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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Abderrahmane Sissako
Timbuktu (Abderrahmane Sissako, 2014)

Merci Jocelyne

 

Tombouctou, Mali. 201…

Les Islamistes ont pris le pouvoir. Bien sûr, tout ce qui est à connotation culturelle est interdit (musique) et les femmes doivent se couvrir entièrement (gants et chaussettes) et chacun doit appliquer la loi d’Allah. Et bien sûr, tout contrevenant sera châtié.

AU milieu de ce changement sociétal, on trouve Kidane (Ibrahim Ahmed, dit Pino) et sa petite famille : son épouse Satima (Toulou Kiki) et sa fille Toya (Layla Walet Mohamed), et leur pâtre Issan (Mehdi A.G. Mohamed).

C’est de ce dernier que vient le drame : le pêcheur Amadou, excédé par le passage récurrent des vaches de Kidane en tue une qui s’est trop approchée de ses filets. Et accidentellement, Kidane l’a tué.

Evidemment, il est condamné à mort.

 

C’est beau, et en plus, c’est très juste. Abderrahmane Sissako se base sur une histoire vraie qui a vu la lapidation de ses protagonistes, pour nous livrer ici une histoire terrible (1), oscillant sans cesse entre le présent et le passé – censé intemporel de cette religion, de paix, bien entendu (2).

Et il y a du courage dans ce film, dont certains ont voulu lancer une polémique bien loin des enjeux artistiques (3) sur lesquels on doit d’abord se concentrer. Et de ce côté-là, Abderrahmane Sissako nous offre un festival de plans magnifiques. Que ce soit en extérieur ou dans des lieux clos, sa caméra (celle de Sofian El Fani) est toujours là où il faut : toujours au bon endroit et au bon moment. Les différentes compositions picturales sont magnifiques !

 

Mais au-delà de ces belles images, il y a la condamnation un système absolument injuste (4) qui s’exprime à travers certains protagonistes : cette femme qui refuse de porter des gants pare que pour vendre du poisson, c’est absolument contrindiqué ; ces jeunes gens qui continuent de jouer de la musique (profane) et qui seront condamnés (à mort) ; et même Kidane qui devra rembourser la mort d’Amadou par 40 vaches, alors que ce dernier lui en a tué une (il ne lui en reste plus que 7).

Et Sissako va jusqu’au bout de sa dénonciation : la lapidation a bien lieu et même si nous n’assistons qu’au dernier jet de pierre, les images parlent d’elles-mêmes : entre le jeune musicien et la (très) jeune fille qui parlait à son frère (au portable), les images restent insoutenables.

 

Et Sissako enfonce le clou avec le personnage de ce djihadiste qui débarque dans ce pays qu’il ne connaît pas pour imposer un système inique : alors que nous sommes en pleine Afrique noire, peu des dirigeants ont cette couleur. Ils semblent tout droit sortis du Maghreb et/ou du Moyen-Orient, parachutés dans un pays qu’ils ne connaissent absolument pas (et surtout la langue qui le régit) et édictant des lois étrangères à ce même pays, refusés par l’intermédiaire de cette même poissonnière (voir plus haut).

 

Et on se laisse prendre par cette intrigue terrible que même l’imam (Adel Mahmoud Cherif) ne peut endiguer, semblant très fort, mais jouant toujours sur une corde raide : la limite (très) ténue entre le dogme et l’interprétation que ces fous de Dieu en font.

Et malgré tout cela, ce film reste une très belle histoire d’amour.

 

Admirable.

 

 

  1. Dès que les religions sont en cause, les histoires sont toujours terribles. Et e n’a rien à voir avec la religion concernée.
  2. Je sens que je vais me faire des amis.
  3. Cela ne reste qu’un film…
  4. Comme il est dit chez Luc (10:25) : « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu ». En clair, que les hommes s’occupent de leurs affaires et Dieu ce qu’il reste. Là encore, je me prévois de nouveaux amis.

 

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