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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Film noir, #Gangsters, #Alberto Cavalcanti
Je suis un Fugitif (They made me a Fugitive - Alberto Cavalacanti, 1947)

Clem Morgan (Trevor Howard) est un truand de petite envergure. Maqué avec la belle et blonde Ellen (Eve Ashley), cette dernière ne laisse pas indifférent Narcissus « Narcy » (Griffith Jones), chef d’un gang dont le paravent est une entreprise de pompe funèbre.
Clem, désœuvré, rejoint la bande de Narcy. Mais pendant un coup, Clem est piégé par ce même gangster, qui lui fait endosser la mort d’un policier.

Après quelque temps en prison, Clem s’évade et revient à Londres afin de prouver son innocence. Il est aidé par la non moins belle (et non moins blonde) Sally Connor (Sally Gray).

 

Alberto Cavalcanti a rejoint Londres dans la décennie précédente et continue son œuvre – superbe – commencée à Paris, avec un film noir dans tous les sens du terme, démontrant qu’il maîtrise totalement le genre. Il met en scène ici la révélation anglaise de cette après-guerre : Trevor Howard. Ce dernier, qui s’était imposé dans Brief Encounter (David Lean, 1945), confirme qu’il est une valeur sure du cinéma britannique, interprétant avec brio ce petit truand isolé, piégé par plus gros que lui. Et ce gros gibier est magnifiquement interprété lui aussi par Griffith Jones qui allie une belle gueule à des mœurs inversement proportionnels à sa beauté. Et c’est aussi une des raisons de réussite du film : le méchant est magnifiquement défini, cruel et roué. Non seulement ses activités sont franchement illicites – trafic, marché noir (1) – mais il n’hésite pas à frapper les femmes qui ne font pas ce qu’il veut.

 

Mais c’est surtout l’aspect film noir qui retient notre attention. On y retrouve les éléments indispensables – noir et blanc appuyé avec des éclairages adéquats, gangsters, piège, femmes fatales (etc.), avec en prime une maîtrise technique flagrante. Cavalcanti place toujours la caméra d’Otto Heller (assisté de Walter Lassaly) au bon endroit, accentuant l’aspect noir du film. Mais là où Cavalcanti va plus loin, c’est dans le traitement du destin de son héros. Enfin héros n’est pas vraiment le terme idéal pour décrire Clem : même s’il est brillamment interprété par Trevor Howard, il reste avant tout un criminel. Et moralement, il ne peut pas s’en tirer indemne. Il doit payer pour ses actions répréhensibles.

 

ATTENTION : la suite révèle la résolution de l’intrigue.

 

Mais alors que Hollywood aurait réussi à retourner la situation et sauver Clem, ici, ce dernier retourne en prison une fois toutes les affaires (presque) réglées : certes Narcy meurt, mais sans reconnaître avoir piégé Clem. Et ce ne sont pas ses complices qui vont le dédouaner : s’ils sont arrêtés, c’est avant tout à cause de lui. Et cette fin pessimiste l’est d’autant plus si on imagine ce qu’il va se passer ensuite : tout ce petit monde a des chances de se retrouver dans la même prison, avec les complications que cela pourra engendrer.

Comble du pessimisme, exprimé par Clem quand Sally lui dit qu’elle l’attendra : « c’est bien ce que je craignais. »

A (re)voir.

 

  1. L’Angleterre, en 1946-7, est encore faible économiquement (2), et différents trafics né pendant la guerre ont continué quelque temps : le Plan Marshall (septembre 1947) permettra le redressement et une grande diminution du trafic.
  2. George Orwell, dans 1984, décrit très bien la situation à travers le personnage de Winston Smith et l’endroit où il vit.
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