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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Lois Weber
Deux Femmes trop sages (Too wise Wives - Lois Weber, 1921)

« Ils se marièrent et vécurent heureux très longtemps. »

Cette fin classique et ô combien convenue est ici le point de départ du film de Lois Weber.
Il est rare, qu cinéma, de suivre un couple après l’épilogue de leur rencontre (le mariage). En effet, le côté routinier de la vie de couple n’est pas très porteur. Mais c’est pourtant ce que va développer Lois Weber avec brio.

 

Nous suivons la vie maritale de deux femmes très différentes : Mrs. David Graham, Marie (Claire Windsor) et Mrs. John Daly, Sara (Mona Lisa, de son vrai nom Gloria Guinto). La première est l’épouse de David (Louis Calhern), un jeune homme d’affaire. C’est une femme qui aime énormément son mari mais se trouve indigne de son amour. La seconde, en revanche est une femme calculatrice, qui a épousé John (Phillips Smalley, le propre mari de Lois Weber), un homme très riche, pour son argent.

Et si on ajoute que la femme de John est l’ancienne fiancée de David, on arrive alors à une sorte de vaudeville, qui finalement n’en est pas un.

 

Nous sommes donc dans un film de femmes, fait par une femme, mais à destination de tous. Comme je l’ai écrit plus haut, l’originalité est le thème abordé : que se passe-t-il après ?

Nous suivons alors deux destins très différents mais qui se rejoignent sur un point essentiel : ces deux femmes ne sont pas heureuses.

 

La première (Marie) pense que son mari la délaisse au profit d’une autre, parce qu’elle ne répond pas à ses aspirations. Et dans un premier temps, Lois Weber étaie cette pensée en montrant des situations quotidiennes où David reproche certains détails à son épouse : ses vieux chaussons qu’il aime tant et qu’elle remplace par des nouveaux qu’elle a tricoté elle-même ; le poulet servi chaque matin… Des petits détails que les couples connaissent et qui, à force de s’accumuler, ont tendance à séparer les époux.

Et Lois Weber filme chaque situation en prenant le point de vue de Marie. On en arrive même à douter de la fidélité de David tant les efforts de son épouse sont peu récompensés.

 

Alors quand on nous montre la deuxième épouse (Sara) feindre un amour absolu pour un mari qu’elle n’a épousé que pour sa situation (comme elle le confie à David dans une lettre), on imagine facilement une histoire d’adultère. Mais cet adultère n’arrivera pas.

En effet, le McGuffin du film est cette lettre que Sara écrit à David : c’est une lettre qui incite ce dernier à « remettre le couvert » avec elle, profitant de leur présence chez elle et de l’absence de son mari, parti pour affaire.

 

Et c’est là que le talent de Lois Weber (et de Marion Orth qui a écrit l’histoire) : cette lettre est l’instrument du destin. La vie des quatre principaux protagonistes dépend d’elle. David doit la recevoir avant d’aller chez les Daly : elle explique alors ses sentiments et le subterfuge qu’elle utilisera pour qu’ils se retrouvent.

Mais elle arrive trop tard, et c’est finalement Marie qui la reçoit.

Et cet événement sera l’élément indispensable à une résolution heureuse – et morale, n’oublions pas que nous sommes en 1921 ! – où les rôles ont tendance à s’inverser : alors qu’habituellement les femmes trompées (ou en passe de l’être) font tout ce qui est en leur pouvoir pour retenir leur mari, ici, c’est l’intervention de David qui amène la fin heureuse indispensable.

 

Cette fin va bien sûr contenter touts les partis. Et Lois Weber conclut son film sans aucun commentaire.

Mais nous, spectateurs savons quelle fin lui donner : celle qui a commencé le film et qui prend alors tout son sens.

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