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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Western, #László Benedek, #Marlon Brando
L'Equipée sauvage (The wild One - László Benedek, 1953)

Motos qui pétaradent.

Blousons de cuir (noirs, bien sûr).

Lunettes noires.

Une bande de motards débarquent dans une petite ville américaine, au milieu de nulle part.

Rapidement, la paix est troublée et les esprits s’échauffent, jusqu’à l’irréparable.

 

Le mythe Brando est né : le motard rebelle (1) qui trouble l’ordre et qui n’aime pas les flics.

Bien sûr, ce film fit scandale à sa sortie (il fut même interdit en Grande-Bretagne jusqu’en 1968) : outre le fait que Johnny n’aime pas les représentants de la Loi (inimaginable au cinéma en 1953), les « bons bourgeois » ne sont pas montrés à leur avantage.

Mais surtout, ce film montre un point de vue alors récent au cinéma : celui des adolescents.

En effet, pendant longtemps, on a considéré qu’une fois l’enfance terminée, on devenait adulte, sans transition. Mais depuis les travaux de Tonton Sigmund, on s’est rendu compte qu’il se passait des choses dans l’esprit des enfants qui étaient bien distinctes des deux autres âges humains.

 

Certes Marlon Brando a déjà 29 ans quand le film sort (à Noël, tu parles d’un cadeau !), mais son personnage de Johnny reflète très bien cet âge où le jeune homme – et la jeune femme d’ailleurs – finit de se construire et a parfois certaines pulsions incompréhensibles (pour les adultes et surtout les parents) qui leur font faire des choses inexplicables et inexpliquées.

Certes, de nos jours le thème de l’adolescence au cinéma est très développé et dans beaucoup de pays du monde. Mais en 1953, les ados, comme on ne les appelle pas encore, sont un véritable mystère (2).

 

On va alors voir se développer quelques films emblématiques pendant cette décennie qui, s’ils sont maintenant marqués, n’en donnent pas moins une idée réaliste de cette jeunesse révoltée, rebelle.

Deux ans plus tard, nous assisterons d’ailleurs à une année faste pour ce thème avec la sortie du magnifique Blackboard Jungle (en français : Graine de Violence) de Richard Brooks et de l’inoubliable Rebel without a Cause (La Fureur de vivre) de Nicholas Ray.

Et Johnny synthétise d’une certaine façon les deux aspects qui seront développés dans ces deux films : le côté délinquant juvénile du film de Brooks avec la révolte incomprise des jeunes gens chez Ray.

 

Et le choix de Marlon Brando pour interpréter ce personnage est des plus pertinents : il possède l’attitude cool de nombreux acteurs de la même période avec une aura de scandale qui rend tout de suite Johnny menaçant pour les habitants de la ville envahie.

De plus, son aspect dur-à-cuire s’effrite quand il se retrouve seul, menacé par ces « bourgeois » qui ont recours à la violence face à cet homme qu’ils ne comprennent pas : il pleure !

 

Mais Brando seul ne saurait assurer le succès du film, et on retrouve à ses côtés une actrice improbable (3) : Mary Murphy dans le rôle de Kathy Bleeker. Elle possède dans le regard la mélancolie annoncée par Johnny en voix off lors de la première séquence, et campe cette jeune femme prisonnière de cette ville et de sa morale réactionnaire. Johnny, pour Kathy c’est une bouffée d’air frais dans sa grisaille : un parfum de liberté et d’anticonformisme qui la fait succomber au charme de ce jeune motard. Et cela va même plus loin, parce quelle le comprend : étant tous les deux à peu près du même âge, leurs aspirations se rejoignent, même si elle ne passera jamais à l’acte.

 

Avec ce film, László Benedek crée un mythe, celui de Brando mais surtout met en scène la jeunesse révoltée. Cette jeunesse qui l’a toujours été, même si elle ne l’exprimait pas tout le temps.

En effet, le passage à l’âge adulte est une étape terrible (rappelez-vous) où on quitte l’univers à peu près sûr de l’enfance vers l’avenir des plus incertains des adultes, où les responsabilités sont la norme. Et au bout de l’âge adulte, la mort, quand ce n’est pas le fait d’être adulte et rangé qui n’est pas le début de cette mort (4).

 

Mais Benedek traite cette histoire un peu comme un western, les motards remplaçant les cowboys à cheval, parcourant les grands espaces et s’arrêtant dans une ville qu’ils vont plus ou moins mettre à sac avant de repartir ou d’en être chassés (les pieds devant le plus souvent).

On retrouve la peur des habitants face à cette meute indisciplinée et bruyante qui bouleverse toutes les habitudes et qui fait des ravages. C’est cette peur qui va amener le drame, suite à une pratique qu’on retrouve régulièrement dans ces mêmes westerns : le lynchage.

C’est d’abord un peloton qui s’organise (en VO « posse ») et qui va prendre en chasse le chef de ces « jeunes voyous ». Et sans l’intervention du shérif Bleeker (Robert Keith), le père de Kathy, Johnny serait certainement reparti les pieds devant.

 

Bref, c’est un film qui, malgré sa brièveté (il a été amputé d’une vingtaine de minutes), campe ce qui va devenir avec le temps un véritable problème de société : l’adolescence et par extension la délinquance juvénile.

Mais le vrai scandale du film, pour ces mêmes « bons bourgeois » ce n’est pas Marlon Brando, c’est le fait que c’est que le réalisateur se place du côté de Johnny contre ces adultes qui deviennent alors les méchants, générée – comme souvent – par la peur née, de l’ignorance.

 

Un film devenu culte, et qui ouvre la voie vers l’archétype de l’adolescent révolté qui sera interprété par James Dean, et qui restera longtemps un modèle pour la jeunesse des trente (au moins) années suivantes.

 

  1. Contre quoi ? Réponse dans le film.
  2. Ils le sont d’ailleurs toujours pour beaucoup de parents. Peut-être parce qu’ils ont oublié ce que c’était…
  3. C’est elle-même qui le dit : elle ne voulait pas vraiment être actrice, ni faire du cinéma.
  4. On retrouvera cette idée chez John Braine : (re)lisez Room at the Top, où Joe Hampton, en s’enfermant dans la vie adulte, va devenir un « zombie », un personnage qu’il ne voulait absolument pas devenir.
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