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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Jack Nelson
The Shamrock and the Rose (Jack Nelson, 1927)

New York, East Side.

Pendant que la famille Kelly tient le commerce de hot-dogs, la famille Cohen, elle, s’occupe de crèmes glacées pour les gens du quartier. Ces deux commerces sont mitoyens et ce voisinage n’engendre pas vraiment l’entente. Il faut dire aussi que leur différence de confession est un autre sujet de discorde comme l’exploite l’intrigue du film : alors que les Kelly sont des bons Irlandais catholiques, les Cohen sont juifs. Et surtout, Rose Cohen (Olive Hasbrouck) est amoureuse de Tom Kelly (Edmund Burns), au point que chacun des deux amants est prêt à abandonner sa religion pour épouser (celle de) l’autre.

 

Mack Swain (interprétant ici le rôle du père, Patrick Kelly) n’a pas toujours été le faire valoir de Chaplin (The gold Rush) ou de John Barrymore (The beloved Rogue), pour ne citer qu’eux. Il est ici en tête de la distribution et compose un père de famille américano-irlandaise truculent, et surtout au caractère (très) impulsif, source de comique inépuisable. Cet emportement régulier est soutenu par la stature (très) imposante de l’acteur. Et le comique est accentué par celle de son antagoniste récurrent, Abie Cohen (William H. Strauss), petit et malingre. Mais il ne faut pas croire que ce dernier est le souffre-douleur du premier : Cohen, malgré sa chétivité apparente ne se laisse pas faire par cette montagne.

Mais si les deux patriarches s’affrontent régulièrement, ce sont tout de même les deux épouses – Mrs. Kelly (Dot Farley) et Mrs Cohen (Rosa Rosanova) – qui portent la culotte et ne se gênent pas pour le montrer.

 

Mais ce n’est pas de ce côté qu’il faut chercher l’intérêt du film. En effet, ce film – sous couvert de la comédie – est un véritable manifeste pour la différence et surtout la tolérance. La véritable base de l’intrigue concerne les enfants  premiers-nés et surtout leur amour que les parents Cohen considèrent comme contre-nature : chacun a sa propre religion.

Bien sûr, on n’échappe pas aux stéréotypes parfois un tantinet antisémites qui baignaient les mentalités de l’époque : Abie Cohen ne pense qu’à l’argent (1), les différents membres de la famille juive parlent avec un accent yiddish retranscrit sur différents intertitres.

Mais malgré cela, Jack Nelson – obscur réalisateur qui a tout de même réalisé presque 60 films – réussit à aire passer son message, de manière comique sans pour autant tomber dans la caricature.

Et sans faire de prosélytisme ni de favoritisme (2) : les deux représentants des religions – le père O’Brien (Maurice Costello) et rabbi Naser (Otto Lederer) sont frère d’armes (ils se sont rencontrés dans les tranchées) et tous deux découragent les deux (grands) enfants de renoncer à leur foi.

 

Et ça marche ! On s’amuse des facéties des (petits) enfants – Sammy Cohen (Leon Holmes) et Mickey Kelly (Coy Watson) – comme des emportements des deux pères, et on applaudit l’audace des deux aînés qui s’unissent malgré les réticences.

Parce que c’est là qu’est le message du film (3) : c’est la jeune génération qui fait bouger les choses et d’une certaine manière fait entrer la société dans la modernité.

Mais surtout, elle justifie l’appellation de « creuset » (melting pot), chère aux Américains, dans lequel se fondent les différentes communautés pour ne former qu’une seule société.

Même si, comme l’indique le premier intertitre narratif : le bouillonnement du creuset a tendance à le faire déborder… (4)

 

PS : les Cohen et les Kelly ont aussi été les protagonistes d’une série de films initiés par Harry A. Pollard, dont le premier, sorti un an plus tôt, comportait – déjà – la belle Olive Hasbrouck.

 

  1. Intertitre : « With Abie Cohen, everything was cash – unless it was notes » (Avec Abie Cohen, tout n’était qu’argent – sauf quand il s’agissait de billets)
  2. Enfin presque : seuls les Cohen voient d’un mauvais œil l’union des deux amoureux.
  3. Inspiré de la pièce de théâtre d’Owen Davis
  4. « The East Side of New York, where the melting pot often boils over. »
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