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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #John Ford, #Western, #John Wayne
La Prisonnière du désert (The Searchers - John Ford, 1956)

Monument Valley.

John Wayne, Ward Bond, John Qualen et même Jack Pennick.

Une jeune femme forte.

Un square dance.

Une bagarre.

 

Pas de doute, nous sommes dans un film de John Ford. Mais quel film. L'un des plus extraordinaires du maître. Plus qu'un film, c'est une quête. Une quête pour ses racines.

Ethan Edwards (John Wayne)est un aventurier. Il n'a pas d'attache. Juste une famille qu'il visite quand l'envie lui prend ou qu'il a le temps. Cette famille, c'est son frère Aaron (Walter Coy) et sa femme Martha (Dorothy Jordan) et leurs enfants dont la plus jeune, Debbie (Lana Wood). Malheureusement, la ferme de son frère est attaquée et seule Debbie survit. Elle survit mais est enlevée par le chef indien Scar (Henry Brandon).

Commencent alors un peu pus de cinq ans de recherche pour Ethan et Martin Pawley (Jeffrey Hunter), un jeune garçon qu'Ethan avait sauvé des Indiens quand il était petit.

Ethan est certes un aventurier, mais il a pourtant des convictions. C'est avant tout un homme du Sud. Pendant la Guerre Civile, il était du côté des Confédérés.

Ce positionnement peut aussi expliquer sa haine des Indiens. Cette haine, renforcée par ce qui arrive à sa famille est présente avant. Il a des raisons de leur en vouloir avant que tout commence. C'est un homme pour qui « un bon Indien est avant tout un Indien mort. »

Et pourtant.

Pourtant, dans sa quête, il croise nombre d'Indiens sans montrer une quelconque animosité. Paradoxalement, c'est de Martin qu'il se méfie : Martin a du sang indien, c'est tout ce qui fait la différence pour Ethan. Mais cette quête inclut aussi Martin, qui a été élevé avec les enfants Edwards. Cette différence de racines est source d'antagonisme entre deux hommes : Ethan représente la vieille génération alors que Martin est la jeune, celle qui a l'avenir. Celle qui fait dire à Ma Jorgensen (Olive Golden) que ce pays deviendra un jour civilisé...

Cet antagonisme rappelle celui d'un autre film dans lequel jouait John Wayne : La Rivière rouge (1948). Mais le propos est très différent et là s'arrête la comparaison. Et malgré tout, on sent poindre des changements dans l'attitude des deux hommes : Martin grandit au contact de ce père putatif alors qu'Ethan s'humanise à son contact.

Mais si transfiguration il y a, elle ne peut être spectaculaire : un vieux cowboy comme Ethan ne peut pas changer entièrement. C'est trop tard. Et puis de toute façon, son destin n'est pas de s'installer. il repartira, c'est sûr.

D'ailleurs, la séquence finale est un rappel de celle d'ouverture : une porte ouverte vers le désert, avec cette fois Ethan, la main gauche sur le bras droit, en hommage à un vieux complice de John Ford : Harry Carey, dont c'était l'un des gestes.

Et puis il y a tout ce qui fait de ce film un élément fordien : oui, ça danse, ça boit et ça se bat. Mais c'est avant tout une histoire de famille. Une histoire de racines. Pour Ethan, Martin n'est qu'un étranger. et Debbie, au contact des Indiens le devient pour lui. Mais c'est tout de même cet attachement familial qui le porte dans sa quête et lui fait faire la dernière expédition. Qu'il le veuille ou non, Debbie est avant tout l'avenir de sa famille, plus que Martin.

Et puis il y a le microcosme gravitant autour de l'intrigue principale : la petite histoire à côté de la grande, avec ses personnages hauts en couleur :

- Jorgensen (John Qualen), le Suédois devenu américain qui n'oublie pas de chausser ses lunettes pour écouter la lecture de sa fille.

- Clayton (Ward Bond), le révérend qui est aussi Texas Ranger et passe d'une fonction à l'autre sans beaucoup de difficulté. C'est aussi lui qui amène le premier la vie dans le film : son arrivée à la ferme Edwards est terriblement fordienne.

- Et les femmes. Surtout deux d'entre elles : Ma Jorgensen et sa fille Laurie (Vera Miles). Laurie est l'archétype de la femme fordienne : elle a une volonté très forte et une autorité naturelle qu'on retrouve chez nombres d'héroïnes du maître. Mais elle a beau montrer une fierté qui touche à l'orgueil, elle ne peut résister longtemps à celui qu'elle aime. Elle ressemble beaucoup à Mary Kate Danaer dans l'Homme tranquille.

 

Terminons sur Ethan (encore lui). John Wayne campe, avec beaucoup de talent, un personnage ambigu assez différent de ceux qu'il a déjà joués pour Ford. Son personnage n'est pas d'un bloc comme d'habitude. Alors que d'habitude on le catalogue rapidement dans les bons, ici, il a un rôle beaucoup plus subtile. Il n'est ni bon ni vraiment méchant : le monde n'est pas manichéen. Alors il passe d'un côté à l'autre de la balance sans toutefois se fixer.

 

D'un point de vue moral comme d'un point de vue physique, de toute façon, il ne se fixera jamais.

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