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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Western, #John Huston
Le Trésor de la Sierra Madre (The Treasure of the Sierra Madre - John Huston, 1948)

De l’or.

Une montagne d’or.

Voilà le trésor de cette Sierra Madre que trois aventuriers américains vont aller chercher, misant leur maigre fortune sur cette expédition formidable.

Mais l’or est capricieux, il monte rapidement à la tête, transformant les hommes, toujours plus cupides à mesure que le temps passe et que le capital s’amasse.

Et ces trois hommes ne font pas exception : l’or va progressivement les métamorphoser, surtout l’un d’eux – Fred C. Dobbs (Humphrey Bogart) – les amenant vers une fin tragique inévitable.

 

Troisième véritable film de John Huston (1), ce dernier s’entoure de deux valeurs sûres : Humphrey Bogart avec qui il avait tourné Le Faucon maltais, et son père Walter (Howard, le vieux prospecteur). Au jeu sobre (au moins au début) du premier, s’oppose la truculence du second, ces deux caractères étant modérés par le dernier membre du trio, Curtin (Tim Holt).

Nous sommes ici au croisement des films d’aventure, dramatiques et du western, même si ce dernier genre peut englober les deux autres.

Certes, ce n’est pas le western traditionnel qui arrive à son apogée dans ces années d’après-guerre, mais les différents éléments qui composent le film n’en sont pas très éloignés, voire en font partie : grands espaces plus ou moins sauvages, bandits de grand chemin, et bien sûr les échanges de coups e feu indispensables, surtout quand le trio, rejoint par un quatrième – Cody (Bruce Bennett) – est assiégé par un groupe de bandidos mexicains, sans oublier la soirée au coin du feu où Howard sort régulièrement son harmonica pour interpréter Swanee River (1851), qui nous ramène au temps des westerns, quand la Frontière n’était pas encore définitive.

 

Nous sommes donc ici devant un monument dans l’œuvre de John Huston. Son film est construit en partie comme un huis clos entre ces trois hommes qui, même s’ils sont en extérieur, sont prisonniers de leur soif de l’or et dont la mentalité va – malheureusement – mal évoluer, comme l’avait pourtant prédit Howard bien avant l’idée de partir en expédition.

Et le jeu des trois acteurs principaux va grandement participer à son succès – mérité.

Bogart est encore une fois éblouissant de justesse, interprétant cet esprit rongé par l’or et la cupidité, devenant toujours un peu plus fou à mesure que la richesse se précise, développant une paranoïa qui l’étonnerait s’il se souvenait de ses propos quand Howard parlait de ses expéditions passées et des dangers liés à l’or.

Et bien sûr, la performance de Walter Huston est phénoménale, interprétant un de ces personnages haut en couleur comme on en trouve dans les westerns plus classiques, ceux de John Ford en particulier : Howard semble tout droit sorti de cet univers fordien. Il fut récompensé par un Oscar, et même si je rejoins mon ami, le professeur Allen John à propos de ces récompenses, je ne peux m’empêcher de penser que cette récompense fût amplement méritée.

 

Et puis il y a le contexte de ce film. Nous sommes en 1925, soit quelques années seulement après la révolution mexicaine, du temps où les campagnes grouillaient encore de ces bandits, d’anciens soldats démobilisés qui attaquaient les prospecteurs isolés, américains de surcroît.

Mais ce sont surtout les trois hommes  en vedette qui retiennent notre attention : ils n’ont rien des canons habituels des héros hollywoodiens : sales, hirsutes, sans le sou, obligés de mendier pour survivre, ils font partie de ce qu’on appelait alors la lie de l’humanité. La rencontre de Dobbs et de l’homme riche américain (John Huston) est typique de la pensée – alors – en cours au pays : il serait temps qu’il se prenne en main plutôt que de mendier, lui dit (en gros) cet homme impeccable. Bien sûr, cette conception est toujours d’actualité.

Et Bogart est magnifiquement dirigé à contre-emploi, lui qui fut ce héros magnifique de la période de guerre (Casablanca, To have and have not…), est ici dans un rôle absolument pas glamour, sombrant peu à peu dans la folie. Inoubliable.

J’ai lu récemment qu’il s’agit d’un des films préférés de Stanley Kubrick. Pas étonnant alors d’y voir plus qu’une résonnance dans la fin de son propre film L’ultime Razzia (the Killing) huit ans plus tard.

Dernier clin d’œil (?) : l’une des dernières répliques de Howard à Curtin n’est pas sans faire écho à la participation de ce dernier dans le film de Michael Curtiz, La Bataille de l’or (Gold is where you find it).

 

  1. Après the Maltese Falcon (1941) et Is this our Life ? (1942), les deux autres sont des films qu’on peut qualifier de propagande, suite à l’entrée en guerre des Etats-Unis.

 

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