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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #Tod Browning, #Lon Chaney
Le Club des trois (The unholy Three - Tod Browning, 1925)

Hercules (Victor McLaglen) le colosse, Echo (Lon Chaney) le ventriloque et Tweedledee (Harry Earles) la petite merveille du XXème siècle (c’est un nain) végètent dans une foire aux monstres (et autres attractions), chacun dans sa spécialité, répétant à l’envi les mêmes gestes, les mêmes phrases pour gagner de quoi subsister, mais guère mieux. Pour arrondir ses fins de mois, Echo a une partenaire pickpocket très habile, la belle Rosie (Mae Busch).

Sous l’impulsion d’Echo, les trois hommes s’associent et vont écumer les maisons riches, sous couvert d’une boutique d’animaux tenue par Mrs O’Grady (Lon Chaney), une charmante vieille dame qui vit là avec sa petite fille Rosie et le bébé Willie (Harry Earles). Chose curieuse, les perroquets vendus ne parlent que quand c’est Mrs. O’Grady qui est là…

 

Première grande incursion dans le domaine de prédilection de Browning : les phénomènes de foire (il aurait travaillé dans sa jeunesse pour un cirque). La séquence d’ouverture annonce Freaks, bien sûr, et le personnage de Mrs. O’Grady celui de Madam Mandilip dans The devil Dolls. Bref, nous sommes pleinement dans l’univers du réalisateur.

 

Voilà une histoire bien scorsesienne que nous propose ce même Browning Browning, avec l’aide de Valdemar Young au scénario (1) : Echo est un homme ambitieux qui veut s’enrichir vite et mener grand train mais terminera somme toute là où il a commencé : un phénomène de foire qui répète à l’envi les mêmes gestes, les mêmes phrases pour gagner de quoi subsister, mais guère mieux…

Et comme Scorsese quelques décennies plus tard, Browning s’appuie sur une distribution solide, l’immense Lon Chaney en tête, cela va de soi. Pas de maquillage compliqué comme dans The Phantom of the Opera (sorti la même année) ou The Hunchback of Notre-Dame deux ans plus tôt : une perruque de cheveux blancs, des bésicles, un dos vouté et voilà une brave Mrs. O’Grady à qui on donnerait le bon Dieu sans confession. Mais si le maquillage n’est pas vraiment l’atout de Chaney ici, c’est encore une fois son visage qui retient toute notre attention.

Nous retrouvons, bien sûr, ce visage menaçant que nous avions découvert dans The Penalty (surtout, mais ailleurs aussi), d’une dureté incroyable, mais surtout il joue de la transformation de ce même visage pendant que l’intrigue se noue ou se dénoue. La discussion entre Echo et Rosie sur fond champêtre en est un magnifique exemple : ce visage dur va progressivement se transformer pour s’adoucir à mesure qu’il va prendre conscience de ce que lui dit Rosie.  Toujours aussi splendide.

 

A ses côtés, on trouve un colosse qui va faire parler de lui dans les années qui vont suivre (surtout chez John Ford) : Victor McLaglen. McLaglen était un acteur formidable et dont la truculence va s’épanouir chez ce dernier, mais face à un monstre tel que Chaney, il ne peut pas rivaliser. Il suffit de voir, pour s’en convaincre, A Girl in every port (Howard Hawks, 1928) : le muet ne l’a pas empêché d’être un grand acteur.

Autre « curiosité » du film, les débuts d’un acteur malheureusement sous-employé au cinéma (2) : Harry Earles. Plus jeune que dans Freaks où il sera véritablement reconnu, il possède encore l’aspect juvénile qui lui permet de se faire passer pour un bébé. Mais un bébé qui fume le cigare… (3)

Quant à la femme, Mae Busch possède ce qu’il manquait à Priscilla Dean quand elle jouait les mauvaises filles chez Browning : une attitude, une œillade qui font d’elle une partenaire crédible à ce personnage singulièrement maléfique (Echo).

Quant à Matt Moore, qui joue Hector McDonald, le candide de l’histoire, il a tout à fait le physique de l’emploi, ses lunettes épaisses chargeant son portrait de grand benêt trop gentil. Mais c’est d’ailleurs cette caricature de personnage qui rend l’intrigue un tantinet bancale : comment une fille comme Rosie peut-elle s’enticher d’un « grand bedas » (3) pareil ?

 

Autre élément qui gâche un peu le plaisir du film : outre le raccord raté avec le manteau d’Hector, la séquence champêtre mentionnée ci-dessus se passe devant une très belle tenture peinte qui a l’inconvénient de renvoyer les ombres des deux acteurs. Et une fois qu’on l’a vu, difficile de ne plus y penser…

Mais malgré cela, Browning réussit deux beaux moments de suspense : chez Mrs. O’Grady quand le policier (Matthew Betz) vient questionner la vieille dame est ses curieux colocataires, et au moment du procès d’Hector, accusé à la place du trio infernal (5).

Si la première séquence est un peu trop attendue (le mouvement de Tweedledee amène la montée en puissance de la tension), celle du tribunal est autrement plus réussie. Plus longue, tout d’abord, elle est amenée plus naturellement et bénéficie d’un montage à la hauteur : la caméra ne cesse d’aller d’Echo à Hector en passant par le juge qui fait ses dernières recommandations au jury avant la délibération. Et cela jusqu’au point culminant qui verra…

Mais je vous laisse découvrir, si ce n’est déjà fait, ce film de haute volée de Tod Browning.

 

Un film tellement réussi qu’il en fut fait un remake cinq ans plus tard (et dont j’ai déjà parlé ici), amenant ce qui manquait – mais pas trop quand même – à cette intrigue criminelle : la parole.

Normal, pour une histoire de ventriloque, non ?

 

  1. . D’après une histoire d’un certain Tod Robbins qui sera à nouveau adapté par le même Browning 7 ans plus tard avec encore une fois Harry Earles : Freaks. Mais ceci est une autre histoire.
  2. Sa stature peut expliquer facilement cette rareté.
  3. Robert Zemeckis s’en souviendra pour le personnage de Baby Herman dans Who framed Roger Rabbit ?
  4. C’est comme le bédas tourangeau, mais sans accent et accessoirement l’une des répliques favorites de ma grand-tante à mon encontre quand je ne savais pas ce qu’il fallait faire…
  5. La traduction française du titre original évacue l’aspect noir de ce trio : « le Trio infernal » aurait pu être une traduction acceptable, tout comme « le trio malsain » et autre(s) acception(s) de ce style.

 

 

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