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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #Reginald Barker, #Thomas H. Ince, #Frank Borzage
La Colère des dieux (The Wrath of the gods - Reginald Barker, 1914)

Toya San (Tsuru Ayoki) est une belle jeune fille japonaise qui souffre de la malédiction familiale : alors que les hommes la trouvent désirable, il est toujours un prophète – le vieux Takeo (Kisaburô Kurihara) – pour le rappeler à ses concitoyens. Malheureuse, elle s’ouvre à son père Yamaki (Sessue Hayakawa) qui confirme cette ancienne malédiction annonçant la fin de sa lignée (personne ne doit épouser sa fille).

Alors qu’elle renie ses dieux puissants, une tempête se lève qui va faire échouer un schooner sur lequel naviguait Tom Wilson (Frank Borzage). Seul rescapé, ce dernier est accueilli par Yamaki et sa fille. Rapidement, il va tomber amoureux d’elle et vouloir l’épouser. Seulement voilà, le vieux prophète ne l’entend pas de cette oreille-là et rameute les villageois…

 

Quelle distribution : Barker, Borzage et Hayakawa ! Sans oublier Ince, bien sûr à l’écriture et la production (1). Et comme c’est Barker qui réalise, nous pouvons être sûrs de l’honnêteté de cette dernière. Il y a un souci de réalisme et d’authenticité dans ses films qu’on va trouver dès la séquence d’ouverture qui voit les personnages se positionner progressivement. Cette honnêteté se traduit aussi par la présentation des différents interprètes du film qui, par un fondu enchaîné, nous apparaissent tels qu’ils sont dans le film. Ces interprètes saluent le public d’entrée, amenant une proximité entre le spectateur et ce qu’il se passe sur l’écran.

Autre élément de cette volonté d’authenticité : le choix des interprètes principaux. Outre les trois premiers Japonais cités précédemment, on trouve aussi dans un rôle secondaire mais important, Kuraichi « Henry » Kotani : ces quatre interprètes sont tous de véritables japonais, à l’opposé de Richard Barthelmess dans Broken Blossoms qui aura un rôle de « yellow face » (3).

 

Par contre, nous sommes en 1914, et la technique, déjà bien rôdée depuis près de 20 ans qu’existe le cinéma, a encore quelques progrès à faire, surtout pendant la séquence-catastrophe : enfin surtout les plans d’ensemble qui montrent les différentes explosions d’un volcan, parce que quand le cadrage se resserre sur des éléments particuliers des effets de ces explosions, le charme agit et on y croit ! (2)

Bien entendu, on n’échappe pas au caractère édifiant du film et ses rapports aux religions : bouddhiste et chrétienne. Et la norme sociale et morale de l’époque ne pouvait laisser le bouddhisme vaincre le christianisme, même à plusieurs milliers de kilomètres de Jérusalem (berceau des religions monothéistes)…

 

Par contre, ce qui est remarquable dans ce film, c’est le mariage mixte : une jeune femme d’origine asiatique et un jeune homme américain (ou le contraire) ne se mélangent pas beaucoup en 1914 aux Etats-Unis.

Et l’émeute provoquée par le prophète et qui se termine dans le sang ressemble beaucoup à ce qu’il se passait alors aux mêmes Etats-Unis quand il était question de mariage mixte (4).

Et encore une fois, Barker filme avec beaucoup de justesse cet épisode tragique, qui me fait dire que la bêtise et l’intolérance n’ont pas de frontière.


Et comme c’est Reginald Barker qui dirige, nous avons droit à un plan qui lui ressemble : celui qui conclut le film et montre Toya San et Tom Wilson, sains et saufs sur le bateau.

 

  1. C’est presque obligatoire dès qu’on parle de Reginald Barker.
  2. Les plans d’ensemble du volcan montrent vraiment trop qu’il s’agit d’une maquette. Patience, dans quelques décennies, nous aurons les effets spéciaux numériques…
  3. Puisqu’on parle de « black face » pour les acteurs blancs de l’époque qui interprétaient des personnages noirs, peut-on parler de « yellow faces » pour ceux qui interprètent des Asiatiques ?
  4. Entre deux personnes de couleurs différentes
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