1987. Jordan Belfort (Leonardo DiCaprio entre dans une société de courtage de haut niveau. Malheureusement, une crise le renvoie à la rue.
Il se tourne alors vers une société de (beaucoup) moindre importance. Rapidement, il dégage des commissions faramineuses qui l’amènent à créer sa propre boîte de courtage.
Cinq ans plus tard, il se fait 49 millions de dollars par an.
Mais une telle réussite ne suscite pas seulement les jalousies : la brigade financière du FBI et en particulier Patrick Denham (Kyle Chandler) s’intéressent de très près à ses pratiques franchement illégales.
Qu’importe, Jordan avance toujours plus loin, vers encore plus d’argent.
Comme nous sommes chez Scorsese, nous savons d’entrée que ce que nous allons voir va mal se terminer. Au mieux, le « héros » se retrouvera à son point de départ, au pire…
Et ça ne manque pas. Nous suivons l’ascension irrésistible de ce jeune homme ambitieux (euphémisme) vers des sommets qui confirment que plus on monte et plus dure est la chute.
Et comme toujours quand il s’agit de Scorsese, c’est dans la manière de traiter cet échec inévitable que se concentre tout son art.
Encore une fois, c’est un destin formidable qui nous est proposé, celui – réel – de Jordan Belfort qui vécut tout ça et eut même droit à un séjour à l’ombre tous frais payés par l’Etat.
Et s’il existe une maxime pour résumer ce destin, c’est bien la suivante : « sex & drugs & rock’n’roll. »
Le sexe et la drogue parce que Belfort est accro aux deux à un degré très élevé, et le rock’n’roll pare qu’il était impensable que Scorsese n’utilise pas l’une de ses musiques préférées ! On retrouve d’ailleurs quelques standards dans des reprises qui ont une certaine pertinence. A l’instar de Jordan qui va jouer dans la cour des grands pour les égaler voire les surpasser, ce sont des (bonnes) reprises qui essaient d’apporter autre chose que les versions originales, avec toujours le souci d’en faire quelque chose d’encore mieux (1).
Et le dénominateur commun de ces reprises tient dans l’aspect extrême inhérent au personnage principal qui se retrouve dans une rythmique très souvent endiablée. Il ne manque que What a wonderful World repris par Joe Ramone.
On retrouve dans le traitement de cette intrigue la même verve que ses films de gangsters les plus célèbres : Goodfellas et Casino. Parce que Jordan Belfort est, d’une certaine manière, un gangster. Et le FBI ne s’y trompe pas qui va le poursuivre jusqu’à l’erreur qui va tout déclencher. C’est d’ailleurs aussi cette erreur que le spectateur attend pour que commence le fiasco annoncé (2). De toute façon, le caractère du personnage, la démesure de son entreprise ne pouvait qu’amener une fin comme celle-là.
Jordan Belfort est de la même trempe que ses deux prédécesseurs scorsesiens : Henry Hill (Ray Liotta) et Sam »Ace » Rothstein (Robert de Niro). Son mode de vie rappelle beaucoup celui du premier, reprenant les deux premiers principes de la maxime citée plus haut.
Et encore une fois, Scorsese dirige avec beaucoup de bonheur Leonardo di Caprio, véritable successeur de Robert de Niro dans l’œuvre du maître. On retrouve le même genre de personnage mais avec un atout supplémentaire que n’avait pas de Niro : Leonardo est un jeune premier. Vieillissant certes, mais il conserve encore en partie son aspect juvénile qui ajoute grandement dans l’aspect séducteur du personnage.
Mais pour le reste, c’est un magnifique perdant qui avance inexorablement vers sa chute, et même ici qui la précipite, au grand dam de ceux qui l’entourent.
Alors Scorsese s’en donne à cœur joie, basant son film sur le jeu – formidable – de Leonardo di Caprio comme il le faisait avec de Niro et traite toujours avec la même flamboyance ce destin tragique et inévitable.
Ce fut un succès. Normal. C’est, encore une fois, du grand Scorsese.
- J’en veux pour exemple – rien à voir avec le film – la chanson Hallelujah de Leonard Cohen et la version sublime qu’en tira Jeff Buckley, au point qu’on en a oublié l’originale…
- Rappelez-vous la réplique de Nicky Santoro dans Casino : « A la fin on a tout fait foirer ! » (« in the end we fucked it all up »)
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