais Carole, il n’en va pas exactement de même pour Hadji. En effet, le final qui voit Kolia filmer une vache morte nous ramène au début du film : il est celui qui filme la mort des parents d’Hadji, sous les yeux de celui-ci. Et alors qu’on s’attendait à le voir mourir dans une quelconque opération, on se rend compte que c’est lui qui a introduit l’histoire, filmant l’élément déclencheur de la « recherche » du titre.

Ce troisième aspect du montage parallèle permet de boucler l’histoire : l’évolution de Kolia, c’était le passé, le pourquoi et le comment de la rencontre inévitable entre Carole et Hadji.

 

Magnifique.

 

 

  1. Les films comiques demandent une dose de sérieux certainement plus élevée que les autres : il est plus difficile de faire rire que pleurer.
  2. Il semble que les classes dans l’armée russe n’aient rien à « envier aux autres armées du monde, le sergent Hartman (Full metal Jacket) se serait très bien adapté à cet exercice…
  3. Vous irez chercher la référence…
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