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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #William Desmond Taylor
The Soul of youth (William Desmond Taylor, 1920)

C’est une histoire sordide qui s’ouvre : une jeune femme enceinte (Barbara Gurney) a décidé de vendre son enfant à une autre femme – Maggie (Betty Schade) – qui viendra le récupérer après la délivrance. Maggie prend livraison de l’enfant, et attend avec impatience le retour de son fiancé, le trouble Pete Moreno (Claude Payton). Ce dernier n’a que faire d’un enfant qui n’est pas à lui et chasse les deux de chez lui. Le bébé se retrouve alors à l’orphelinat où il devient rapidement le souffre-douleur des autres pensionnaires. Une nuit, n’y tenant plus, Ed (Lewis Sargent) – c’est ainsi qu’il a été baptisé – s’enfuit et se retrouve au centre d’une intrigue politique où Pete Moreno, à force de coups tordus, est en passe de se faire élire maire…

 

Réjouissant.

Si ce film de William Desmond Taylor est édifiant – on y traite de la délinquance juvénile et surtout de la possibilité de s’amender, pour peu qu’on en ait l’opportunité – il n’en demeure pas moins un grand film. A nouveau, il nous montre qu’il n’est pas étranger au monde de l’enfance (1), surtout qu’ici, il a de véritables enfants à sa disposition dans les rôles principaux, et en particulier Lewis Sargent (encore 16 ans quand le film sort) qui campe un Ed très juste. A ses côtés, le jeune Ernest Butterworth Jr. (15 ans) complète un duo très crédible de garçons livrés à eux-mêmes.
Sans oublier la fille de l’intrigue : Elizabeth Janes (Ruth Hamilton, 12 ans) qui va précipiter la possibilité de changement (« reform », qu’ils disent là-bas) de notre héros.

 

Bien sûr, l’intrigue est cousue de fils blancs et on se doute de sa résolution. Mais ce n’est pas là le véritable intérêt du film. Outre qu’il capture très bien la jeunesse américaine de la fin des années 1910, Taylor nous dresse un tableau terrible et implacable de la condition des orphelins dans ces institutions où on agit « pour le bien des enfants ». On en avait eu une illustration un an plus tôt avec Daddy-Long-Legs (Marshall Neilan, 1919), mais c’était avant tout une comédie qui atténuait les différents éléments sordides par la présence seule de Mary Pickford.

Ici, pas de rire, des situations dures, rudes et tragiques : Ed est maltraité par tout le monde et seul sa rencontre avec un chien (Simp) va lui faire découvrir ce qui ressemble le plus à l’amour. L’univers de l’orphelinat est montré sans concession : les enfants ne sont que des petits voyous qui s’en prennent au plus faible (encore que), et les « éducateurs » n’en ont que le nom. Terrible.

 

Mais, et c’est aussi là un des objectifs du film, il y a le juge pour enfants : Ben Lindsey. Et Taylor a réussi à ce qu’il interprète son propre rôle, exposant ses pratiques basées sur la psychologie de l’enfant et surtout la confiance. Il va l’instaurer avec beaucoup de brio avec ces enfants qui lui sont présentés pour des délits très variés : trois copains qui ont forcé un wagon pour y voler des pastèques (2) ; un petit garçon qui a volé 25 cents pour acheter des fleurs à sa maman qui pleure tout le temps, et Ed qui a menacé un policier avec… Un pistolet à eau !

Et ça marche (tout du moins au cinéma). Et on peut faire confiance à ce que nous voyons : le « Petit Juge » est convaincu de l’efficacité de ses méthodes, que Taylor n’hésite pas à mettre en évidence pour informer ses spectateurs.

 

Et comme le tout est admirablement filmé par James van Trees (s’il vous plaît), on ne peut que se réjouir d’un tel film. D’ailleurs, la séquence d’ouverture ne peut pas nous tromper : ce que nous allons voir vaut le coup : deux ombres discutent. L’une des deux femmes (Betty Schade) allume une cigarette qui ne va éclairer que sa figure, laissant dans l’ombre sa complice. Ensuite, ce sera une série de plans variés, alternant les différentes possibilités de la caméra (pas de travelling encore !), le tout ficelé dans un montage équilibré et surtout pertinent.

Bref : un grand film.

 

  1. Rappelez-vous Tom Sawyer (1917).
  2. Il n’y avait que du « sirop de figues »…

 

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