Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Ken Loach, #Historique
Le Vent se lève (The Wind that shakes the barley - Ken Loach, 2006)

Le vent qui se lève, c’est celui qui fait frémir l’orge (titre original), comme dans le poème de Robert Dwyer Joyce, quand il évoque le soulèvement irlandais de 1798.

Mais ici, c’est surtout celui de la révolte irlandaise contre l’occupation britannique depuis 700 ans.

L’histoire commence normalement, par un match de hurling qui oppose différents jeunes gens, catholiques et protestants, ensemble pour partager un moment sportif, loin des préoccupations politiques de la guerre d’indépendance qui ravage le pays depuis 1919.

Parmi ces jeunes garçons : Damien O’Donovan (Cillian Murphy).

Il est témoin de la répression britannique auprès de la population : un de ses amis est tué par des soldats qui leur reprochaient leur match de hurling. Ensuite, c’est le personnel u train qui est molesté après avoir refusé de convoyer des militaires et des armes.

Damien n’hésite plus : il intègre l’IRA (1).

Commence alors un temps de lutte armée qui durera jusqu’à la création de la République, et même après, quand la guerre devient civile.

 

C’est un film admirable que nous offre Ken Loach avec ce Vent. C’est une magnifique fresque ordinaire où à chaque moment, on reste à un niveau humain. Pas d’héroïsme ni de gloire : seulement des hommes, et des femmes qui se battent pour leur liberté, après des siècles d’occupation anglaise.

Et encore une fois, Loach se penche sur la jeunesse, c’est jeunes gens qui sortent brutalement de l’enfance par la force des choses et surtout des armes.

Il n’y a rien d’épique dans ce conflit, seulement des êtres humains qui luttent pour ce qu’ils considèrent comme justes, qu’ils soient irlandais ou fidèles à la Couronne britannique.

 

Le choix d’acteurs irlandais (2) et d’anciens soldats britanniques renforce l’authenticité de cette fresque, évoquant les actions d’éclat (attaques de convois ou exécutions d’officiers dans un pub) et les moments beaucoup moins glorieux : l’exécution d’un traître de sang-froid. Quand on sait que ce traître doit avoir à peu près quinze ans, on comprend la tension et surtout la difficulté de l’entreprise.

Bien sûr, les Anglais sont les mauvais de l’histoire, mais jusqu’à un certain point : à un moment, ils s’en vont, mais les hostilités reprennent, entre ceux qui acceptent le traité de 1921 et les autres qui se regroupent derrière une nouvelle Armée Républicaine Irlandaise, et qui ne rendra les armes que près de 90 ans plus tard (3).

 

Ce film est d’autant plus beau que ce n’est pas un Irlandais qui l’a tourné. Et c’est pour cela qu’il atteint un haut niveau d’authenticité et aussi d’émotion. Loach ne filme pas en Irlandais. Ni même en Anglais. Il se contente – et c’est beaucoup pour un tel sujet – de rapporter des faits, des actions, des discussions, sans jamais prendre partie. Certes, on reste le plus souvent du côté irlandais. Mais il en va de même relatant une autre occupation historique : a-t-on reproché ce point de vue dans des films qui traitent de la Seconde Guerre Mondiale ?

Parce que c’est une guerre qui a amené l’occupation, et c’en est une autre qui la termina. Mais cette guerre d’indépendance amène aussi les conflits qui vont ravager l’Irlande du Nord pendant les décennies qui vont suivre.

Mais au lieu d’un cours magistral où on se concentre sur les grands noms qui ont fait la République d’Irlande (De Valera, Collins ou encore Connolly qui mourut après le soulèvement de 1916), on reste dans un petit périmètre.

Certes, on parle de Dublin ou de Londres, et certains vont s’y rendre pour négocier ou participer aux débats inévitables dans une telle situation.

Mais l’intrigue ne sort jamais de cette région du comté de Cork.

Le point le plus proche de Londres que Damien ait connu reste la gare où il ouvrira les  et s’engagera.

Pour le reste, c’est un conflit ordinaire où les morts s’accumulent et où aucune réjouissance n’a sa place. Seulement quand un cessez-le-feu sera promulgué, la fête pourra commencer.

Mais pour si peu de temps.

 

C’est un épisode douloureux qui nous est présenté mais qui a le mérite de nous montrer la portée véritable de ces événements : en effet, nous sommes loin des salons où furent débattus les points du traité, et nous en voyons les effets qu’ils eurent sur la population, loin de ces mêmes villes qui accueillirent les débats.

 

  1. Irish Republican Army.
  2. Dont Liam « Davos Seaworth » Cunningham
  3. Février 2010.
Commenter cet article

Articles récents

Hébergé par Overblog