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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #Fred Niblo, #Greta Garbo
La Tentatrice (The Temptress - Fred Niblo, 1926)

Manuel Robledo (Antonio Moreno), ingénieur en Argentine, est de passage à Paris. Lors d’un bal masqué, il rencontre une superbe femme dont il tombe éperdument amoureux. Et cet amour est partagé. Le lendemain, visitant son ami le marquis de Torre Bianca (Armand Kaliz), il fait la connaissance de la femme de ce dernier, Elena (Greta Garbo).

Bien entendu, c’est la femme qu’il a rencontrée la veille.

Cette dernière sera fustigée lors d’un dîner d’adieu du riche Fontenoy (Marc McDermott), la traitant de tentatrice pour avoir abusé de sa fortune.

Robledo repart alors en Argentine terminer son chantier, fuyant aussi cette femme qui semble amener le malheur et dont les intentions ne lui semblent pas honnêtes.

Quelques temps plus tard le marquis et sa femme débarquent chez Robledo, fuyant le scandale à Paris.

 

Deuxième film hollywoodien de Garbo, c’est aussi le premier de trois avec Fred Niblo, qui sort d’un extraordinaire Ben Hur. A nouveau, derrière la caméra, on trouve William H. Daniels qui la cadrera magnifiquement (ce sera le cas à chaque fois), assisté ici de Tony Gaudio). Au trio masculin annoncé plus haut s’ajoute Roy D’Arcy (Manos Duras), un bandit de grand chemin aux yeux incroyablement bleus. Bref, nous sommes en très bonne compagnie (2), et c’est ce qui compte.

Par contre, Dorothy Farnum (qui a signé le scénario) n’est pas tendre avec la sublime Garbo : Elena est (très) rapidement traitée de « tentatrice » par Fontenoy, ce qui va entacher son personnage définitivement et lui refusera un quelconque bonheur.

 

Oui, elle aime passionnément Robledo comme elle le lui annonce au début, et d’une certaine façon, c’est une femme libre d’aimer qui elle veut, même si elle est mariée. Il suffit pour s’en convaincre de voir le marquis se comporter avec sa servante, l’embrassant sans vergogne alors que sa femme est à l’étage. De même, si Elena a « tenté » Fontenoy, c’est avant tout parce que ce dernier l’a jetée dans ses bras, espérant certaines retombées (sonnantes et trébuchantes) de cette relation. Ce sont d’ailleurs les divers cadeaux du défunt qui vont leur permettre de fuir le scandale… Mais malgré cet exil, le destin veillera à précipiter la chute de cette femme : les morts vont continuer à s’entasser autour d’elle.

 

Et ce genre de personnage maudit va accompagner Garbo dans plusieurs films, comme si sa beauté était synonyme de Mal : combien de rôles a-t-elle interprétés qui ne faisaient pas vraiment honneur aux femmes, la rabaissant irrémédiablement ? Son film suivant (présenté deux mois plus tard) est des plus éloquents : La Chair et le diable, où elle personnifie, bien sûr, le diable…

Et pourtant, quelle injustice frappe cette femme ! Un dialogue (par intertitres interposés) plaide pour elle et montre très bien que le problème, ce n’est pas elle, mais bien les hommes qui l’entourent :

« Mon mari… m’a vendue… A Fontenoy. (My husband – – sold me – – to Fontenoy)

   - Des hommes sont morts pour vous… ont abandonné leur travail et leur honneur… pour vous ! (Men have died for you – forsaken work and honor – for you!)

   - Pas pour moi… mais pour mon corps ! Pas pour mon bonheur, mais pour le leur. (Not for me – but for my body! Not for my happiness, but for theirs!)

 

Donc, quand elle annonce à Robledo (lors de leur première rencontre) qu’elle est libre de l’aimer, ce n’est pas vraiment un mensonge. Mais nous sommes en 1926 quand le film sort, et une telle attitude est inadmissible pour l’opinion publique et surtout la Motion Pictures Producers and Distributors Association qui pondra moins de 10 ans plus tard le célèbre Code Hays. Alors Elena est destinée à la déchéance : elle ne meurt pas cette fois-ci, mais son sort est tout de même peu enviable, même filmée par Daniels.

Heureusement, la vision des femmes au cinéma a changé (3), même si l’association femme fatale/Mal a longtemps perduré.

Mais que ce fut long !

 

  1. Marc McDermott est un (petit) peu le Sean Bean de l’époque : ici encore, il meurt (bien) avant la fin du film.
  2. En prime, nous avons l’immense Lionel Barrymore (Canterac, une sorte d’exilé fiscal…).
  3. Ce n’est pas encore le cas partout, hélas.
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