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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Ernst Lubitsch, #Comédie dramatique
Jeux dangereux (To be or not to be - Ernst Lubitsch, 1942)

Varsovie, août 1939.

La troupe du « grand comédien polonais » Jozef Tura (Jack Benny) répète Gestapo, une pièce contre Hitler et son régime. Le soir, ce même Tura interprète un Hamlet pas toujours convaincant. La preuve : à chaque fois, Stanislav Sobinski (Robert Stack, tout jeune), un jeune lieutenant d'aviation sort au moment du célèbre soliloque. En fait, il va rejoindre Maria (Carole Lombard), la femme du même Tura, qui n'est disponible que pendant ce morceau d'anthologie.

La guerre éclate et la troupe se voit contrainte d'éliminer un traître. Mais une fois tué, il faut le remplacer. C'est le grrrrand Tura qui va s'y atteler. S'ensuit une suite de quiproquos et de jeux de dupes avec comme décor de fond, le régime nazi.

 

Peut-on rire de tout ? Lubitsch nous confirme que oui. Parce que, arriver à faire rire sur un sujet grave et brûlant n'est pas à la portée de tout le monde : les Etats-Unis sont entrés en guerre en décembre 1941, le film sort en février 1942. Hitler est devenu l'ennemi commun des personnages du film et des spectateurs. Hollywood avait commencé à préparer l'opinion publique américaine à son entrée en guerre. En effet, quand le film a été tourné, Pearl Harbour n'avait pas encore été attaquée. D'autres films antérieurs à l'intervention américaine étaient déjà sortis : Les Hommes de la mer (John Ford, 1940), Correspondant 17 (Alfred Hitchcock, 1940)...

Mais ici, la sortie du film coïncide presque avec l'entrée en guerre. Toujours est-il que ce film est d'actualité à sa sortie. Et doublement depuis la mort de Carole Lombard un mois plus tôt... Dans un accident d'avion : « que peut-il arriver dans un avion ? » disait-elle dans le film, avant que cette réplique ne soit coupée...

To be or not to be devient donc un film de propagande extrêmement fort du fait de son actualité. Et aussi par le message qu'il veut faire passer : la Résistance sera toujours là et contrera l'action nazie.

Mais nous sommes chez Lubitsch, alors tout ceci est traité avec (fausse) légèreté : peu d'effusion de sang, quelques inserts réalistes, et une bonne dose d'humour. Même dans les moments qui semblent les plus dramatiques, il suffit d'un élément pour que la tension disparaisse et laisse la place au rire.

Le comique de situation a un très grand impact dans cet histoire. Nous assistons à une accumulation de situations plus inextricables les unes que les autres, dont la portée va en augmentant tandis que le film avance. On part d'une toute petite infidélité (qui n'en est pas vraiment une), une comédienne qui reçoit un jeune homme pendant le soliloque d'Hamlet, un petit message faussement codé (« to be or not to be ») et de fil en aiguille, on en arrive à l'intervention de Hitler « soi-même » ! De plus, les nazis sont ridicules à souhait : « Concentration-Camp-Erhardt » (Sig Ruman) et son ordonnance Schultz (Henry Victor) en tête !

Les acteurs choisis portent aussi une très grande responsabilité dans cette atmosphère comique, et en premier lieu Jack Benny. Jozef Tura est un mari jaloux, un piètre acteur, mais malgré tout, il joue le rôle de sa vie en essayant de sauver son pays. Et malgré la formidable Carole Lombard, c'est lui le personnage principal de cette histoire.

Et puis il y a les répliques qui ajoutent à l'accumulation comique du film :

« Alors, on m'appelle "Concentration-Camp-Erhardt" ? » (Jozef Tura, Erhardt)

« Ce qu'il a fait à Shakespeare, c'est ce que nous avons fait à la Pologne. » (Erhardt)

«  Buvons-nous à la Guerre-Eclair ?

- Je préfère un lent encerclement. » (Siletzski & Maria Tura)

Et bien entendu :

« To be or not to be » !

 

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